Dans les comptes de Farida, institutrice à Amiens à 2 150 € nets par mois
Farida, 38 ans, enseigne en CE2 dans une école primaire d’Amiens depuis onze ans. Mère de deux enfants (7 et 10 ans), elle élève seule ses filles après une séparation il y a trois ans. Son salaire net mensuel tourne autour de 2 150 €. Voici comment elle répartit chaque euro, sans rien cacher.

Ce que Farida gagne vraiment chaque mois
Farida est professeure des écoles au grade de professeur certifié, échelon 7. Son traitement net s’établit à 2 060 € par mois, auquel s’ajoutent 90 € d’ISAE (indemnité de suivi et d’accompagnement des élèves), soit un total de 2 150 € nets. Pas de prime de résultats, pas de treizième mois garanti hors grille.
En tant que mère séparée, elle perçoit également 210 € d’allocations familiales pour ses deux filles et 185 € de pension alimentaire versée par le père, montant fixé par le juge aux affaires familiales. Ses revenus réels mensuels s’élèvent donc à 2 545 €, tout compris.
« Sur le papier, j’ai l’air de m’en sortir. Mais dès que je rentre dans le détail, c’est une autre histoire », dit-elle. Et le détail, justement, c’est là que ça se complique.
Les dépenses fixes : le mur que personne ne voit venir
Farida loue un appartement de 75 m² en périphérie d’Amiens pour 720 € par mois, charges comprises — ce qui, dans une ville du Nord, reste dans la fourchette haute du marché locatif accessible. Elle ne touche plus les APL depuis que la pension alimentaire a fait remonter son quotient familial au-dessus du seuil d’éligibilité. Si vous habitez une ville moins chère, jetez un œil au classement des 8 villes françaises où les loyers sont les moins chers — la première coûte moins de 7 € le m².

Voici le détail de ses charges fixes mensuelles :
Loyer et charges : 720 €
Électricité (EDF tarif réglementé) : 95 €
Internet + téléphone fixe (Bouygues) : 38 €
Forfait mobile (x2, elle et sa fille aînée) : 26 €
Mutuelle santé (famille) : 112 €
Assurance habitation : 24 €
Assurance auto (Citroën C3 2017) : 68 €
Cantine scolaire (deux enfants, 5 jours/semaine) : 130 €
Activités parascolaires (danse + judo) : 85 €
Abonnements streaming (Netflix + Spotify) : 22 €
Total des dépenses fixes : 1 320 €. Il lui reste donc 1 225 € pour tout le reste. Ces postes que l’on n’additionne jamais font partie des dépenses contraintes qui grignotent plus de 1 000 € par mois sans qu’on s’en rende compte. Mais ce n’est pas là que ça fait le plus mal.
Les courses, la voiture, les imprévus : la vraie jungle
Les courses alimentaires de Farida représentent 420 € par mois pour trois personnes — deux enfants dont une ado qui mange « comme quatre », selon ses mots. Elle fait ses courses le vendredi soir au Leclerc d’Amiens-Nord. Pour optimiser ces dépenses, certains connaissent deux créneaux précis dans la semaine où les supermarchés bradent leurs prix jusqu’à 60 %.

Son budget essence s’élève à 95 € par mois : elle fait 18 km aller-retour chaque jour pour rejoindre son école, qui n’est pas desservie par les transports en commun. Elle a pensé au covoiturage mais ses horaires décalés (7h45-16h30) compliquent l’organisation.
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Viennent ensuite les postes variables qu’elle lisse sur l’année :
Restaurants et sorties : 60 € (une sortie en famille par mois, max)
Vêtements et chaussures (elle + enfants) : 70 €
Pharmacie et santé hors mutuelle : 35 €
Entretien voiture (lissé sur 12 mois) : 55 €
Vacances (lissé sur 12 mois) : 80 € — une semaine en gîte en Normandie chaque été, financée en partie par les bons CAF
Divers (cadeaux, école, imprévus) : 60 €
Total des dépenses variables : 455 €. En tout, ses dépenses mensuelles cumulées atteignent 1 775 €. Il reste donc 770 € en théorie. Mais la réalité du bilan est un peu différente.
Ce qu’il reste vraiment — et où ça part
Sur les 770 € théoriquement disponibles, Farida vire 200 € chaque mois sur un Livret A au nom de ses filles — 100 € par enfant, pour financer les études ou le permis de conduire dans quelques années. Elle place aussi 100 € sur son propre Livret A, qui affiche aujourd’hui un solde de 3 200 €. « Ce n’est pas grand-chose, mais c’est mon filet de sécurité. »

Il lui reste donc 470 € de marge de manœuvre réelle chaque mois — ce qu’elle appelle son « matelas de survie ». C’est avec cela qu’elle absorbe les coups durs : une visite chez le dentiste non remboursée (240 € en novembre dernier), une vidange imprévue sur la C3 (180 €), ou les fournitures scolaires de septembre qui dépassent toujours les estimations.
« Je sais que je devrais épargner plus, mais avec deux enfants et une voiture en mauvais état, je me retrouve souvent à puiser dans ce matelas. Certains mois, il ne reste rien. » Le compte est à zéro deux à trois fois par an, notamment en septembre et en janvier après les fêtes.
Farida n’a pas de crédit à la consommation, ce qui est une vraie force. En revanche, elle n’a aucune épargne retraite complémentaire. À 38 ans, avec une carrière dans la fonction publique, elle sait que sa pension sera calculée sur les six derniers mois de salaire — mais le sujet l’angoisse. Elle réfléchit à ouvrir un PER, sans avoir encore franchi le cap. Pour comprendre comment valider ses trimestres de retraite en 2026, les règles viennent de changer sur le seuil de revenus qui détermine la validation des trimestres.
Pour comparer, Ambre, aide-soignante à Rouen, gère un budget encore plus contraint à 1 720 €, tandis que Thomas, policier à Bordeaux, dispose de 330 € de plus par mois mais avec des charges différentes. La situation de Lucie, infirmière en CHU, est également très proche de celle de Farida — même tranche de salaire, mêmes tensions budgétaires en fin de mois.
Le salaire médian en France s’établit à environ 2 005 € nets par mois selon les dernières données de l’INSEE. Avec ses 2 150 € de salaire enseignant, Farida se situe légèrement au-dessus — mais elle le dit elle-même : « Ce qui compte, ce n’est pas ce qu’on gagne, c’est ce qu’il reste après. » Et ça, c’est une autre conversation. Pour savoir à partir de quel revenu vous faites partie des Français « riches », le dernier rapport vient de fixer un seuil qui va vous surprendre.