Alexandre Delpérier : Il présentait Vidéo Gag : ses toiles se vendent aujourd’hui jusqu’à 15 000 euros

Les téléspectateurs français l’ont connu souriant derrière les caméras. Aujourd’hui, Alexandre Delpérier manie les spatules dans son atelier, produit un art que les galeristes qualifient de « différent » et vend ses œuvres plusieurs milliers d’euros. Derrière cette reconversion improbable se cache une histoire faite de deuils, de maladie et d’une révélation quasi mystique.

De Vidéo Gag à Yahoo France : un parcours 100 % médias
Avant de toucher un pinceau, Alexandre Delpérier a longtemps été un homme d’écran et de mots. Visage familier du programme culte Vidéo Gag, il a ensuite bifurqué vers le numérique en prenant la direction de Yahoo France. Une carrière bien ancrée dans l’univers médiatique, à mille lieues des ateliers d’artistes. Lui-même l’admet volontiers : il ne fréquentait ni musées ni galeries, et n’avait aucune culture picturale. Comme d’autres personnalités du PAF qui ont connu des reconversions surprenantes, rien ne laissait présager un tel virage.
Des épreuves qui auraient pu tout briser
Invité sur RTL face à Marc-Olivier Fogiel, Alexandre Delpérier a livré un témoignage d’une rare intensité. « Quand, un jour, vous avez eu à prendre dans vos bras le corps de votre petite fille décédée à la naissance, quand vous avez vu le corps de votre père qui a choisi de se jeter sous un train… vous avez deux options : subir ou vivre », a-t-il confié, la voix posée mais lourde de sens.
À ces drames familiaux s’ajoute un combat médical silencieux. L’ancien animateur souffre du syndrome des anti-phospholipides, une maladie auto-immune qui provoque la formation spontanée de caillots sanguins dans le cerveau. Victime de plusieurs AVC, il apprend un jour de la bouche de son neurologue qu’il est littéralement « un survivant ». Pendant 13 ans, il vit avec cette menace permanente, en secret, sans jamais en parler publiquement. Un parcours de santé éprouvant, comme celui qu’a pu traverser Yannick Noah après sa blessure.

Le déclic dans un atelier de Saint-Ouen
Le basculement se produit presque par accident. Lors d’un tournage avec le batteur Manu Katché, Delpérier se retrouve dans l’atelier du peintre Hom Nguyen, à Saint-Ouen. Quelque chose d’inexplicable se passe en lui. Il ne sait pas mettre de mots dessus, mais l’émotion est foudroyante. Quelques jours plus tard, en ressortant de ce même atelier pour la deuxième fois, il s’écroule sur le trottoir et pleure pendant de longues minutes.
Dans la foulée, sans vraiment comprendre ce qui le pousse, il achète du matériel — spatules, pigments, toiles — et installe un espace de création chez lui. Pendant plusieurs mois, rien ne vient. Il reste face à ses toiles vierges, paralysé par le doute. « Je me suis dit : pour qui tu te prends ? », se souvient-il avec lucidité.
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Puis un jour, face à une toile blanche monumentale, tout bascule enfin. « J’ai fermé les yeux, j’ai ressenti des choses… Des larmes ont coulé et puis c’est parti. » L’homme de mots devient un homme de matière. « Plutôt que d’utiliser les mots, j’ai choisi, avec mes spatules, de créer, de poser de la matière, d’inventer des couleurs », explique-t-il sur RTL.
Ce qui frappe dans son récit, c’est l’absence totale de plan. Pas de cours de peinture, pas de mentor, pas de stratégie de carrière. Juste un geste instinctif, presque thérapeutique. « Je suis heureux, profondément heureux lorsque je peins. Je pleure beaucoup… mais ça me fait du bien. » D’autres personnalités du petit écran ont aussi connu des chemins intérieurs tourmentés, mais rares sont ceux qui en ont tiré une vocation artistique aussi radicale.
Arnaud Dumat : le pseudonyme pour exister sans son passé
Pendant des années, Alexandre Delpérier a caché sa nouvelle identité d’artiste derrière un pseudonyme : Arnaud Dumat — « avec un T », précise-t-il. Un clin d’œil à son grand-père, qu’il décrit comme son « idole », mais surtout une manière de laisser ses toiles exister indépendamment de son passé télévisuel. Dans le monde de l’art, personne ne savait que derrière Dumat se cachait l’ancien présentateur de Vidéo Gag.
Ce double jeu a duré longtemps. Il a d’abord montré ses premières œuvres à Hom Nguyen, le peintre qui avait involontairement déclenché sa vocation. La réaction de l’artiste a été déterminante : « Il m’a dit : je vois que tu n’as pas de culture, pas de technique, pas de référence… mais tu donnes beaucoup. Et tu produis un art différent. » Une phrase qui a tout changé. Delpérier a transformé ce qui aurait pu être un handicap — l’absence totale de formation — en signature artistique.
Des toiles vendues entre 8 000 et 15 000 euros
Aujourd’hui, cette aventure intime est devenue une carrière à part entière. Ses toiles se négocient entre 8 000 et 15 000 euros selon les formats, et il a récemment participé à une grande foire d’art contemporain à Lille. Une trajectoire qui rappelle celle d’une mère de famille devenue artiste reconnue grâce à un talent inattendu.
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Pour autant, l’ancien homme de télé ne cherche pas la lumière. « Je ne peux pas vous dire ce que je fais, ni où je vais… Je peux juste vous dire qu’aujourd’hui, je suis un homme heureux et équilibré », martèle-t-il. Une sérénité durement conquise, après des années de silence et de lutte contre la maladie.
Pourquoi parler maintenant ?
En révélant publiquement le lien entre Arnaud Dumat et Alexandre Delpérier, l’artiste fait un choix symbolique fort. Après avoir vécu « caché » derrière sa peinture comme il vivait caché derrière sa maladie, il décide d’assumer l’ensemble de ce qu’il est. « Ça me permet de dire, si certains n’arrivent pas à comprendre, que c’est autre chose. C’est un autre aspect de ma vie. »
Le monde de la télévision française vit régulièrement des tournants : Jean-Pierre Foucault qui tourne une page, Nagui qui annonce la fin d’une émission, ou encore Dorothée qui remonte sur scène à 72 ans. Mais la reconversion de Delpérier reste singulière par sa radicalité. Passer de l’humour formaté de Vidéo Gag à des toiles abstraites nées de la douleur, c’est un saut que peu de personnalités médiatiques ont osé.
Son parcours pose une question plus large : combien de visages connus du paysage audiovisuel français traversent des épreuves invisibles derrière le sourire de la caméra ? Alexandre Delpérier, lui, a choisi d’en faire de la matière. Au sens propre.