Enlevée à 14 ans et séquestrée 9 mois, Elizabeth Smart remporte un concours de bodybuilding à 38 ans

En 2002, le visage d’Elizabeth Smart faisait la une de tous les journaux américains. Celui d’une adolescente de 14 ans, kidnappée en pleine nuit dans sa chambre à Salt Lake City. Vingt-trois ans plus tard, c’est un tout autre visage qui apparaît sur Instagram : celui d’une femme de 38 ans, sculptée, en bikini de compétition, brandissant un trophée de bodybuilding. Et le message qu’elle envoie aux survivantes de violences est peut-être encore plus fort que sa transformation physique.

Une nuit de juin 2002 qui a tout fait basculer

Pour comprendre ce que cette victoire représente, il faut rembobiner. Le 5 juin 2002, un homme armé d’un couteau s’introduit dans la maison des Smart, à Salt Lake City. Il s’appelle Brian David Mitchell, c’est un prédicateur de rue. Il enlève Elizabeth sous les yeux de sa petite sœur Mary Katherine, 9 ans à peine, qui fait semblant de dormir. « C’était trop pour moi à cet âge », confiera-t-elle des années plus tard.
Pendant neuf mois, Elizabeth est séquestrée dans un campement en forêt. Attachée en laisse, privée de nourriture, violée à répétition par Mitchell et sa compagne Barzee. Comme d’autres survivantes de violences, elle devra se reconstruire brique par brique.
Le 12 mars 2003, un témoin alerte les autorités après avoir reconnu les ravisseurs à Sandy, dans l’Utah. Elizabeth est libérée. Mitchell écope de deux peines de prison à vie, Barzee de 15 ans. Mais la vraie épreuve, celle de la reconstruction, ne fait que commencer.
Quand la famille devient le premier suspect
Ce que beaucoup ignorent, c’est que pendant les recherches, la police a d’abord soupçonné la propre famille d’Elizabeth. Sa mère Lois, son père Ed, son oncle Tom — tous passés au crible. « Statistiquement, les auteurs de ce type de crime sont souvent un parent ou un membre de la famille », explique Cory Lyman, l’un des enquêteurs principaux, dans le documentaire Netflix Kidnapped: Elizabeth Smart, sorti en janvier 2026.

Ed Smart a été interrogé, soupçonné de mentir. L’épreuve l’a tellement traumatisé qu’il a dû passer une nuit en service psychiatrique. « Je n’arrivais pas à arrêter de trembler. Je n’avais absolument rien à voir avec ça », a-t-il témoigné. Son frère Tom, lui, a attiré les soupçons en qualifiant l’affaire de « merveilleuse histoire à bien des égards » — une phrase qui, sortie de son contexte, sonnait comme de la sympathie envers le ravisseur.
Ce documentaire bouleversant revient sur cette période sombre avec les témoignages d’Elizabeth elle-même, de sa famille, des enquêteurs et des témoins clés. Mais l’histoire ne s’arrête pas au sauvetage — loin de là.
Diplôme, famille, activisme : une vie reconstruite
Après sa libération, Elizabeth Smart est retournée à l’école. Elle a décroché un diplôme de musique à la Brigham Young University. Elle est devenue l’une des militantes les plus visibles aux États-Unis sur les questions de sécurité des enfants et de reconstruction après un traumatisme.
Mariée à Matthew Gilmour, elle est mère de trois enfants — Chloe, James et Olivia. Des enfants qu’elle évoque avec fierté dans son parcours de bodybuilding, remerciant son corps de les avoir « nourris et portés ». Ce même corps que ses ravisseurs ont tenté de détruire pendant neuf mois.
Mais à 38 ans, Elizabeth Smart a décidé de franchir une étape que personne n’attendait. Et c’est là que son histoire prend un tournant spectaculaire.
Première place au Wasatch Warrior : le détail qui change tout
Les 17 et 18 avril 2025, Elizabeth Smart est montée sur la scène du Wasatch Warrior, un concours de bodybuilding organisé dans sa ville natale de Salt Lake City. Bikini bleu marine, talons transparents, pose maîtrisée — et un résultat qui a sidéré tout le monde.
Première place dans la catégorie Fit Model Novice. Deuxième en Fit Model. Troisième en Fit Model Masters 35+. Trois podiums pour une première compétition, jugée selon les critères de la National Physique Committee : symétrie, musculature et qualité de la présentation scénique.
C’est en partageant ses photos sur Instagram, le 21 avril, qu’Elizabeth a provoqué un raz-de-marée. Pas seulement par sa transformation physique — mais par le texte qui accompagnait les images.
« J’avais peur d’être jugée » : un message brut qui résonne
Dans sa publication, Elizabeth Smart confie qu’elle a longuement hésité avant de poster ces photos. « J’avais peur d’être jugée, de ne plus être prise au sérieux, d’être perçue comme moins légitime pour continuer mon travail de militante pour les survivantes. »
Puis elle ajoute une phrase qui a touché des milliers de personnes : « J’ai réalisé à quel point ces pensées ressemblent étrangement à ce que trop de survivantes ressentent. » Le parallèle entre la honte du corps exposé en compétition et la honte imposée aux victimes de violences sexuelles — c’est là que le message devient universel.
D’autres personnalités ont elles aussi brisé le silence sur les violences subies, comme Muriel Robin, victime à 10 ans, ou encore Charlotte Gainsbourg sur ce que son père lui imposait. Chaque témoignage participe à libérer la parole. Celui d’Elizabeth Smart le fait aussi — mais avec des biceps.
« Survivante ? Non. Celle qui s’en sort plus que bien »
Sur les réseaux sociaux, les réactions ont été immédiates. « Elle est passée d’un esprit fort à un corps fort », a commenté un internaute. « Survivante ? Non. Un modèle de résilience », a écrit un autre. Un troisième a cité le philosophe grec Épictète : « Ce n’est pas ce qui vous arrive qui compte, mais la façon dont vous y réagissez. »
« Elle est l’exemple parfait de quelqu’un qui ne joue pas la victime pour le reste de sa vie », a résumé un commentaire particulièrement partagé. « Si la résilience avait un visage, ce serait le sien. » Des mots forts, mais qui reflètent exactement ce qu’Elizabeth Smart cherche à montrer.
Elle a d’ailleurs décrit cette transformation comme « un grand changement ». « C’était dur, ça m’a poussée, ça m’a mise au défi de ne pas abandonner. Je suis tellement fière de moi. Je suis tellement fière de mon corps, et je veux le célébrer. »
Dans un monde où les témoignages de victimes peinent encore trop souvent à être entendus, Elizabeth Smart ne se contente pas de parler. Elle monte sur scène, pose sous les projecteurs et dit au monde : mon corps m’appartient. Et ce simple geste vaut peut-être autant que tous les discours.