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Ce médicament que vous avez déjà chez vous pourrait sauver des vies après un cancer du côlon

Publié par Killian Ravon le 07 Mar 2026 à 4:30

Après un cancer du côlon, l’exercice physique ne relève plus seulement du “bon conseil”. Une grande étude internationale montre qu’un programme structuré de marche et d’activité modérée, suivi pendant trois ans, réduit nettement le risque de récidive et améliore la survie. Pour les chercheurs, cette approche doit désormais être regardée comme un pilier du soin post-traitement du cancer du côlon.

Survivants d’un cancer du côlon marchant sur une piste d’athlétisme dans le cadre d’une reprise d’activité physique encadrée
Après un cancer du côlon, la marche régulière et l’exercice physique structuré peuvent devenir un véritable soutien thérapeutique.
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Pendant longtemps, les médecins ont observé un phénomène intrigant. Les patients les plus actifs après un cancer du côlon semblaient vivre plus longtemps que les autres. Le problème, c’est qu’une observation ne suffit pas à prouver une relation de cause à effet. Les personnes qui bougent davantage ont aussi parfois une meilleure alimentation, moins de maladies associées ou un meilleur état général au départ.

Cette fois, le niveau de preuve change. L’essai clinique CHALLENGE, publié dans le New England Journal of Medicine et présenté au congrès annuel de l’American Society of Clinical Oncology en juin 2025 à Chicago, apporte ce que les oncologues attendaient depuis des années : un essai randomisé de phase 3 montrant qu’un programme d’exercice encadré peut améliorer l’évolution d’un cancer du côlon après la fin des traitements standards.

Ce point est essentiel. Dans la hiérarchie des preuves médicales, un essai randomisé multicentrique pèse bien plus lourd qu’une simple association statistique. Autrement dit, on ne parle plus ici d’une intuition séduisante, mais d’un résultat assez solide pour envisager un changement de pratique.

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La marche régulière fait partie des activités les plus faciles à intégrer après un traitement du cancer du côlon. Crédit : National Cancer Institute.

Une étude mondiale avec 889 patients après traitement

L’essai a inclus 889 patients atteints d’un cancer du côlon de stade III ou de stade II à haut risque, tous opérés puis traités par chimiothérapie adjuvante. Les participants ont été recrutés dans 55 centres répartis dans plusieurs pays, notamment le Canada, l’Australie, le Royaume-Uni, les États-Unis, la France et Israël, dans le cadre d’un suivi de très longue durée.

Les patients ont été répartis aléatoirement en deux groupes. Le premier a reçu des documents d’éducation à la santé, avec des conseils généraux sur l’activité physique et la nutrition. Le second a bénéficié d’un véritable accompagnement comportemental autour de l’exercice, avec l’aide d’un consultant formé, sur une période de trois ans.

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Le protocole était pensé pour rester réaliste. Il ne s’agissait pas d’imposer un entraînement d’athlète, ni des séances épuisantes en salle. L’objectif consistait à ajouter environ 2,5 heures d’activité modérée par semaine au niveau habituel de chaque patient. Dans les faits, marcher rapidement a été l’option la plus fréquente, mais certains ont aussi choisi le vélo, le jogging léger ou d’autres exercices d’endurance adaptés.

L’accompagnement était progressif. Les rendez-vous étaient plus rapprochés au début, puis espacés avec le temps. Ce détail compte, car il montre que le bénéfice ne vient pas d’un simple conseil donné une fois en consultation. Il repose sur une intégration durable de l’activité physique dans la vie quotidienne.

L’étude met en avant une activité modérée et durable, plus qu’un effort intense ponctuel. Crédit : Francesco Gallarotti.
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Ce que les chiffres changent vraiment pour le cancer du côlon

Les résultats sont frappants. Selon les données publiées, le programme structuré d’exercice a réduit de 28 % le risque de récidive ou de nouveau cancer et de 37 % le risque de décès, toutes causes confondues, par rapport au groupe témoin. Les chercheurs parlent aussi d’une amélioration significative de la survie sans maladie, avec des résultats cohérents en faveur d’une meilleure survie globale.

Dit autrement, bouger régulièrement après un cancer du côlon n’apporte pas seulement un mieux-être subjectif. Cela change la trajectoire clinique de certains patients. La portée de l’étude est d’autant plus forte que les bénéfices ont été obtenus sans médicament supplémentaire, sans nouvelle intervention lourde, et avec très peu d’effets indésirables sérieux.

Le Dr Christopher Booth, oncologue à Kingston Health Sciences Centre et co-responsable de l’étude, résume l’enjeu avec des mots très directs : il s’agit de la première étude randomisée au monde conçue pour répondre à une question simple mais capitale, celle de savoir si l’exercice peut améliorer la survie après un cancer. De son côté, la chercheuse Kerry Courneya estime que l’activité physique doit désormais être considérée comme un traitement du cancer du côlon et non plus comme une intervention facultative de confort.

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Le regard des experts extérieurs va dans le même sens. Jeffrey Meyerhardt, à Dana-Farber, a parlé d’une étude “extrêmement enthousiasmante” et du premier essai randomisé démontrant une baisse des récidives et une amélioration de la survie liée à l’exercice.

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Pourquoi cette avancée est différente des conseils habituels

Il existe déjà des recommandations générales pour encourager les patients atteints de cancer à rester actifs. Mais jusqu’ici, ces messages étaient souvent perçus comme un complément utile, pas comme un levier thérapeutique à part entière. L’essai CHALLENGE change précisément ce statut.

Dans la pratique, cela veut dire qu’après un cancer du côlon, une paire de baskets et un programme de suivi pourraient, dans certains cas, produire un bénéfice clinique comparable à celui de traitements bien plus coûteux. Bien sûr, l’exercice ne remplace ni la chirurgie, ni la chimiothérapie, ni le suivi oncologique. En revanche, il vient s’ajouter à cet arsenal avec un rapport bénéfice-risque particulièrement favorable.

Le coût estimé du programme reste relativement bas à l’échelle de l’oncologie moderne. Selon les chercheurs et les commentaires d’experts relayés après la présentation de l’étude, il pourrait se chiffrer à quelques milliers de dollars par patient, ce qui le rend potentiellement très compétitif face à de nombreuses innovations thérapeutiques. Une coach sportive est d’ailleurs venue à mourir récemment, rappelant l’importance de ce combat quotidien.

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Autre avantage, l’activité physique agit sur plusieurs dimensions à la fois. Elle peut améliorer la fatigue, l’humeur, la condition cardiovasculaire, la masse musculaire, le sommeil et la qualité de vie. Ce cumul de bénéfices explique pourquoi plusieurs spécialistes défendent maintenant l’idée d’une forme de “rééducation oncologique” organisée, à l’image de ce qui existe déjà après certains accidents cardiaques.

Reprendre l’habitude de marcher chaque semaine peut devenir un outil concret de récupération. Crédit : daniel0685.

Comment l’exercice physique peut freiner la maladie

Reste une question que beaucoup de patients se posent : comment de simples marches régulières peuvent-elles influencer l’évolution d’un cancer du côlon ? Les chercheurs n’ont pas encore livré toutes les réponses, mais plusieurs mécanismes biologiques sont étudiés. Une consommation de yaourt pourrait également jouer un rôle protecteur selon d’autres travaux.

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La première piste concerne l’insuline et le métabolisme du glucose. Une activité physique régulière améliore la sensibilité à l’insuline, ce qui peut modifier un environnement biologique parfois favorable à la croissance tumorale. Une autre hypothèse porte sur l’inflammation chronique, souvent impliquée dans le développement et la progression de nombreuses maladies, dont certains cancers. L’exercice a aussi des effets connus sur l’immunité, la composition corporelle et certains médiateurs hormonaux.

Les investigateurs ont d’ailleurs prélevé des échantillons biologiques afin de mieux comprendre les voies impliquées. Il faudra encore attendre des publications complémentaires pour savoir quels marqueurs expliquent le mieux l’effet observé, mais la logique générale est déjà claire : le corps en mouvement ne réagit pas comme le corps sédentaire, y compris après un traitement anticancéreux.

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Ce point est important pour éviter un contresens. L’efficacité observée ne signifie pas qu’il faudrait se lancer dans un effort intense et brutal. L’étude plaide plutôt pour une augmentation régulière, encadrée et durable de l’activité, adaptée aux capacités réelles de chaque patient. Le bon programme n’est donc pas le plus spectaculaire. C’est celui qu’on peut tenir dans le temps.

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L’encadrement et la régularité comptent autant que l’intensité dans les programmes post-cancer. Crédit : Bea Phi.

Une leçon très concrète pour les patients

L’un des aspects les plus convaincants de cette étude tient à son réalisme. Marcher davantage, organiser des rendez-vous de suivi, fixer des objectifs simples et progresser par paliers : tout cela paraît accessible à beaucoup plus de monde qu’un protocole sportif complexe. C’est aussi ce qui peut rendre cette avancée rapidement transposable dans les systèmes de santé.

Les témoignages recueillis autour de l’essai vont dans ce sens. Plusieurs participants ont expliqué que le cadre, la régularité et le lien avec le coach les aidaient à tenir, même quand la motivation baissait. Le soutien comportemental semble donc presque aussi important que l’exercice lui-même. Cela rappelle une évidence souvent oubliée : en santé, savoir quoi faire ne suffit pas toujours, il faut aussi être aidé pour le faire durablement.

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Pour les patients, le message est encourageant mais doit rester bien interprété. Il ne s’agit pas d’une promesse magique ni d’une recette universelle. Chaque situation médicale reste particulière. En revanche, la science dit désormais avec beaucoup plus de certitude que la distance parcourue quotidiennement peut améliorer les chances de long terme dans le cancer du côlon.

Cela pourrait aussi changer la façon dont les consultations de suivi sont menées. Demain, parler d’activité physique ne sera peut-être plus une parenthèse rapide en fin de rendez-vous. Ce pourra devenir un volet structuré du parcours de soins, avec orientation vers des programmes dédiés, évaluation des freins, et objectifs précis.

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Vers une nouvelle norme après un cancer du côlon ?

C’est probablement le vrai tournant de cette publication. Pendant des années, l’oncologie s’est concentrée, à juste titre, sur les traitements lourds, les innovations médicamenteuses et la précision moléculaire. L’étude CHALLENGE rappelle qu’une intervention non pharmacologique, bien conçue et bien suivie, peut elle aussi modifier des critères majeurs comme la récidive et la survie.

Le message n’est pas anti-médicament. Il est plus intéressant que cela. Il montre qu’après un cancer du côlon, le soin peut aussi passer par l’organisation concrète de la reprise d’activité. Dans un système de santé sous tension, cette approche présente un double intérêt : elle est relativement peu coûteuse et elle redonne au patient une part active dans sa récupération.

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Les prochaines étapes porteront logiquement sur l’intégration de tels programmes dans la routine hospitalière, sur leur financement, et sur l’identification des patients qui en tirent le plus grand bénéfice. Mais une chose semble déjà acquise : le débat n’est plus de savoir si l’exercice aide un peu. Il est de savoir comment le rendre disponible à grande échelle.

médecin prix
@canva

L’importance de la marche et de l’exercice physique

Après un cancer du côlon, marcher régulièrement n’est plus seulement une habitude saine. C’est désormais une intervention validée par un essai clinique majeur. Sans remplacer les traitements classiques, l’exercice physique structuré s’impose comme un allié thérapeutique crédible, mesurable et potentiellement décisif. À l’heure où l’on cherche des soins plus efficaces, plus supportables et plus abordables, cette découverte remet une idée simple au centre du jeu : parfois, un progrès médical commence par le fait de bouger.

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