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À 57 ans, Maïtena Biraben apprend qu’elle est autiste après 28 ans à chercher

Publié par Cassandre le 06 Avr 2026 à 14:30

Pendant presque trois décennies, elle a cherché. Elle a cherché pourquoi elle se sentait différente, pourquoi rejoindre les autres semblait toujours si compliqué. À 57 ans, Maïtena Biraben a enfin une réponse. Et elle a décidé de ne pas la garder pour elle.

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L’ancienne présentatrice du Grand Journal vient de révéler publiquement son diagnostic : elle est autiste. Un aveu courageux, inattendu, qui touche à une réalité encore largement méconnue — celle des femmes autistes invisibles.

Un déclic en direct, sur son propre média

À 57 ans, Maïtena Biraben apprend qu'elle est autiste après 28 ans à chercher

Tout commence lors d’un live sur Mesdames, le média qu’elle a fondé. Une femme apparaît à l’écran. Avant même qu’elle prononce un seul mot, quelque chose accroche Maïtena Biraben. « Rien n’allait et tout était familier. »

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Puis la femme parle. « Bonjour, je suis HPI et je suis autiste. » Et là, en direct, quelque chose se brise. « Ça s’est brisé dans moi. » D’un seul coup, tout s’aligne. Une clarté brutale après des années de brouillard.

Ce moment n’est pas anodin. Maïtena Biraben le décrit comme un point de non-retour. Ce que cette inconnue venait de dire en quelques secondes, elle l’avait cherché pendant plus de la moitié de sa vie.

28 ans à chercher ce qui « dysfonctionnait »

Maitena Biraben
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« Ça fait 28 ans que je cherche à comprendre ce qui dysfonctionne chez moi. » Ces mots, elle les dit sans détour. Sans honte. Avec une précision qui frappe.

La sensation qui revenait sans cesse était celle d’un fossé. Un fossé entre elle et les autres. « J’avais le sentiment permanent que je n’arrivais pas à rejoindre les autres, à rentrer en contact. » Une impression d’être là, mais pas tout à fait là.

Après le déclic du live, elle plonge dans une quête quasi obsessionnelle. Articles, témoignages, études scientifiques : tout résonne. « Tout ce que je lisais, tout ce que je trouvais comme information me racontait, disait qui j’étais. » La prise de conscience est violente. « Je me suis pris un bus dans la tronche. »

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Certaines découvertes tardives bouleversent une vie entière. Ce phénomène n’est pas rare, notamment chez les personnes qui ont longtemps masqué leurs difficultés. On peut penser à des situations similaires, comme cette femme dont le cerveau n’a jamais pu « débarquer » après une croisière — des réalités neurologiques que le monde médical commence à peine à vraiment comprendre.

Un diagnostic validé, pas une intuition

Maïtena Biraben ne s’est pas contentée d’une conviction intime. Elle a entamé un parcours médical complet. Les tests ont d’abord été réalisés avec une psychologue clinicienne, puis validés par un psychiatre.

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« Donc c’est un diagnostic que j’ai obtenu. » Le mot est important. Ce n’est pas une auto-déclaration, pas un questionnaire en ligne. C’est une évaluation professionnelle, rigoureuse.

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Les résultats révèlent aussi un TDAH — trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité — ainsi qu’un haut potentiel intellectuel (HPI). Un triple profil qui s’emboîte, et qui éclaire d’un jour nouveau des décennies entières de sa vie.

Le plateau de télévision : un « paradis » pour une autiste

Ce diagnostic, Maïtena Biraben ne le vit pas comme une condamnation. Elle le vit comme une clé. « Pour moi, il me fait du bien. Il m’aide à me comprendre. Il m’aide à expliquer aux autres quelles sont mes limites. »

Et même sa carrière à la télévision prend un sens nouveau. « Sur un plateau de télé, il y a un conducteur. C’est paradis pour une autiste. » Un environnement structuré, prévisible, avec des règles claires — exactement ce dont une personne autiste a besoin pour fonctionner au mieux.

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À ceux qui penseraient que l’autisme est incompatible avec une carrière « à succès » dans un monde aussi social et exposé que l’audiovisuel, elle répond sans détour. « Je crois que c’est parce que justement je le suis que j’ai pu faire la carrière que j’ai faite. »

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Un retournement de perspective total. Ce qui était vécu comme un obstacle a peut-être été, sans qu’elle le sache, un moteur.

57 ans de vie à revisiter

Mais cette compréhension nouvelle a un prix. Un prix lourd. « Ça veut dire que j’ai 57 ans de ma vie à revisiter. » Ce n’est pas une formule. C’est la réalité concrète d’un diagnostic tardif.

Chaque relation, chaque incompréhension, chaque moment de solitude au milieu des autres — tout se réinterprète. C’est un travail immense, épuisant, parfois douloureux. Mais c’est aussi, pour la première fois, un travail qui a un sens.

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Ce type de parcours — apprendre tardivement que son propre corps ou cerveau fonctionne d’une manière radicalement différente — peut provoquer un choc identitaire profond. On retrouve quelque chose de similaire dans d’autres diagnostics tardifs, comme cette femme de 28 ans découvrant une maladie rare qui a changé sa vie du tout au tout.

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Au-delà de son histoire personnelle, Maïtena Biraben veut pointer une réalité systémique. « Les femmes sont très peu diagnostiquées. » C’est factuel, documenté, et encore largement sous-estimé.

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Pourquoi ? Parce que les femmes autistes compensent. Elles observent, elles imitent, elles s’adaptent. Elles apprennent à « faire comme les autres » avec une précision redoutable. Ce masquage — appelé camouflage ou masking dans la littérature scientifique — leur permet de passer sous les radars pendant des années, parfois des décennies entières.

Le résultat : des diagnostics posés en moyenne bien plus tard que chez les hommes. Des femmes qui avancent dans la vie avec un sentiment diffus de décalage, d’étrangeté, sans jamais pouvoir mettre un mot dessus. Certaines ne le sauront jamais.

Un message pour toutes celles qui se reconnaissent

Maïtena Biraben sait qu’elle n’est pas seule. Et c’est précisément pour ça qu’elle prend la parole. « Je sais que vous êtes très nombreuses à vous sentir incroyablement différente et à vous sentir de plus en plus éloignée des autres. »

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Ces mots s’adressent à toutes celles qui ont grandi avec ce sentiment inexplicable d’être en marge. Celles qui ont passé des années à chercher, à douter, à se demander si quelque chose « clochait » chez elles.

Le chemin vers le diagnostic n’est pas simple. « C’est un chemin qui est long et qui est assez douloureux parce qu’on ne sait pas où on est. » Trouver un professionnel formé au diagnostic féminin de l’autisme reste un parcours du combattant en France. Les listes d’attente sont longues. Les médecins formés, encore trop rares.

Mais au bout de ce chemin, il y a quelque chose. Une clarté. Une légitimité. « On peut y arriver, on peut le faire et on peut sortir de cet immense chagrin qui consiste à ne jamais pouvoir rejoindre les autres. »

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Ces mots, venant d’une femme qui a vécu 57 ans sans cette réponse, ont un poids particulier. Pas un discours militant. Pas une promesse en l’air. Juste quelqu’un qui l’a fait, et qui tend la main à celles qui cherchent encore.

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