Épices d’une célèbre marque : 18 pesticides détectés dont 6 interdits en Europe

Il trône dans des millions de placards français, coincé entre le cumin et le curry. Le paprika doux moulu Ducros, cette poudre rouge vif qu’on saupoudre sur le riz, la viande ou les soupes, vient de se prendre un sacré coup. Selon une enquête de Foodwatch, ce pot d’épices en apparence inoffensif contiendrait 18 pesticides différents, dont 6 purement et simplement interdits en France et en Europe. Voici ce que l’analyse révèle — et pourquoi l’ONG demande un rappel immédiat.
Foodwatch passe 14 produits au crible : les résultats sont accablants
L’organisme de défense des consommateurs ne s’est pas contenté d’un simple contrôle. Foodwatch a analysé des dizaines de références d’épices vendues en Europe, en scrutant leur composition chimique à la loupe. Résultat : des traces de pesticides ont été détectées dans toutes les références étudiées. Pas une seule n’est sortie indemne.
Plus inquiétant encore, 14 produits dépassent les limites maximales de résidus prévues par le Règlement européen (CE) 396/2005. Parmi eux, deux sont vendus directement en France. On parle ici de seuils fixés pour protéger la santé des consommateurs — des seuils censés être infranchissables. En matière de rappels alimentaires, la France n’en est malheureusement pas à sa première alerte.
Ducros, Albert Menes, Bouton d’or, Reflets de France, Marque Repère, Rustica… Toutes ces marques populaires figuraient dans le panel. Mais l’une d’elles a décroché un triste record.
Ducros en tête : chlorfénapyr, flonicamide et cocktail chimique
C’est le paprika doux moulu de Ducros qui rafle la palme. Avec 18 pesticides identifiés dans un seul pot, cette référence écrase toute la concurrence — dans le mauvais sens du terme. Parmi les substances détectées : du chlorfénapyr, un insecticide totalement interdit sur le sol européen, et du flonicamide, un autre insecticide dont la concentration dépasse les limites autorisées.
Six des molécules retrouvées n’ont tout simplement plus le droit d’exister dans nos assiettes. Pourtant, elles sont là, bien présentes dans cette poudre rouge que des familles utilisent chaque semaine. Le lot incriminé porte le numéro 601912350.
Le paprika Bouton d’or d’Intermarché n’est pas épargné non plus : 14 pesticides détectés, dont 5 interdits. En parallèle, le riz Thaï de la marque Taureau Ailé contient lui aussi des résidus de pesticide prohibé en quantité notable. Des résultats qui interrogent sur ce qui arrive réellement dans nos produits du quotidien. Mais alors, que faire concrètement ?

Rappel immédiat réclamé : ce que Foodwatch exige des autorités
Les chiffres cachés de cette enquête poussent Foodwatch à passer à l’action. L’ONG demande aux États membres de l’Union européenne d’organiser le rappel immédiat du paprika doux moulu Ducros, ainsi que du riz Thaï Taureau Ailé. Pas une simple recommandation : une injonction ferme adressée aux autorités sanitaires.
Pour les experts de l’organisme, le problème dépasse un simple pot d’épices. « Les résultats soulignent de graves manquements dans notre réglementation concernant nos importations de denrées alimentaires », martèlent-ils. La majorité des épices vendues en France proviennent de pays tiers où les normes phytosanitaires diffèrent radicalement des nôtres.
Concrètement, si vous avez chez vous un pot de paprika Ducros portant le lot 601912350, Foodwatch recommande de ne pas le consommer. Le flonicamide, le chlorfénapyr et les autres résidus identifiés posent des risques sanitaires documentés, notamment en cas d’exposition répétée. La balle est désormais dans le camp des autorités européennes.
Un pot d’épices à 3 euros, 18 pesticides dedans, 6 interdits : la prochaine fois que vous ouvrirez votre placard à épices, vous regarderez peut-être l’étiquette différemment. Et si le vrai luxe, finalement, c’était de savoir exactement ce qu’on mange ?