« Point G masculin » : des chercheurs identifient la zone la plus sensible du pénis — et ce n’est pas le gland
Pendant des décennies, la médecine a considéré le gland comme l’épicentre du plaisir masculin. Une équipe de chercheurs espagnols vient de pulvériser cette certitude. Leur découverte, publiée dans la revue Andrology, révèle une zone dotée d’une innervation si dense qu’ils la comparent à un véritable « point G masculin ». Le plus surprenant : cette structure se trouve exactement là où le scalpel passe lors d’une circoncision.

Une cartographie nerveuse inédite du pénis
Le docteur Alfonso Cepeda-Emiliani et son équipe de l’Université de Saint-Jacques de Compostelle ne se sont pas contentés d’hypothèses. Pour mener leurs travaux, ils ont analysé au microscope 30 échantillons de tissus fœtaux, prélevés entre 8 et 24 semaines de gestation, ainsi que des échantillons issus de pénis de cadavres adultes.
L’objectif initial était précis : combler les lacunes anatomiques qui persistent encore aujourd’hui dans la compréhension de l’innervation pénienne. Car aussi étonnant que cela puisse paraître, les chirurgiens — y compris les urologues spécialisés — opèrent encore avec une connaissance incomplète des réseaux nerveux qu’ils sectionnent ou cautérisent. Quand on sait que les opérations sur le pénis se multiplient, l’enjeu est de taille.
En étudiant la formation des nerfs au cours du développement embryonnaire, puis leur organisation chez l’adulte, les chercheurs ont pu dresser une cartographie complète — et leurs conclusions bousculent sérieusement ce que l’on croyait savoir.
Le « delta frénulaire » : une structure identifiée il y a 24 ans, ignorée depuis
Au cœur de la découverte se trouve une structure appelée le « delta frénulaire ». Identifiée pour la première fois en 2001, elle se situe dans la région du frein, sur la face inférieure du prépuce. Malgré sa description initiale, cette zone n’avait jamais fait l’objet d’une analyse approfondie de son innervation.

Or, c’est précisément là que les chercheurs espagnols ont mis au jour une densité nerveuse qu’ils qualifient d’« unique ». Selon l’étude publiée dans Andrology, cette zone abrite des récepteurs sensoriels corpusculaires — des terminaisons nerveuses spécialisées dans la perception fine du toucher et de la pression — en concentration bien supérieure à ce qu’on observe dans le reste du pénis.
Les auteurs vont plus loin : ils estiment que le delta frénulaire constitue « le principal centre neurologique de la sensation sexuelle du pénis ». Avec le reste du prépuce et le gland, il formerait un trio de zones érogènes majeures, mais c’est bien lui qui occuperait la pole position en matière de perception du plaisir. En d’autres termes, ce que ressentent les hommes durant l’acte sexuel dépendrait en grande partie de cette zone méconnue.
Un « point G » ancré dans les origines embryonnaires
Les chercheurs ne se contentent pas d’une analogie facile. Leur comparaison avec le point G repose sur des données neuroanatomiques solides. « La présence d’un centre sensoriel dans le pénis, comparable à un point G, apparaît comme une réalité neuroanatomique, ancrée dans ses origines embryologiques », écrivent-ils dans leurs conclusions.
Ce lien avec le développement embryonnaire est crucial. Les tissus analysés montrent que l’innervation du delta frénulaire se met en place très tôt au cours de la gestation, ce qui suggère que cette zone n’est pas un « bonus » anatomique variable selon les individus, mais bien une constante du développement masculin. Chaque homme en est doté — à condition que la structure n’ait pas été retirée chirurgicalement.
Ces résultats s’inscrivent dans la continuité de travaux antérieurs. En 2017, une étude publiée dans le British Journal of Urology International avait déjà conclu que les zones les plus sensibles au toucher fin se situaient sur le prépuce, et non sur le gland. La recherche espagnole fournit désormais l’explication anatomique de cette observation. Mais cette découverte ouvre un débat bien plus sensible qu’une simple question de cartographie nerveuse.
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Pourquoi cette découverte relance le débat sur la circoncision

C’est l’éléphant dans la salle d’opération. Si la zone la plus richement innervée du pénis se trouve sur le prépuce, alors son ablation — pratiquée sur des millions de nourrissons chaque année dans le monde — pose un problème médical et éthique majeur.
Les chercheurs espagnols sont explicites : selon eux, la circoncision « devrait être évitée autant que possible » et remplacée par une « plastie préputiale » — une technique chirurgicale qui permet de traiter les problèmes de prépuce (phimosis, par exemple) tout en préservant les récepteurs sensoriels. Quand on sait qu’un chirurgien peut aller loin dans ses choix opératoires, la question du consentement éclairé devient centrale.
L’équipe recommande surtout de différer l’âge de la circoncision : au lieu de pratiquer l’intervention sur des nourrissons ou des enfants, il faudrait selon eux attendre que l’individu soit en mesure de prendre une décision éclairée. Une position qui entre en friction directe avec les pratiques religieuses et culturelles de centaines de millions de personnes.
Ce que les chirurgiens ignorent encore sur les tissus qu’ils opèrent
Au-delà du débat sur la circoncision, l’étude soulève une question inconfortable pour le monde médical : les chirurgiens spécialisés dans le pénis connaissent-ils vraiment les tissus qu’ils manipulent ?
Les auteurs ne mâchent pas leurs mots : « Nos travaux offrent des éclairages précieux aux chirurgiens, en leur apportant une compréhension approfondie des tissus qu’ils résèquent, cautérisent et mobilisent couramment — des tissus finement innervés et d’une grande complexité structurelle, dont la richesse nerveuse est souvent sous-estimée ou négligée. »
Concrètement, ils recommandent une attention particulière lors des incisions ventrales de la verge, une zone où la neuroanatomie est « dense et complexe ». Les résultats de l’étude devraient, selon eux, être intégrés aux documents de consentement éclairé — aussi bien pour les parents envisageant une circoncision pour leur enfant que pour les adultes qui y réfléchissent. Un sexologue confirmera que la question de la sensibilité est l’une des plus fréquentes en consultation.
Une découverte qui pourrait changer la vie sexuelle de millions d’hommes
Si ces résultats se confirment par d’autres études indépendantes, les implications sont considérables. D’abord pour la chirurgie réparatrice : les techniques de restauration du prépuce, aujourd’hui marginales, pourraient gagner en légitimité médicale. Ensuite pour l’éducation sexuelle : savoir où se situe réellement le centre du plaisir masculin pourrait modifier la façon dont les hommes — et leurs partenaires — abordent leur vie sexuelle.
La découverte pose aussi la question de ce qui compte vraiment en matière de plaisir masculin. Des décennies de focus sur la taille ou la performance pourraient avoir occulté l’essentiel : la qualité de l’innervation, bien plus que les centimètres, détermine l’intensité des sensations.
Reste à voir comment la communauté médicale internationale réagira. Les pratiques de circoncision sont profondément ancrées dans de nombreuses cultures, et les recommandations de santé publique — notamment américaines — continuent de la présenter comme bénéfique. Cette étude espagnole, en mettant un nom et une localisation précise sur le « point G masculin », pourrait bien forcer une réévaluation qui dépasse le cadre de l’anatomie pure. Le corps humain, avec ses 100 000 km de vaisseaux sanguins, n’a visiblement pas fini de livrer ses secrets.