Il n’a pas bu une goutte d’alcool depuis 2018, mais son corps en fabrique tout seul — il a perdu son job et son permis

Imaginez être arrêté pour conduite en état d’ivresse alors que vous n’avez pas touché un verre d’alcool depuis des années. C’est exactement ce qui est arrivé à Mark Mongiardo, un ancien directeur sportif de lycée en Floride. Son corps, à cause d’une maladie rarissime, produit de l’alcool tout seul. Deux arrestations, un licenciement, une vie entière chamboulée — et pendant longtemps, personne ne comprenait pourquoi.
« Je pensais juste être fatigué après mes longues journées »
Mark Mongiardo a 43 ans. Il vit en Floride. Et depuis des années, il traîne des symptômes qui ressemblent trait pour trait à ceux d’un homme ivre : parole brouillée, perte de coordination, confusion mentale. Sauf qu’il ne boit pas. Plus une seule goutte depuis 2018.

« Au fil des années, avant le diagnostic, je pensais simplement que j’étais fatigué après de longues journées d’enseignement et d’entraînement », a-t-il confié au New York Post. « Je ne réalisais pas que j’agissais peut-être comme quelqu’un d’intoxiqué, ou que j’en montrais les signes. »
Le problème, c’est que son entourage, lui, le remarquait très bien. Ses collègues se sont mis à faire des commentaires. Plusieurs personnes ont dit sentir l’alcool sur lui, alors qu’il jurait — à raison — n’avoir rien bu. Quand on pense aux aliments qui peuvent rendre positif à l’alcool, on imagine à peine ce que produit un corps entier qui fermente de l’intérieur.
Mais le pire n’était pas les regards en coin. Le pire, c’est ce qui allait suivre sur la route.
Deux arrestations pour conduite en état d’ivresse en six mois
Les choses ont basculé quand Mark vivait encore à New York. En l’espace de six mois, il a été arrêté deux fois pour conduite sous l’emprise de l’alcool. La deuxième arrestation est survenue un an après qu’il a complètement arrêté de boire. Autrement dit : son taux d’alcoolémie était suffisamment élevé pour justifier une interpellation, alors même qu’il n’avait rien consommé.

Ce genre de situation rappelle les cas où des conducteurs sont arrêtés sous l’emprise de substances, sauf qu’ici, le conducteur est innocent. Il a perdu son emploi de directeur sportif. Sa réputation, déjà entachée par les remarques de ses collègues, s’est effondrée. Personne n’avait d’explication, et Mark lui-même ne comprenait pas ce qui lui arrivait.
Car la maladie dont il souffre est si rare que la plupart des médecins n’en ont jamais entendu parler. Et pourtant, elle pourrait toucher bien plus de monde qu’on ne le croit.
Le syndrome d’auto-brasserie : quand l’intestin devient une microbrasserie
Le diagnostic est finalement tombé grâce à un test de provocation au glucose réalisé au Richmond University Medical Center. On lui a administré du sucre, puis on a mesuré son taux d’alcoolémie. Résultat : en 30 minutes, son taux est monté à 0,09 gramme, puis a grimpé jusqu’à 0,14 durant le test. Pour rappel, la limite légale aux États-Unis est de 0,08. Son corps fabriquait littéralement de l’alcool à partir du sucre ingéré.
La maladie s’appelle le syndrome d’auto-brasserie — ou auto-brewery syndrome (ABS) en anglais. Selon la Cleveland Clinic, ce syndrome « provoque des symptômes d’intoxication chez des personnes qui n’ont consommé aucun alcool ». Le mécanisme est presque absurde : des levures normalement présentes dans l’intestin prolifèrent de manière anormale. Elles se nourrissent des sucres ingérés et les fermentent, produisant de l’éthanol — exactement comme dans un processus de fabrication de bière.
La Cleveland Clinic précise qu’il existe « moins d’une centaine de cas documentés », mais que « la plupart des chercheurs suspectent que c’est bien plus courant qu’on ne le pense ». Ce qui signifie que des dizaines, voire des centaines de personnes, pourraient être confrontées à des symptômes inexpliqués sans jamais être correctement diagnostiquées.
À lire aussi
Mais comprendre la maladie, c’est une chose. Vivre avec au quotidien, c’en est une autre.
Un simple repas peut le clouer au lit pendant des heures
Pour Mark, le danger ne se limite pas aux glucides évidents. Bien sûr, les aliments riches en sucre ou en féculents déclenchent des crises. Mais il a découvert que même des repas « qui semblaient tout à fait normaux » pouvaient provoquer des symptômes. Un plat de pâtes, une portion de riz, parfois même un aliment qu’on ne soupçonnerait pas — et son corps se met à fermenter.

Le stress et le manque de sommeil aggravent encore les choses. On sait d’ailleurs que le moindre dérèglement du corps peut avoir des effets surprenants. Dans le cas de Mark, une mauvaise nuit suffit à amplifier les épisodes. Quand une crise se déclenche, la seule solution est de dormir. « La meilleure gestion des symptômes est de se reposer ou de dormir autant que possible jusqu’à ce que mon taux d’alcoolémie revienne à zéro », explique-t-il. « C’est très difficile d’être éveillé ou de manger quoi que ce soit avec les nausées extrêmes — en général, je suis cloué au lit. »
On est loin de l’image de la boisson sans alcool qui rend ivre et qui fait sourire. Ici, c’est un handicap invisible qui transforme chaque repas en loterie.
Comment il tient le syndrome en échec aujourd’hui
Depuis son diagnostic, Mark a trouvé un protocole qui fonctionne — même s’il ne guérit pas la maladie. Il suit un régime cétogène, c’est-à-dire très pauvre en glucides. Adieu le pain, les pâtes, le riz blanc, les sucreries. Il évite aussi les aliments transformés et, évidemment, tout alcool — même si ce n’est pas l’alcool externe qui pose problème.
Ce régime ultra-strict prive les levures intestinales de leur carburant : le sucre. Moins de sucre disponible, moins de fermentation, moins d’éthanol produit. C’est un peu le même principe que quand certains chirurgiens alertent sur des aliments courants qui détruisent l’organisme à petit feu — sauf qu’ici, la menace est chimiquement mesurable.
Le syndrome d’auto-brasserie soulève aussi des questions juridiques vertigineuses. Comment prouver son innocence quand un éthylotest confirme un taux d’alcoolémie supérieur à la limite légale ? Mark a vécu cette injustice deux fois. Son cas pourrait faire jurisprudence pour d’autres personnes dans la même situation, confrontées à des forces de l’ordre qui ne connaissent tout simplement pas cette pathologie.
Une maladie invisible que personne ne voit venir
Ce qui rend le syndrome d’auto-brasserie particulièrement vicieux, c’est son invisibilité. Pas de douleur aiguë, pas de symptômes spectaculaires au début — juste une fatigue chronique, des moments de confusion, une odeur d’alcool que l’entourage remarque sans comprendre. Les médecins eux-mêmes passent souvent à côté. Combien de personnes ont été victimes d’erreurs de diagnostic avant qu’on identifie cette maladie ?
Mark espère que son histoire fera avancer la sensibilisation. Car si la Cleveland Clinic a raison de penser que le syndrome est « plus courant qu’on ne le sait », alors des gens sont en ce moment même accusés à tort, licenciés à tort, jugés à tort. Leur corps les trahit, et personne ne les croit.
Quand on sait que le corps nous réserve des surprises à certains âges clés, le cas de Mark Mongiardo est un rappel brutal : on ne connaît pas encore tout de la machine biologique qu’on habite. Et parfois, c’est elle qui trinque à notre place — au sens le plus littéral du terme.