Icône menu hamburger Icône loupe de recherche
  1. TDN >
  2. Science

Artemis II : ce problème détecté sur le bouclier thermique d’Orion fait retenir leur souffle à la NASA

Publié par Mathieu le 10 Avr 2026 à 13:26
Artemis II : ce problème détecté sur le bouclier thermique d'Orion fait retenir leur souffle à la NASA
Publicité

Quatre astronautes filent à 38 000 km/h vers la Terre après avoir frôlé la Lune. Mais un détail technique, repéré dès 2022, transforme les dernières minutes du vol en un moment de vérité absolu pour la NASA. Le bouclier thermique censé protéger la capsule Orion des 2 700 °C de la rentrée atmosphérique s’était déjà détérioré « d’une façon inattendue » lors d’un vol test sans équipage. Cette fois, il y a quatre êtres humains à bord.

Un amerrissage prévu au large de la Californie, dans un silence radio de six minutes

Astronaute dans la capsule Orion avant le retour sur Terre

La mission Artemis II touche à sa fin après dix jours dans l’espace. Christina Koch, Victor Glover, Reid Wiseman et le Canadien Jeremy Hansen — les quatre astronautes envoyés plus loin que quiconque depuis 1972 — doivent amerrir au large de San Diego vers 2 h 07, heure française, dans la nuit de vendredi à samedi.

Publicité

Concrètement, treize minutes séparent l’entrée dans l’atmosphère de la touche finale dans le Pacifique. Treize minutes dont six sans aucune communication possible avec l’équipage. Six minutes de silence total pendant lesquelles la capsule Orion devient littéralement une boule de feu, freinée par la friction atmosphérique avant que ses parachutes ne se déploient.

À Houston, les familles des astronautes seront présentes au centre spatial de la NASA pour vivre ces instants. « Nous pourrons commencer à nous réjouir quand l’équipage sera en sécurité à bord du navire chargé de le repêcher », a insisté Amit Kshatriya, administrateur adjoint de l’agence.

Le bouclier thermique s’était déjà altéré lors du vol test de 2022

C’est le caillou dans la chaussure de toute la mission. En 2022, lors d’Artemis I — un vol identique mais sans équipage —, le bouclier thermique d’Orion s’est détérioré « d’une façon inattendue », selon un rapport technique de la NASA. Le bouclier est cette couche protectrice située sous la capsule, conçue pour absorber les températures extrêmes générées par la rentrée dans l’atmosphère : jusqu’à 2 700 °C.

Publicité

Le problème n’est pas anodin. Le bouclier thermique est littéralement la seule chose qui sépare les astronautes d’une chaleur capable de faire fondre l’acier. Si cette protection cède, la capsule ne survit pas. Point.

Malgré cette anomalie, la NASA a pris une décision controversée : garder le même bouclier pour Artemis II. Un choix qui a fait couler beaucoup d’encre dans la communauté spatiale et au-delà. Pour justifier cette décision, l’agence a modifié la trajectoire de retour. L’angle d’entrée dans l’atmosphère a été revu pour être plus direct, afin de limiter le phénomène de rebond qui avait contribué à endommager le bouclier en 2022.

« Je vais y penser sans arrêt jusqu’à ce qu’ils soient dans l’eau »

Les mots de Bill Nelson, patron de la NASA, résument l’ambiance. Dans une interview récente, il a reconnu que cette question le hanterait jusqu’au dernier moment. Son bras droit, Amit Kshatriya, a été encore plus explicite lors d’une conférence de presse jeudi : « C’est impossible de vous dire qu’il ne subsiste aucune appréhension irrationnelle. »

Publicité

Traduction : même les responsables de la NASA ne dorment pas tranquilles. Ils assurent toutefois avoir confiance dans les calculs de leurs ingénieurs. De multiples tests, simulations et modélisations ont été réalisés pour vérifier que le bouclier tiendrait le coup avec cette nouvelle trajectoire. La marge de sécurité serait suffisante, selon l’agence.

À lire aussi

Du côté des astronautes, Victor Glover — pilote de la mission — n’a pas caché son appréhension. « Traverser l’atmosphère tel une boule de feu » sera une expérience « marquante », a-t-il confié, avouant redouter ce moment depuis sa sélection dans l’équipage en 2023. On le comprend. Habituellement, les retours de la Station spatiale internationale sont déjà des instants tendus. Mais là, c’est un tout autre calibre. La capsule revient de bien plus loin, à une vitesse bien plus élevée, avec un bouclier dont on sait qu’il a déjà posé problème.

Pourquoi cette mission est cruciale pour la suite du programme

Bouclier thermique d'Orion en rentrée atmosphérique
Publicité

Artemis II n’est pas qu’un tour autour de la Lune. C’est le test grandeur nature qui doit prouver que la NASA est capable de renvoyer des humains dans l’espace lointain. La dernière fois qu’un être humain s’est aventuré aussi loin de la Terre, c’était Apollo 17, en décembre 1972. Plus d’un demi-siècle.

Les quatre astronautes se sont aventurés à plus de 406 000 kilomètres de notre planète. Un record absolu de distance pour un vol habité. Le lancement de cette mission historique avait d’ailleurs marqué les esprits, certains passagers d’avion filmant le décollage depuis leurs hublots à 10 000 mètres d’altitude.

Publicité

Si le retour se passe bien, la NASA enchaînera avec Artemis III : un alunissage prévu en 2028. L’objectif final est d’établir une base lunaire permanente et de préparer les futures missions vers Mars. Mais derrière ces ambitions se cache une course géopolitique. La Chine vise 2030 pour poser ses propres astronautes sur la Lune. Donald Trump veut que les Américains y soient avant la fin de son mandat.

Des milliards investis, des retards à répétition… et un enjeu politique énorme

Le programme Artemis a coûté des dizaines de milliards de dollars. Il a accumulé des années de retard, essuyé des déconvenues techniques, et fait face à un scepticisme grandissant. Les alunisseurs nécessaires pour Artemis III sont encore en cours de développement chez SpaceX (Elon Musk) et Blue Origin (Jeff Bezos). Les experts s’attendent à de nouveaux reports.

Publicité

Ce contexte rend l’amerrissage d’Artemis II d’autant plus crucial. Un succès redonnerait un élan considérable au programme. Un échec — même partiel — pourrait remettre en question toute la stratégie lunaire américaine. Pendant ce temps, des recherches inattendues continuent de nourrir l’espoir de futurs voyages spatiaux lointains.

Le commandant Reid Wiseman espérait que cette mission puisse « permettre, le temps d’un instant, de faire marquer une pause au monde ». Les effets psychologiques de l’espace sur les équipages restent d’ailleurs un sujet d’inquiétude pour les futures missions de longue durée.

À lire aussi

38 000 km/h, 2 700 °C : l’épreuve finale en chiffres

Pour bien mesurer ce qui attend les quatre astronautes, voici ce qui se passera pendant ces treize minutes :

Publicité

La capsule Orion entre dans l’atmosphère à environ 38 000 km/h. C’est 30 fois la vitesse du son. Le frottement avec l’air génère des températures pouvant atteindre 2 700 °C sur le bouclier thermique. À titre de comparaison, la lave en fusion d’un volcan tourne autour de 1 200 °C. On parle donc de plus du double.

Pendant six de ces treize minutes, le plasma brûlant qui entoure la capsule coupe toute communication radio. Les équipes au sol et les familles à Houston n’auront aucune nouvelle. Aucun signal. Rien. C’est ce qu’on appelle le « blackout de rentrée », un phénomène bien connu mais qui prend une dimension particulière quand on sait que le bouclier a déjà montré des signes de faiblesse.

Puis les parachutes se déploient. La capsule ralentit brutalement. Et si tout se passe comme prévu, Orion touche l’océan Pacifique au large de San Diego, où un navire de la Navy attend pour repêcher l’équipage. D’autres astronautes ont connu des situations bien stressantes en orbite, comme ceux qui se sont retrouvés bloqués dans la Station spatiale pendant des mois, avec des conséquences physiques visibles sur leur corps.

Publicité

Tout repose désormais sur ces 13 dernières minutes

Au moment où vous lisez ces lignes, la capsule Orion file vers la Terre avec ses quatre occupants. Dix jours de mission quasi parfaite. Des records battus. Des images spectaculaires de la Lune vue comme aucun humain ne l’avait vue depuis un demi-siècle. Mais tout cela ne comptera que si les treize dernières minutes se déroulent sans accroc.

La NASA a fait ses calculs. Les ingénieurs ont revu la trajectoire. Les simulations sont rassurantes. Mais même le chef de l’agence spatiale américaine ne peut s’empêcher d’y penser « sans arrêt ». Et quelque part, entre la Lune et la Californie, quatre astronautes attendent de savoir si le bouclier tiendra.

Le retour vers la Lune, promis depuis des décennies, se joue peut-être dans ces quelques minutes de feu et de silence.

Publicité

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *