Ils sont 4, à 384 000 km de la Terre : ce que personne n’avait fait depuis 1972
Le 2 avril 2026, quatre astronautes ont quitté l’orbite terrestre à bord du vaisseau Orion pour mettre le cap sur la Lune. Plus personne n’avait accompli cette manœuvre depuis décembre 1972 et la fin du programme Apollo. À 384 000 kilomètres de chez nous, l’équipage d’Artemis 2 est en train d’écrire un nouveau chapitre de la conquête spatiale — et tout ne s’est pas passé exactement comme prévu.
Six minutes pour s’arracher de la Terre
C’est à 1h49 du matin, heure française, que la manœuvre décisive a eu lieu. Pendant près de six minutes, le moteur du vaisseau Orion a poussé à pleine puissance pour arracher l’équipage de l’attraction terrestre et le projeter vers notre satellite naturel. Une poussée brève mais irréversible : une fois lancés, impossible de faire demi-tour.
Le commandant américain Reid Wiseman, ses compatriotes Victor Glover et Christina Koch, ainsi que le Canadien Jeremy Hansen composent cet équipage historique. « L’humanité a une fois de plus montré de quoi elle est capable », a déclaré Hansen quelques instants après l’injection translunaire. Puis, plus sobrement : « On est tous scotchés aux fenêtres. La vue est imprenable. »
Cet équipage est le premier d’un vol lunaire habité à compter une femme, une personne de couleur et un non-Américain. Un symbole fort, plus d’un demi-siècle après les missions Apollo, exclusivement composées d’hommes blancs américains.
1 000 fois plus loin que la Station spatiale
Pour mesurer l’exploit, il faut replacer les choses en perspective. La Station spatiale internationale, où des astronautes vivent en permanence, orbite à environ 400 kilomètres de la Terre. La Lune se trouve à 384 000 kilomètres. C’est mille fois plus loin. Il faudra trois à quatre jours à l’équipage pour l’atteindre.

Depuis la fin du programme Apollo en 1972, jamais un être humain ne s’était aventuré au-delà de l’orbite basse terrestre. Des astronautes bloqués sur l’ISS aux sorties extravéhiculaires en orbite, l’humanité a fait beaucoup — mais toujours dans le voisinage immédiat de notre planète. Artemis 2 change la donne.
L’équipage ne se posera pas sur la Lune. Sa trajectoire prévoit un survol de la face cachée, lundi, avant un retour sur Terre programmé le 10 avril. Mais ce simple tour lunaire suffira à faire de ces quatre personnes celles qui se seront aventurées le plus loin dans l’espace de toute l’histoire de l’humanité.
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Un vaisseau jamais testé avec des passagers — et des toilettes capricieuses
Le vaisseau Orion avait déjà effectué un vol inhabité autour de la Lune lors de la mission Artemis 1 en 2022. Mais il n’avait jamais transporté personne. C’est pourquoi les 24 premières heures en orbite terrestre, après le décollage de Floride mercredi, ont été consacrées à une batterie de vérifications minutieuses.
Quelques imprévus techniques sont survenus, dont un problème avec les toilettes du bord. Rien de critique, mais suffisamment embarrassant quand on est enfermé à quatre dans une capsule pour dix jours. Tout est depuis rentré dans l’ordre, et c’est seulement après ces contrôles que le feu vert pour la poussée translunaire a été donné.
La trajectoire choisie par la NASA repose sur un principe ingénieux : le vaisseau se laisse capturer par la gravité lunaire, contourne l’astre, puis revient naturellement vers la Terre sans propulsion supplémentaire. Élégant sur le papier, mais contraignant dans la réalité. En cas de problème majeur — dépressurisation, fuite de cabine — les astronautes n’ont pas d’autre choix que de revêtir leurs combinaisons de survie, conçues pour tenir six jours, et d’attendre que la Lune les renvoie vers la maison.
La course à la Lune a repris, et la Chine n’est pas loin
Derrière l’émotion et les images spectaculaires, Artemis 2 s’inscrit dans un calendrier géopolitique très serré. La NASA ambitionne de renvoyer des Américains sur le sol lunaire dès 2028, avant la fin du second mandat de Donald Trump. L’objectif ne se limite pas à planter un drapeau : l’agence veut construire une base permanente près du pôle sud lunaire, une zone encore inexplorée par l’homme.
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Cette région intéresse les scientifiques pour une raison précise : on y soupçonne la présence de glace d’eau dans des cratères perpétuellement plongés dans l’ombre. De l’eau sur la Lune, c’est potentiellement du carburant, de l’oxygène et un point de ravitaillement pour de futures missions vers Mars. La Chine, de son côté, travaille déjà sur l’exploitation des ressources lunaires et prévoit d’envoyer ses propres taïkonautes sur la Lune d’ici 2030.
« Il n’y a rien de normal là-dedans », a insisté Reid Wiseman depuis l’espace. « Envoyer quatre personnes à 400 000 kilomètres de distance est un exploit herculéen, et nous commençons seulement à en prendre la mesure. » L’événement a d’ailleurs bousculé la grille de la télévision française, France 2 ayant déprogrammé Élise Lucet pour couvrir le décollage en direct.
Dix jours suspendus dans le vide
Flottant les uns à côté des autres en apesanteur, les quatre astronautes sont apparus souriants dans une vidéo diffusée quelques heures après la poussée. Ils ont salué leurs familles et plaisanté sur leur quotidien spatial. Leur retour est prévu le 10 avril, avec un amerrissage dans l’océan Pacifique.
D’ici là, ils passeront derrière la face cachée de la Lune lundi — un moment où tout contact radio avec la Terre sera coupé pendant plusieurs dizaines de minutes. Un silence que seuls douze hommes des missions Apollo ont connu avant eux. L’humanité n’a pas marché sur la Lune depuis plus de cinquante ans, mais elle vient de reprendre le chemin. Et cette fois, la destination finale, c’est Mars.
Pour ceux qui veulent rêver un peu plus loin, la NASA a récemment lancé une étoile artificielle et continue d’explorer les confins du système solaire, entre traces de vie sur Mars et découvertes de nouvelles lunes autour de Jupiter et Saturne. La conquête spatiale n’a jamais été aussi vivante.
