Jason Collins, premier joueur ouvertement gay de la NBA, est mort à 47 ans : « Il a changé des vies »
Il avait brisé l’un des plus grands tabous du sport professionnel américain. Jason Collins, premier joueur ouvertement gay de l’histoire de la NBA, est mort mardi 12 mai à l’âge de 47 ans des suites d’un glioblastome de stade 4, l’une des formes de cancer du cerveau les plus agressives qui existent. Derrière le basketteur, c’est un symbole que le monde du sport vient de perdre.
Treize saisons en NBA, mais un héritage bien plus grand que le basket

Drafté en 2001, Jason Collins a porté les maillots de six franchises différentes au cours de sa carrière. Les Nets, les Hawks, les Celtics, les Wizards… Treize saisons au plus haut niveau. Pas le palmarès le plus clinquant de la ligue, loin de là. Mais ce n’est pas pour ses statistiques que son nom restera dans les livres d’histoire.
En avril 2013, dans les pages de Sports Illustrated, Jason Collins fait son coming out. Il est alors le premier athlète masculin en activité dans l’une des quatre grandes ligues sportives américaines (NBA, NFL, MLB, NHL) à révéler publiquement son homosexualité. Une première absolue. « Je voulais simplement dire : je suis assez bon pour jouer en NBA et, au fait, je suis gay », confiait-il récemment à ESPN.
La couverture du magazine fait le tour du monde. Et la réaction ne se fait pas attendre – dans le bon sens. Parmi les premiers à décrocher leur téléphone : Barack Obama en personne. Le président américain appelle Collins pour le féliciter et lui glisse cette phrase, rapportée par ESPN : « Ce que vous avez fait aujourd’hui aura un impact positif sur des personnes que vous ne rencontrerez peut-être jamais dans votre vie. » D’autres célébrités comme Oprah Winfrey lui apportent aussi immédiatement leur soutien.
À une époque où la vie privée des athlètes peut encore faire l’objet de sanctions ou de rejets, Collins choisit de ne plus se cacher. Mais son cancer, lui, allait avancer en silence.
Un diagnostic implacable rendu public avec courage
En novembre 2024, Jason Collins révèle publiquement qu’il est atteint d’un glioblastome de stade 4. Pour les non-initiés : c’est la tumeur cérébrale la plus agressive, celle dont le taux de survie à cinq ans ne dépasse pas quelques pourcents. Le même cancer qui a emporté de nombreuses personnalités, et dont le pronostic reste redoutable malgré les avancées médicales.
Collins ne baisse pas les bras. Il tente notamment une thérapie expérimentale à Singapour. Plusieurs mois de traitements, de déplacements, d’espoirs mesurés. Comme d’autres personnalités qui ont parlé de leur maladie, il choisit de documenter son combat publiquement. En décembre dernier, il écrit pour ESPN des mots qui résument l’homme : « En tant qu’athlète, on apprend à ne pas paniquer dans ces moments-là. Ce sont les cartes qu’on m’a données. »
Finalement, mardi, ses proches ont annoncé qu’il était mort « paisiblement chez lui, entouré de sa famille ». « Jason a changé des vies de façon inattendue et a été une source d’inspiration pour tous ceux qui l’ont connu, de près ou de loin », écrit sa famille dans un communiqué. L’histoire tragique de ce sportif de 47 ans rappelle d’autres destins fauchés trop tôt, comme celui de cette femme sportive morte à 46 ans d’un cancer foudroyant.
Mais au-delà du deuil, c’est une vague d’hommages sans précédent qui déferle sur le monde du sport.
« Son impact allait bien au-delà du basket »
Adam Silver, le patron de la NBA, a été parmi les premiers à réagir. Ses mots pèsent : « Son impact allait bien au-delà du basket. Il a contribué à rendre la NBA, la WNBA et le monde du sport plus inclusifs et accueillants pour les générations futures. » Après sa retraite sportive en 2014, Collins était d’ailleurs devenu ambassadeur officiel de la ligue pour les questions d’inclusion.
Les Brooklyn Nets, franchise où il a passé huit saisons – la plus longue étape de sa carrière – ont salué « une personne profondément gentille et réfléchie qui rassemblait les gens ». « Son courage et son authenticité ont fait avancer le sport et le monde », écrit la franchise new-yorkaise. Les Boston Celtics ont rendu hommage à « un pionnier de la NBA et du sport professionnel ». Les Atlanta Hawks, eux, ont souligné « son humilité, sa force tranquille et son intégrité ».
Hors du basket, les réactions viennent aussi de figures historiques de la lutte pour l’égalité dans le sport. Billie Jean King, ancienne championne de tennis et militante de longue date pour les droits des personnes LGBT, a salué « un ami cher » qui « a changé des vies par son courage, son authenticité et sa volonté d’aider les autres à se sentir vus ». Cette disparition fait écho à d’autres pertes récentes dans le monde du sport, comme celle du mentor de Schumacher, qui ont bouleversé les fans.
De son côté, Sports Illustrated – le magazine qui avait publié sa couverture historique dix ans plus tôt – a rappelé que son coming out de 2013 avait été « un moment historique non seulement pour la NBA, mais pour toute la culture sportive ». Un avant et un après, en somme.
Pourquoi son geste de 2013 reste aussi important en 2025
On pourrait se dire qu’en 2025, un coming out dans le sport n’a plus rien de révolutionnaire. Et pourtant. Douze ans après le geste de Collins, les sportifs professionnels masculins ouvertement gays dans les grandes ligues mondiales se comptent encore sur les doigts d’une main. Le football, le rugby, le baseball peinent toujours à briser ce plafond de verre.

Ce que Collins a fait, c’est ouvrir une porte. Pas la défoncer – il le disait lui-même, « il n’y a pas eu de scandale ». Mais il l’a ouverte suffisamment pour que d’autres puissent s’y engouffrer. Les questions d’inclusion dans le sport continuent de faire débat, comme le montre la récente décision de la SNCF sur la mention du genre dans ses formulaires.
Le monde du sport professionnel, celui des contrats à plusieurs millions, des sponsors frileux et des vestiaires où règne encore souvent une masculinité très codifiée, reste un environnement difficile pour qui sort du moule. Collins le savait mieux que personne. Il a choisi de le faire quand même. D’autres sportifs ont vu leur vie personnelle impacter leur carrière de façon brutale, à l’image de cet ex-joueur de Manchester United dont l’histoire a ému le monde entier.
À 47 ans, emporté par un cancer foudroyant, Jason Collins laisse derrière lui bien plus qu’une fiche de stats sur basketball-reference.com. Il laisse un précédent. Une couverture de magazine encadrée dans des milliers de foyers. Et une phrase simple qui résume tout : « Je suis assez bon pour jouer en NBA et, au fait, je suis gay. » Pas de discours grandiloquent. Pas de manifeste. Juste un homme qui a dit la vérité, et qui a changé les règles du jeu pour tous les autres.