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Marathon de Londres : Sabastian Sawe pulvérise le record du monde en passant sous les deux heures

Publié par Elsa Lepic le 27 Avr 2026 à 7:35
Marathon de Londres : Sabastian Sawe pulvérise le record du monde en passant sous les deux heures

On pensait que ça n’arriverait pas de sitôt. Un marathonien qui boucle les 42,195 km en moins de deux heures, en compétition officielle, sur un parcours homologué. Dimanche, à Londres, le Kényan Sabastian Sawe l’a fait. 1h59’30 ». Et il n’était pas seul : les trois premiers ont tous battu l’ancien record du monde. Retour sur un après-midi qui vient de réécrire l’histoire de l’athlétisme.

Un chrono que personne n’osait imaginer

Jusqu’à dimanche, le record du monde du marathon appartenait au Kényan Kelvin Kiptum. Il l’avait établi en 2023, à Chicago, avec un temps de 2h00’35 ». Un chrono déjà jugé stratosphérique, à seulement 36 secondes du mur symbolique des deux heures. La question n’était plus de savoir si quelqu’un passerait sous cette barre, mais quand.

La réponse est tombée à Londres. Sabastian Sawe, 31 ans, a franchi la ligne d’arrivée en 1h59’30 ». Soit 65 secondes de mieux que Kiptum. Pas une amélioration : une démolition. Et derrière lui, l’Éthiopien Yomif Kejelcha a terminé en 1h59’41 », devenant lui aussi le deuxième homme de l’histoire à passer sous les deux heures. L’Ougandais Jacob Kiplimo complète le podium en 2h00’28 », battant également l’ancien record mondial.

Trois hommes sous l’ancien record dans la même course. C’est du jamais-vu. Et ça donne le vertige quand on repense aux décennies de progression millimétrique sur cette distance.

Comment Sawe a fait exploser la course

La stratégie, au départ, était collective. Six hommes se sont rapidement détachés en tête : Sawe, Kejelcha, Kiplimo, Amos Kipruto, Tamirat Tola et Deresa Geleta. Un peloton compact, méthodique, qui avalait les kilomètres à une cadence régulière mais pas folle.

Au passage du semi-marathon, le chrono affichait 1h00’29 ». Faites le calcul : en maintenant ce rythme, l’arrivée se profilait autour de 2h00’57 ». Rapide, certes, mais insuffisant pour le record. Insuffisant, surtout, pour le plan de Sawe.

Car le Kényan avait une carte en réserve. Peu avant le 35e kilomètre, il a accéléré brutalement. Une attaque franche, tranchante, qui a fait voler le groupe en éclats. Seul Kejelcha a pu suivre. Kiplimo, lui, a tenté de revenir, a brièvement recollé au duo, puis a lâché prise.

À ce moment-là, la course a changé de dimension. Sawe et Kejelcha, lancés à une allure sidérante, ont maintenu leur effort sans faiblir. Le mur des deux heures n’était plus un fantasme. Il était en train de tomber en direct.

L’attaque décisive devant Big Ben

Le moment-clé est survenu dans les derniers kilomètres, juste avant le passage devant Big Ben. Sawe a lancé une ultime accélération, prenant rapidement quelques longueurs sur Kejelcha. L’Éthiopien, pourtant double médaillé d’argent mondial sur 10 000 mètres et débutant sur marathon, n’a pas pu répondre.

Il faut mesurer ce que Kejelcha a accompli. Pour un spécialiste du 10 000 m, basculer sur le marathon et terminer sous les deux heures dès sa première tentative est proprement hallucinant. Mais face à Sawe dimanche, même ça ne suffisait pas.

Le Kényan a franchi la ligne seul, les bras levés, avec un chrono que même les plus optimistes n’auraient pas osé prédire en début de journée. 1h59’30 ». Le mur est tombé. Et pas qu’un peu.

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L’homme que personne ne peut battre sur 42 km

Ce qui rend la performance de Sawe encore plus impressionnante, c’est sa régularité. Depuis ses débuts sur marathon, il n’a tout simplement jamais perdu. Valence en 2024, Berlin en 2025, et maintenant Londres. Trois marathons, trois victoires, un record du monde. À 31 ans, il est dans la force de l’âge pour un marathonien.

Son profil tranche avec celui d’autres champions de la distance. Pas de longue période d’apprentissage, pas de marathons ratés avant la révélation. Sawe a débarqué sur 42 km comme un phénomène déjà abouti. Le genre d’athlète qui rappelle Usain Bolt dans sa capacité à dominer une discipline dès qu’il s’y met sérieusement.

La comparaison s’arrête là — on parle d’un effort de deux heures, pas de dix secondes. Mais l’aura d’invincibilité est la même. Qui pour le battre ? Kejelcha, peut-être, avec plus d’expérience sur la distance. Kiplimo, qui n’a que 24 ans. Mais pour l’instant, Sawe règne sans partage.

Pourquoi le mur des deux heures est si mythique

Pour comprendre ce qui s’est passé dimanche, il faut remonter un peu. En 2019, Eliud Kipchoge avait couru un marathon en 1h59’40 » à Vienne. Sauf que cette tentative, baptisée INEOS 1:59 Challenge, n’était pas une compétition officielle. Relayeurs, voiture ouvreuse, parcours choisi sur mesure : les conditions étaient optimisées pour un seul objectif. Le record n’avait pas été homologué par World Athletics.

L’exploit de Sawe est d’une autre nature. Parcours classique de Londres, concurrence réelle, conditions de course standard. Rien d’artificiel. C’est ce qui rend ce chrono historique au sens strict du terme. Même la technologie des chaussures, souvent pointée du doigt dans les récentes progressions, ne peut pas tout expliquer. Il fallait un athlète exceptionnel, dans un jour exceptionnel.

On peut aussi souligner l’ironie du calendrier. Alors qu’un robot humanoïde terminait récemment un semi-marathon à Pékin, c’est un humain en chair et en os qui vient de repousser les limites du possible sur la distance reine.

Et maintenant ? La chasse au 1h58 est ouverte

Quand un record mythique tombe, la question suivante arrive immédiatement : jusqu’où peut-on aller ? Après le 2h00’35 » de Kiptum, on se demandait qui passerait sous les deux heures. Sawe vient de répondre avec 30 secondes de marge. La prochaine frontière, c’est 1h58. Ça semble fou. Mais dimanche matin, 1h59’30 » aussi semblait fou.

Sawe a prouvé qu’un marathonien peut accélérer violemment après 35 km et maintenir un rythme dément jusqu’à l’arrivée. Si d’autres athlètes adoptent cette stratégie — départ contrôlé, finish explosif — les chronos pourraient encore chuter. La densité du peloton de Londres, avec trois hommes sous l’ancien record, suggère que le niveau global progresse, pas seulement celui d’un seul coureur.

Reste à savoir si Sawe lui-même a encore une marge de progression. À 31 ans, les meilleurs marathoniens ont souvent leur pic entre 30 et 35 ans. Ce qui veut dire qu’on n’a peut-être pas encore vu le meilleur de lui. Dimanche à Londres, l’histoire de l’athlétisme a basculé. Et la suite promet d’être encore plus dingue.

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