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« Il me mord le visage, il avait du sang sur les dents » : un rugbyman raconte une agression en plein match

Publié par Elsa Lepic le 29 Avr 2026 à 13:06
« Il me mord le visage, il avait du sang sur les dents » : un rugbyman raconte une agression en plein match de Fédérale 2

Un match de cinquième division, un dimanche printanier dans l’Ain, une paëlla à l’avant-match. Tout avait les ingrédients d’un après-midi tranquille au stade Jean-Luc-Doy de Nantua. Sauf qu’à la 14e minute de jeu, Thomas Briatte, joueur de Clermont-Cournon d’Auvergne, affirme avoir vécu l’un des épisodes les plus violents du rugby amateur français. Six points de suture, une plainte déposée et un témoignage qui fait froid dans le dos : « Il me mord le visage, il avait du sang sur les dents. »

Un choc décisif qui dérape à la 14e minute

« Il me mord le visage, il avait du sang sur les dents » : un rugbyman raconte une agression en plein match de Fédérale 2

On est le dimanche de la dernière ligne droite de la saison en Fédérale 2. Nantua, club de l’Ain, reçoit Clermont-Cournon d’Auvergne (R3CA) avec un objectif clair : assurer un barrage de phase finale à domicile. L’enjeu est réel, la tension palpable, mais rien qui sorte de l’ordinaire pour cette cinquième division du rugby français.

« Il me mord le visage, il avait du sang sur les dents » : un rugbyman raconte une agression en plein match de Fédérale 2

Comme le rapporte le quotidien La Montagne, la rencontre débute avec un Nantua conquérant. Les locaux poussent dans les 22 mètres adverses. Leur demi de mêlée transmet le ballon à Simiai Nawaqa, un troisième ligne centre massif. Face à lui, Thomas Briatte se dresse pour tenter de le stopper. C’est là, dans cette phase de plaquage banale en apparence, que tout bascule.

Ce qui suit, personne ne s’y attendait sur la pelouse de Nantua. Et certainement pas Thomas Briatte.

« Il avait du sang sur les dents »

Le témoignage du joueur de Clermont-Cournon est glaçant de précision. Selon ses déclarations, Simiai Nawaqa l’aurait mordu violemment au visage pendant le contact. Pas un coup de coude égaré, pas un choc tête contre tête comme il en arrive chaque week-end sur les terrains amateurs. Une morsure.

Thomas Briatte décrit une scène sidérante : l’adversaire aurait planté ses dents dans sa chair, laissant des traces profondes qui nécessiteront six points de suture. « Il me mord le visage, il avait du sang sur les dents », raconte-t-il. Des mots qu’on n’associe pas au rugby, même dans les divisions les plus rugueuses. On a malheureusement déjà vu des violences lors de rencontres sportives, mais une morsure au visage en plein match reste un acte rarissime.

« Il me mord le visage, il avait du sang sur les dents » : un rugbyman raconte une agression en plein match de Fédérale 2

Le match se poursuit pourtant. Nantua finit par s’imposer largement, 45 à 17. Mais pour Thomas Briatte, la journée est loin d’être terminée. Au lieu de partager la traditionnelle troisième mi-temps, il prend la direction des urgences.

Urgences, commissariat : l’après-match d’un autre genre

Pendant que ses coéquipiers digèrent une défaite sèche, Thomas Briatte enchaîne deux étapes peu communes pour un dimanche de rugby : l’hôpital d’abord, le commissariat ensuite. Six points de suture sont posés sur les plaies de son visage. Les médecins constatent des marques compatibles avec une morsure.

Le joueur auvergnat ne compte pas en rester là. Il dépose plainte dans la foulée et réclame une sanction exemplaire contre le joueur adverse. Dans le rugby amateur, les commissions de discipline peuvent prononcer des suspensions de plusieurs mois, voire des radiations définitives pour les actes les plus graves. La morsure fait partie des gestes les plus sévèrement punis par la Fédération Française de Rugby, au même titre que la goutte ou le coup de poing.

L’affaire rappelle d’autres épisodes violents dans le sport français. On pense à ce club de football qui s’est retiré du championnat après l’agression d’un arbitre, ou encore à ce cycliste qui avait frappé son adversaire en pleine course. Mais la morsure au visage place cet incident dans une catégorie à part.

La Fédérale 2, ce monde à part du rugby français

Pour comprendre le contexte, il faut plonger dans les entrailles du rugby amateur. La Fédérale 2 est la cinquième division nationale. On est loin des projecteurs du Top 14, des stars comme Antoine Dupont et des stades de 30 000 places. Ici, les joueurs ne sont pas professionnels. Ils travaillent la semaine, s’entraînent le soir et jouent le dimanche pour leur club.

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Mais l’engagement physique, lui, n’a rien d’amateur. Les contacts sont durs, les rivalités parfois féroces. Les commissions de discipline des comités régionaux traitent chaque saison des dizaines de cas de violence sur et autour des terrains. La tradition de la troisième mi-temps, ce moment convivial d’après-match, masque parfois une réalité plus sombre : celle d’un sport où les dérapages peuvent aller très loin, sans caméra pour les filmer.

Nantua contre Clermont-Cournon n’avait rien, sur le papier, d’un match à risque. Un enjeu sportif, certes – les phases finales se jouaient pour les deux équipes –, mais rien qui justifie un tel acte. Le repas d’avant-match avec terrine, paëlla et fromage racontait même une histoire de rugby festif et bon enfant.

Des précédents qui ont marqué le rugby

La morsure n’est hélas pas un geste inconnu dans l’histoire du rugby. Au plus haut niveau, l’un des épisodes les plus célèbres implique l’international français Gaël Fickou, mordu à l’épaule lors d’un match du Tournoi des Six Nations. Plus récemment, plusieurs cas en divisions inférieures ont donné lieu à des suspensions allant jusqu’à 96 semaines, soit près de deux ans d’interdiction de jouer.

World Rugby classe la morsure parmi les actes de jeu déloyal les plus graves, aux côtés de l’agression sur arbitre et du contact avec les yeux. Le barème fédéral prévoit un plancher de 12 semaines de suspension pour un premier fait de morsure, avec des circonstances aggravantes qui peuvent faire exploser la sanction. Dans les cas les plus extrêmes, le joueur peut être radié à vie.

Thomas Briatte, de son côté, demande que la sanction soit exemplaire. Le rugby français traverse déjà des turbulences sur le plan disciplinaire et judiciaire ces derniers mois. Un nouvel épisode de violence gratuite sur un terrain amateur est la dernière chose dont le sport a besoin.

Ce que risque le joueur de Nantua

Deux procédures distinctes vont se croiser dans les prochaines semaines. Sur le plan sportif, la commission de discipline de la Fédération va être saisie. Elle dispose de la vidéo du match et du témoignage de Thomas Briatte, en plus du rapport médical des urgences. Si la morsure est caractérisée, la suspension pourrait atteindre plusieurs dizaines de semaines.

Sur le plan pénal, la plainte déposée par le joueur de Clermont-Cournon peut déboucher sur des poursuites pour violences volontaires ayant entraîné une ITT (incapacité totale de travail). Six points de suture au visage, cela représente potentiellement plusieurs jours d’ITT, ce qui fait basculer l’infraction dans une catégorie passible de poursuites devant le tribunal correctionnel.

L’affaire dépasse désormais le simple cadre du rugby amateur. Ce qui s’est passé à Nantua le temps d’un plaquage est devenu un fait divers. Un sport qui fait régulièrement parler de lui pour de mauvaises raisons, et un joueur qui attend désormais que la justice – sportive et pénale – fasse son travail.

Reste une question en suspens : pourquoi ? Quel enchaînement, quelle frustration, quel état d’esprit peut pousser un joueur à mordre un adversaire au visage à la 14e minute d’un match de cinquième division ? Thomas Briatte, lui, attend des réponses. Et une sanction à la hauteur de ce qu’il a subi.

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