Icône menu hamburger Icône loupe de recherche
  1. TDN >
  2. Décoration

Ce marbre coloré envahit nos cuisines : le doute qui freine même les décorateurs

Publié par Hannah Maline le 04 Avr 2026 à 7:25

Des veines bordeaux sur un plan de travail. Un lavabo en marbre bleu nuit. Une table basse en bloc de pierre verte posée au milieu d’un salon. Les images circulent partout, sur Instagram, dans les magazines, dans les cuisines des stars. Le marbre coloré est devenu la grande obsession déco du moment.

Publicité

Et pourtant, même les professionnels hésitent. Même les décorateurs qui conseillent leurs clients toute l’année avouent une chose : avant de franchir le pas eux-mêmes, ils marquent une pause. Pourquoi ce doute ? Et surtout, ont-ils raison de l’avoir ?

Après des années de blanc immaculé, la pierre explose en couleurs

Pendant longtemps, le marbre dans nos intérieurs rimait avec blanc. Blanc cassé, blanc pur, blanc veiné de gris discret. Une vision presque universelle de ce que devait être la « belle pierre ».

Mais cette époque touche à sa fin. Le mouvement est net : les plans de travail graphiques en marbre rose, les crédences vert profond, les quartzites bleus intensément veinés envahissent les vitrines de mobilier et les cuisines des célébrités. La rédaction du magazine Livingetc l’a formulé sans détour : « 2025 est entièrement consacré à la pierre colorée ».

Publicité

Dans Architectural Digest, la cuisine de Kate Hudson en Blue Cristallo ou la salle de bains de Troye Sivan entièrement marbrée ont déclenché des millions de réactions. La tendance n’est plus émergente. Elle est là, elle s’installe, elle revendique sa place.

Cette tendance est en réalité bien plus ancienne qu’on ne le croit

Surprenant mais vrai : aimer le marbre coloré n’a rien d’une lubie du XXIe siècle. Les travaux sur la polychromie antique l’ont rappelé avec force. Les statues grecques et romaines que l’on imagine blanches ? Elles étaient, à l’origine, largement peintes.

Au Louvre, la Kore de Samos — une statue de marbre vieille de 2 500 ans — apparaît désormais en réalité augmentée avec ses teintes vives restituées. De quoi fracturer définitivement le mythe du marbre blanc immaculé comme idéal esthétique absolu.

Publicité
Mains féminines sur un plan de travail en marbre bordeaux veiné

Snapchat et le musée du Louvre ont même poussé le concept plus loin, en faisant surgir dans leur application des blocs de marbre animés qui dévoilent formes et couleurs disparues. Le message est clair : la couleur a toujours fait partie de la pierre. C’est nous qui l’avions oubliée.

Ce retour aux sources culturelles prépare mentalement à une idée qui aurait semblé bizarre il y a dix ans : un marbre bordeaux vif dans une cuisine contemporaine n’est pas une provocation. C’est un hommage.

Publicité

Le Rosso Levanto, star absolue de cette vague colorée

Parmi toutes les pierres qui montent, une s’impose comme l’emblème de cette révolution : le Rosso Levanto. Extrait en Ligurie, utilisé dès l’époque romaine, ce marbre rouge vin presque noir, veiné de blanc, tapisse aujourd’hui des salles de bains spectaculaires et des bars haut de gamme.

La décoratrice américaine Emily Henderson, référence mondiale en matière de tendances intérieures, l’a confirmé sur son blog : « La pierre bordeaux et brune est très à la mode en ce moment. J’ai vu des designers en utiliser partout. »

Le message est fort. La pierre n’est plus un fond neutre qui sert à faire ressortir les meubles. Elle devient la pièce maîtresse. Le sujet principal de la pièce. Tout s’organise autour d’elle.

À lire aussi

Publicité

Cette mutation est aussi visible dans les grandes tendances qui redessinent les cuisines en 2026, où la matière prend clairement le dessus sur la couleur neutre et le blanc mat qui a dominé pendant des années.

Alors pourquoi même les décorateurs hésitent-ils ?

C’est là que ça devient intéressant. Derrière l’enthousiasme général, une question très concrète revient sans cesse : et si on le regrettait dans cinq ans ?

Emily Henderson — celle-là même qui valide la tendance — l’a avoué sans détour : « Je suis cependant un peu effrayée à l’idée de choisir quelque chose que je n’aimerai plus dans quelques années. Je suis sûre que c’est le cas pour beaucoup d’entre nous. »

Publicité

Et la peur n’est pas irrationnelle. On ne parle pas d’un coussin à 15 euros qu’on range si on change d’avis. On parle d’un plan de travail en marbre rose qui se négocie facilement à 300 ou 400 euros le mètre carré posé. Parfois bien davantage selon l’origine et la rareté de la pierre.

Décoratrice hésitante devant des échantillons de marbre coloré

Une cuisine de taille moyenne peut donc représenter un investissement de plusieurs milliers d’euros uniquement pour le plan de travail. À ce prix-là, l’hésitation devient légitime. Ce n’est pas de la timidité — c’est de la sagesse.

Publicité

D’autant que certains choix en décoration ont cette particularité de « dater » très vite. On se souvient tous de kitchens entièrement carrelées de blanc brillant dans les années 2000, qui semblent aujourd’hui vieillies. Ou des revêtements imitation bois clair qui ont saturé les intérieurs entre 2012 et 2018. La question se pose donc légitimement : le marbre bordeaux sera-t-il le stratifié blond de 2030 ?

Publicité

Si vous vous demandez justement comment transformer un intérieur sans dépenser une fortune, vous n’êtes pas le seul à chercher des alternatives plus prudentes.

Comment apprivoiser la tendance sans se ruiner ni le regretter

La bonne nouvelle : il n’est pas nécessaire de refaire toute sa cuisine pour profiter de cet élan. Les décorateurs les plus aguerris conseillent une approche progressive, en petites doses.

Une vasque en marbre coloré dans les toilettes invités. Une table basse massive qui structure le salon. Un plateau de service posé sur un meuble sobre. Une crédence limitée à 60 ou 80 centimètres plutôt qu’un mur entier.

Publicité

Ces points d’accent permettent de tester sa tolérance à la couleur, sans verrouiller toute une pièce pour dix ans. Et si l’envie passe, on remplace un plateau bien plus facilement qu’un plan de travail encollé.

Le choix des teintes compte aussi beaucoup dans la durabilité visuelle. Les professionnels sont plutôt unanimes : les verts sourds, les bleus profonds et les bordeaux intenses, proches des couleurs naturelles de la roche, semblent promettre une meilleure longévité esthétique. À l’inverse, les marbres très contrastés ou à dominante jaune éclatante risquent davantage de lasser.

À lire aussi

C’est un peu la même logique que pour la tendance des murs peints en two-tone : l’audace paie quand elle reste ancrée dans une palette cohérente, pas quand elle cherche à tout prix à surprendre.

Publicité

Et pour les surfaces pratiques comme la cuisine, que choisir ?

Le marbre coloré est spectaculaire. Mais il n’est pas toujours le plus sage pour un plan de travail utilisé quotidiennement. La pierre calcaire est poreuse, sensible aux acides, aux taches d’huile, au vin. Un plan de travail en marbre dans une cuisine active peut rapidement montrer ses limites.

C’est pour ça que beaucoup de designers préconisent les quartzites colorés comme alternative. Plus résistants à l’usure et aux chocs, ils offrent des veines et des teintes similaires au marbre, sans les contraintes d’entretien. Parfait pour ceux qui veulent l’esthétique sans les compromis.

Dans la même logique d’évolution des revêtements, le carrelage en cuisine est lui aussi en train de perdre du terrain au profit de matières plus nobles et plus expressives.

Publicité

Autre option à considérer : intégrer le marbre coloré dans des espaces secondaires plutôt que dans la cuisine principale. Une salle de bains, un coin bar, un meuble de salle à manger. Des endroits où l’effet « coup de théâtre » peut s’exprimer pleinement, avec moins de contraintes fonctionnelles.

Effet de mode ou nouveau classique minéral ? Le verdict est encore ouvert

La vraie question reste entière. Est-ce qu’on sera encore amoureux du marbre bordeaux dans dix ans ? Personne ne peut le promettre avec certitude.

Ce qui est sûr, en revanche, c’est que cette tendance n’est pas née d’un algorithme ou d’une opération marketing. Elle puise dans une histoire longue de plusieurs millénaires, réactivée par des musées, des architectes, des magazines de référence et des célébrités à l’œil formé.

Publicité

Elle répond aussi à un vrai besoin : celui de sortir des intérieurs lisses, neutres et interchangeables qui ont dominé la dernière décennie. La fin des murs blancs et des intérieurs sans personnalité est une tendance de fond, pas un caprice saisonnier.

Le marbre coloré, lui, a quelque chose que peu de matériaux peuvent revendiquer : chaque dalle est unique. Deux plans de travail en Rosso Levanto ne seront jamais identiques. C’est justement ce qui le rend à la fois fascinant… et difficile à abandonner une fois qu’on l’a choisi.

Reste à chacun de décider jusqu’où il a envie de laisser cette pierre spectaculaire prendre la lumière chez lui. Et surtout, dans quel budget.

Publicité

Rejoignez nos 875 726 abonnés en recevant notre newsletter gratuite

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *