Dans les comptes de Stéphane, contrôleur SNCF à Valence à 2 360 € nets par mois
Stéphane, 43 ans, contrôleur SNCF basé à Valence, gagne 2 360 € nets par mois. Divorcé et père d’un garçon de 9 ans en garde alternée, il jongle entre des horaires décalés, un loyer raisonnable en Drôme et des frais de garde qu’il n’avait pas anticipés. Voici comment il répartit chaque euro.
Ce qui tombe chaque mois sur son compte
Le salaire de base de Stéphane s’élève à 1 890 € nets. C’est la grille classique d’un agent de contrôle commercial principal au bout de dix-sept ans d’ancienneté. À ce socle s’ajoutent des primes liées au travail de nuit, aux dimanches et aux jours fériés.

Ces primes représentent en moyenne 320 € par mois, mais elles fluctuent. « Certains mois, je touche 400 € de primes, d’autres à peine 250 €. Je calcule toujours sur la fourchette basse pour ne pas me retrouver dans le rouge », précise-t-il.
Stéphane perçoit aussi 150 € mensuels d’allocation de soutien familial, versée par la CAF les semaines où son fils est chez lui. En tout, ses revenus oscillent autour de 2 360 € nets par mois, parfois un peu plus en période de forte rotation sur les lignes TER et Intercités.
Il bénéficie également des facilités de circulation SNCF, qui lui permettent de voyager gratuitement ou à tarif très réduit sur le réseau ferroviaire. Un avantage invisible sur la fiche de paie, mais qui pèse sur le budget réel quand il s’agit de partir en vacances avec son fils.
Le mur des dépenses fixes
Son loyer pour un T3 de 62 m² dans le quartier de Fontbarlettes absorbe 590 € charges comprises. Un choix assumé : « J’ai besoin d’une chambre pour mon fils, même s’il n’est là qu’une semaine sur deux. » Le quartier n’est pas le plus coté, mais l’appartement est correct et proche de la gare.

L’assurance habitation lui coûte 28 € par mois. Sa mutuelle, complémentaire à celle proposée par la SNCF, représente 45 €. Comme beaucoup de cheminots, il bénéficie du régime spécial de Sécurité sociale, ce qui allège considérablement ses frais de santé par rapport à d’autres professions. Rachid, ambulancier à Marseille, débourse par exemple le double en mutuelle.
Son forfait téléphone revient à 15 € (RED by SFR) et sa box internet à 30 €. Il cumule un abonnement Netflix à 13,49 € et Disney+ à 8,99 €, surtout pour son fils. « Je me suis posé la question d’en couper un, mais c’est le seul truc que je ne négocie pas. »
Côté transport, la voiture reste indispensable malgré la carte SNCF. Sa Peugeot 308 de 2018 est remboursée, mais l’assurance auto coûte 62 € et l’entretien lissé représente environ 50 € par mois. Le carburant pèse 95 € mensuels en moyenne : les allers-retours vers l’école, les trajets jusqu’à la gare de départ quand il prend son service hors de Valence.
La pension alimentaire versée à son ex-conjointe s’élève à 180 € par mois, fixée par le juge aux affaires familiales. Stéphane n’a pas de crédit à la consommation en cours. Son impôt sur le revenu, prélevé à la source, représente 85 € mensuels.
Total des charges fixes : environ 1 202 €. Il lui reste donc 1 158 € pour vivre, épargner et faire face aux imprévus. Mais ce coussin fond vite quand on nourrit un enfant en pleine croissance une semaine sur deux.
Là où le budget se tend vraiment
Les courses alimentaires représentent le poste le plus variable. Les semaines sans son fils, Stéphane dépense peu : pâtes, conserves, plats simples. Les semaines avec lui, le panier grimpe. En moyenne, il consacre 340 € par mois à l’alimentation. Il fait ses courses chez Lidl et Intermarché, en guettant les promotions.
Les sorties et loisirs se limitent à 80 € par mois. Un restau rapide avec son fils de temps en temps, une sortie ciné, et parfois une bière avec des collègues après le service. « Mes potes qui bossent en bureau ne comprennent pas toujours. Quand je finis à 23 h, je n’ai pas envie d’aller dîner en ville. »
Le budget vêtements et équipement tourne autour de 60 €, gonflé par les besoins de son fils qui grandit vite. Les activités extrascolaires du petit — judo et une heure d’anglais — coûtent 55 € par mois en lissé sur l’année. C’est Stéphane qui les prend en charge intégralement.
Le poste « vacances » est maigre. Il provisionne 70 € par mois sur un sous-compte dédié. Grâce aux facilités de circulation, les billets de train ne coûtent presque rien. L’été dernier, il a emmené son fils une semaine en Bretagne dans un camping à 450 € tout compris. « Sans la carte SNCF, on ne serait pas partis », admet-il.
Les dépenses variables mensuelles atteignent donc environ 605 €. En additionnant les charges fixes, Stéphane débourse chaque mois à peu près 1 807 €. Reste la question que tout le monde se pose : qu’est-ce qu’il met de côté avec les 553 € restants ?
Ce qu’il reste quand tout est payé
En théorie, Stéphane pourrait épargner plus de 500 € par mois. En pratique, c’est différent. Les mois creux en primes, la cagnotte fond à 350 €. Et les imprévus frappent : une réparation auto à 380 € en mars, un appareil dentaire pour son fils à 290 € (reste à charge) en janvier.
Il place 200 € par mois sur un Livret A qui affiche aujourd’hui 4 800 €. C’est son matelas de sécurité, qu’il s’interdit de toucher sauf urgence absolue. Les 150 € restants vont sur un compte courant tampon qui absorbe les à-coups.
Son projet à moyen terme : acheter un petit appartement à Valence plutôt que de continuer à payer 590 € de loyer. « Avec les taux actuels, je pourrais rembourser 520 € pour un deux-pièces. Mais les banques veulent un apport de 15 000 €, et j’y suis pas encore. » Il espère atteindre cette somme d’ici deux ans, à condition que les primes restent stables.
Stéphane ne cotise pas sur un PER ni en assurance-vie. « Je sais que je devrais, mais entre la pension, le loyer et les activités du petit, il faudrait que je rogne quelque part. Et je ne veux pas rogner sur lui. » Il reconnaît que son régime de retraite SNCF, encore avantageux malgré les réformes, le rassure un peu.
À titre de comparaison, le salaire médian en France tourne autour de 2 100 € nets. Stéphane se situe légèrement au-dessus, mais la garde alternée et la pension alimentaire ramènent son reste à vivre au niveau d’un salarié à 1 800 €. Comme le résume Fabien, éducateur spécialisé à Tours, la réalité d’un salaire ne se lit jamais sur la ligne du haut.
« On me dit souvent que les cheminots sont des privilégiés. J’aimerais bien qu’ils voient mon relevé de compte le 28 du mois. »