Icône menu hamburger Icône loupe de recherche
  1. TDN >
  2. Culture

31 mai : le jour où l’Afrique du Sud a banni 3,5 millions de personnes… et où Clint Eastwood a failli ne jamais tourner

Publié par Claire le 30 Mai 2026 à 20:02

Chaque date du calendrier cache ses propres drames, ses coïncidences et ses héros oubliés. Le 31 mai ne fait pas exception. Ce jour-là, un pays entier s’est construit sur l’exclusion de millions de personnes, une tour gigantesque a été dynamitée à Paris, et un acteur devenu légende a poussé son premier cri dans un contexte que personne n’aurait imaginé. Installe-toi, tu vas découvrir pourquoi cette date mérite qu’on s’y arrête.

1910 : quand la naissance d’un pays a scellé le sort de millions de Noirs

Le 31 mai 1910, l’Union sud-africaine voit officiellement le jour. Quatre colonies britanniques — le Cap, le Natal, le Transvaal et l’État libre d’Orange — fusionnent pour former un nouveau dominion au sein de l’Empire britannique. Sur le papier, c’est un acte de réconciliation entre Britanniques et Boers, qui se sont affrontés dans des guerres sanglantes quelques années plus tôt.

Fondation de l'Union sud-africaine en 1910 avec exclusion raciale

Mais la réconciliation ne concerne que les Blancs. La Constitution de l’Union exclut la population noire — environ 3,5 millions de personnes à l’époque — de tout droit de vote dans la quasi-totalité du pays. Seule la province du Cap maintient un suffrage censitaire très restrictif pour les non-Blancs, qui sera progressivement supprimé. Ce texte fondateur pose les bases juridiques de la ségrégation raciale, bien avant que le mot « apartheid » n’apparaisse en 1948.

Détail peu connu : le premier Premier ministre, Louis Botha, ancien général boer qui avait combattu les Britanniques, devient le symbole de cette union blanche. Il faudra attendre 84 ans — et la libération de Nelson Mandela — pour que l’apartheid signe sa mort et que l’Afrique du Sud organise ses premières élections multiraciales, le 27 avril 1994. Mais un autre événement, bien plus festif, se jouait au même moment de l’autre côté de l’Atlantique.

1889 : la catastrophe qui a tué 2 209 personnes en quelques minutes

Le 31 mai 1889, à Johnstown, en Pennsylvanie, un barrage cède après des jours de pluies torrentielles. Le South Fork Dam, vieux de 40 ans et mal entretenu, libère 20 millions de tonnes d’eau qui dévalent la vallée à plus de 60 km/h. En moins d’une heure, la ville industrielle de 30 000 habitants est submergée sous une vague de boue, de débris et de maisons arrachées.

Le bilan est effroyable : 2 209 morts, dont 99 familles entières rayées de la carte. Des corps seront retrouvés jusqu’à Cincinnati, à des centaines de kilomètres en aval. Ce qui rend cette catastrophe particulièrement amère, c’est que le barrage appartenait au South Fork Fishing and Hunting Club, un club privé dont les membres comptaient parmi les plus riches industriels américains — Andrew Carnegie, Henry Clay Frick, Andrew Mellon.

Inondation catastrophique de Johnstown en 1889 détruisant la ville

Ces millionnaires avaient fait abaisser le niveau du barrage pour y aménager une route et introduire du poisson dans le lac artificiel. Les avertissements des ingénieurs avaient été ignorés. Malgré l’indignation nationale, aucun membre du club ne fut condamné. L’affaire déclencha cependant un élan de solidarité sans précédent : Clara Barton, fondatrice de la Croix-Rouge américaine, y mena sa plus grande opération de secours. Pendant ce temps, à Paris, un autre symbole se dressait fièrement dans le ciel.

1889 : la Tour Eiffel inaugurée… mais elle avait une rivale

Le même jour, à des milliers de kilomètres de Johnstown, Paris célèbre l’Exposition universelle ouverte quelques semaines plus tôt. La Tour Eiffel, achevée le 31 mars, accueille ses premiers visiteurs payants. Mais ce que l’on oublie souvent, c’est qu’elle devait être démontée après 20 ans.

Gustave Eiffel le savait. Pour sauver sa tour, il la transforma en laboratoire scientifique : station météo au sommet, expériences sur la résistance de l’air, puis antenne de télégraphie sans fil dès 1904. C’est cette utilité militaire et scientifique qui convainquit les autorités de la garder debout. Sans la radio, tu aurais aujourd’hui un trou béant sur le Champ-de-Mars.

La Tour avait aussi une rivale directe : la Galerie des Machines, immense structure de verre et d’acier de 420 mètres de long, construite pour la même Exposition. Considérée comme un chef-d’œuvre architectural, elle fut pourtant démolie en 1909. Seule la Tour a survécu. Mais ce 31 mai a aussi vu naître des personnalités qui ont marqué le siècle bien autrement.

1961 : l’Afrique du Sud coupe les ponts avec la Couronne

Exactement 51 ans après la fondation de l’Union, le 31 mai 1961, l’Afrique du Sud devient une république et quitte le Commonwealth britannique. Le Premier ministre Hendrik Verwoerd, architecte de l’apartheid, a orchestré un référendum l’année précédente — réservé aux seuls électeurs blancs, naturellement.

Le « oui » l’emporte avec 52 % des voix, un score serré qui reflète la division même au sein de la communauté blanche. Les anglophones, majoritairement favorables au maintien dans le Commonwealth, s’y opposent. Mais Verwoerd pousse la rupture, notamment parce que les autres membres du Commonwealth critiquent de plus en plus la politique raciale sud-africaine.

Ce départ isole diplomatiquement le pays pour trois décennies. L’Afrique du Sud ne réintégrera le Commonwealth qu’en 1994, après les premières élections libres. Un détail ironique : le 31 mai restera jour de fête nationale sous le régime de l’apartheid — « Republic Day » — avant d’être supprimé du calendrier après la chute du régime. Mais cette date n’appartient pas qu’à l’histoire politique.

À lire aussi

Clint Eastwood : l’homme qui pesait 5 kilos à la naissance

Le 31 mai 1930, à San Francisco, Clinton Eastwood Jr. voit le jour. Le bébé pèse plus de 5 kilos — un poids inhabituel qui lui vaut le surnom de « Samson » à la maternité. Ses parents, frappés par la Grande Dépression, déménagent constamment à travers la Californie. Le jeune Clint enchaîne les petits boulots : pompiste, bûcheron, maître-nageur.

C’est pendant son service militaire à Fort Ord, en 1951, qu’un événement fortuit change sa trajectoire. Un assistant réalisateur de passage sur la base remarque sa silhouette et lui suggère de tenter sa chance à Hollywood. Eastwood hésite pendant des années avant de décrocher le rôle de Rowdy Yates dans la série Rawhide en 1959, puis de devenir une star mondiale grâce à Sergio Leone et la trilogie des Dollars.

À 95 ans en 2026, Eastwood reste le plus vieux réalisateur en activité à avoir dirigé un film en salles. Son dernier long-métrage, Juré n°2, est sorti en 2024. Mais il n’est pas la seule célébrité née ce jour-là.

Deux autres naissances que tu ne soupçonnais pas

Le 31 mai 1943, Joe Namath naît à Beaver Falls, en Pennsylvanie. Quarterback légendaire des New York Jets, il est surtout connu pour avoir garanti publiquement la victoire de son équipe au Super Bowl III de 1969, alors que personne ne leur donnait la moindre chance. Les Jets ont gagné 16-7, et cette promesse tenue reste l’un des moments les plus mythiques du sport américain.

Autre naissance notable : Brooke Shields, le 31 mai 1965, à New York. À 11 mois, elle apparaît dans une publicité pour du savon Ivory. À 12 ans, elle joue dans La Petite de Louis Malle, un film qui provoque un scandale mondial. À 14 ans, sa campagne pour Calvin Klein — « Tu veux savoir ce qu’il y a entre moi et mon Calvin ? Rien » — devient l’une des publicités les plus controversées de l’histoire de la mode.

Shields deviendra par la suite une figure majeure de la lutte contre la stigmatisation de la dépression post-partum, après avoir raconté publiquement sa propre expérience en 2005. Mais le 31 mai réserve encore une anecdote que peu de gens connaissent.

L’anecdote oubliée : quand le dernier duel légal en France eut presque lieu un 31 mai

Le 31 mai 1967, le député gaulliste René Ribière défie en duel Gaston Defferre, maire de Marseille, après que celui-ci l’a traité d’« abruti » à l’Assemblée nationale. Ce n’est pas une blague : le duel a réellement lieu, à l’épée, dans la propriété d’un tiers à Neuilly-sur-Seine.

Defferre, 57 ans, touche Ribière deux fois au bras en moins de deux minutes. Le combat est arrêté. Aucune poursuite n’est engagée — techniquement, le duel n’est pas explicitement interdit par le Code pénal français, même s’il est tombé en désuétude. Cet affrontement est considéré comme le dernier duel connu en France.

Le plus savoureux ? Defferre avait pris des cours d’escrime spécialement pour l’occasion. Ribière, lui, n’avait apparemment pas jugé utile de s’entraîner. Comme quoi, même au XXe siècle, la politique française pouvait encore se régler à l’ancienne.

Ce que cette date dit de nous

Le 31 mai concentre des histoires de pouvoir, d’exclusion et de résilience. Un pays construit sur la ségrégation, un barrage qui cède parce que des riches ont préféré le confort au bon sens, une tour sauvée par la science, et un acteur devenu légende parce qu’un inconnu l’a remarqué sur une base militaire.

Si tu veux continuer à remonter le fil du temps, tu peux aussi découvrir ce qui s’est passé la veille ou plonger dans les événements du 29 mai. Chaque jour a ses secrets — il suffit de gratter un peu.

Rejoignez nos 875 726 abonnés en recevant notre newsletter gratuite

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *