Relais Colis en redressement judiciaire : 45 millions de colis par an et deux repreneurs en course contre la montre
Quand vous choisissez « livraison en point relais » sur Vinted, Amazon ou Cdiscount, il y a de fortes chances que votre colis passe entre les mains de Relais Colis. L’entreprise livre 45 millions de colis par an dans 7 500 points relais à travers la France. Sauf que depuis le 12 mars 2026, elle est placée en redressement judiciaire. Et la suite se joue maintenant : deux repreneurs sont en lice, et la décision du tribunal de commerce de Bobigny est attendue fin avril. Voici ce que ça change — et pourquoi ça pourrait vous concerner directement.
Un pionnier né en 1969 pour contrer La Poste

L’histoire de Relais Colis commence bien avant le e-commerce. En 1969, l’entreprise est fondée comme société de livraison de colis à domicile pour La Redoute. L’objectif ? Réduire la dépendance du géant de la VPC (vente par correspondance) envers La Poste, qui imposait ses tarifs et ses délais. À l’époque, commander un pull dans un catalogue et le recevoir chez soi relevait presque de l’exploit logistique.
Le virage décisif arrive en 1983 : Relais Colis invente le concept de livraison en commerces de proximité. Des buralistes, des pressings, des épiceries deviennent des points de retrait. Une idée qui paraît banale aujourd’hui, mais qui était révolutionnaire il y a quarante ans. Ce modèle a d’ailleurs inspiré les petits commerces qui se sont diversifiés pour survivre.
Pendant des décennies, Relais Colis grandit avec le catalogue La Redoute. Puis le e-commerce explose, et l’entreprise s’ouvre à de nouveaux clients : Amazon, Vinted, Cdiscount, et des centaines de commerçants en ligne. En 2022, le groupe familial français Walden — spécialisé dans la logistique de produits pharmaceutiques, présent dans 16 pays avec plus de 6 000 employés et dirigé par Stéphane Baudry — rachète Relais Colis. L’ambition est claire : créer des synergies avec Ciblex, l’expressiste du groupe. Mais la réalité du marché va rattraper ces plans.
Un chiffre d’affaires en chute libre depuis 2021

Les chiffres sont sans appel. En 2021, Relais Colis réalise un chiffre d’affaires de 149,3 millions d’euros. En 2024, ce chiffre tombe à 121,63 millions selon l’AFP — soit une baisse de plus de 18 % en trois ans. L’agence Voxlog avance un montant légèrement différent, autour de 130 millions d’euros pour 2024. Quelle que soit la source retenue, la tendance est la même : la courbe descend.
Que s’est-il passé ? La porte-parole de Relais Colis résume la situation sans détour : « L’entreprise fait face à des difficultés économiques dans un marché de la livraison très concurrentiel. Les modèles historiques ont été fragilisés avec des pressions sur les prix, une intensification de la concurrence, une hausse des coûts, ainsi que des exigences clients plus fortes et en mutation. »
Après le boom du Covid, où tout le monde commandait en ligne, le retour à la normale a été brutal. « Le segment du petit colis n’a enregistré qu’une croissance modérée limitée à 3 ou 4 % », une performance « insuffisante pour absorber les coûts d’exploitation ». À cela s’ajoute un autre coup dur : le marché du meuble, qui représente une part de l’activité de Relais Colis (l’entreprise livre aussi des encombrants à domicile), a reculé de plus de 5 % en 2024. Un contexte que connaissent bien certaines enseignes confrontées aux mêmes vents contraires sur le pouvoir d’achat.
Avec 172 salariés, 4 hubs nationaux et 25 agences régionales, l’entreprise est en cessation de paiements. Le 12 mars 2026, le tribunal de commerce de Bobigny prononce le redressement judiciaire. Mais l’objectif n’est pas de sauver la structure telle quelle — c’est de trouver un repreneur.
Deux repreneurs dans l’ombre, zéro nom sur la table
C’est le point le plus intrigant de ce dossier. Selon le représentant du comité social et économique (CSE) de Relais Colis, « deux repreneurs potentiels sont connus des salariés ». Mais leurs noms n’ont pas été révélés publiquement. Ni dans la presse, ni dans les documents officiels consultables à ce stade.
Ce qu’on sait, c’est que le CSE se dit favorable à un « plan de cession qui permettrait aux employés de poursuivre l’activité sur un marché qu’ils estiment porteur ». Les salariés y croient encore. Et la direction aussi, visiblement : « Des échanges sont ouverts avec des acteurs potentiellement intéressés et les décisions sont attendues fin avril. L’objectif étant bien sûr de préserver le plus d’emplois possibles et d’assurer la continuité du service », assure la porte-parole de Relais Colis à La Provence, qui a révélé l’affaire en premier.
Précision importante : la procédure ne vise pas un plan de redressement classique. L’objectif est clairement une cession — partielle ou totale — à un repreneur. C’est une nuance juridique qui change tout : on ne cherche pas à remettre l’entreprise sur pied avec son actionnaire actuel, mais à la transmettre à quelqu’un d’autre. Le groupe Walden, via son expressiste Ciblex, n’est d’ailleurs pas concerné par la procédure. Les synergies entre les deux entités existent toujours, mais l’avenir de Relais Colis se joue désormais de manière indépendante.
Ce que ça change pour vos commandes Vinted, Amazon et Cdiscount

Pendant la période d’observation, Relais Colis continue de fonctionner « normalement », selon l’entreprise. Les colis sont livrés, les salariés sont payés. Mais si aucun repreneur ne se manifeste d’ici fin avril — ou si les offres sont jugées insuffisantes —, le scénario devient nettement plus compliqué.
Imaginez : 45 millions de colis par an qui doivent soudainement être absorbés par d’autres réseaux. Mondial Relay, Colissimo, DHL, Chronopost… Ces opérateurs devraient gérer un afflux massif et soudain. Et quand on sait que les frais postaux grimpent déjà depuis début 2026, on mesure l’impact potentiel sur le portefeuille des consommateurs.
Pour des plateformes comme Vinted ou Cdiscount, la disparition de Relais Colis obligerait à renégocier en urgence leurs partenariats logistiques. Moins de concurrence entre transporteurs = moins de pression sur les prix = frais de livraison potentiellement en hausse pour le client final. Un cercle vicieux à l’heure où le e-commerce français doit déjà faire face à la pression des géants asiatiques comme Shein et Temu, qui cassent les prix sur toute la chaîne.
Et puis il y a l’engorgement concret des points relais restants. Si votre buraliste habituel accueille déjà les colis Mondial Relay et qu’il doit en plus absorber le flux Relais Colis, les files d’attente risquent de s’allonger. Un problème logistique qui touche directement l’expérience du dernier kilomètre — celle que vous vivez quand vous allez récupérer votre paquet. La Poste elle-même cherche déjà à repositionner son offre dans ce contexte tendu.
Fin avril : le verdict qui pèse sur 172 emplois
La question n’est plus de savoir si Relais Colis va changer de mains, mais à quelles conditions. Les deux repreneurs mystérieux ont quelques semaines pour déposer des offres solides. Le tribunal de Bobigny tranchera ensuite, en évaluant ce qui préserve le mieux les emplois, l’activité et le réseau.
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172 salariés attendent. 7 500 commerçants partenaires aussi. Et derrière eux, des millions de Français qui, sans le savoir, dépendent d’une entreprise née il y a plus d’un demi-siècle pour livrer des catalogues La Redoute. Comme pour d’autres enseignes historiques, la question est simple : le patrimoine logistique français peut-il survivre à la guerre des prix du e-commerce ?
Réponse fin avril. Et cette fois, c’est une date qu’il vaut mieux noter.