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Déclaré mort et enterré depuis trois ans, ce soldat ukrainien est revenu frapper à la porte de sa mère

Publié par Gabrielle Nourry le 28 Mar 2026 à 14:03

Il est allé se recueillir sur sa propre tombe. Pas au sens figuré. Littéralement, face à une pierre tombale portant son nom, dans un petit cimetière de l’ouest de l’Ukraine.

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Nazar Daletskyï, 46 ans, soldat ukrainien capturé par les forces russes en mai 2022, vient d’être libéré lors d’un échange de prisonniers. Pendant près de quatre ans, sa famille le croyait mort. Elle l’avait enterré. Elle avait pleuré devant son cercueil.

Et pourtant, il était vivant. Le New York Times a raconté cette histoire sidérante, rencontrant l’homme en personne.

Une erreur d’identification qui a tout changé

Déclaré mort et enterré depuis trois ans, ce soldat ukrainien est revenu frapper à la porte de sa mère
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En mai 2022, trois mois après le début de l’invasion russe à grande échelle, la mère de Nazar apprend que son fils est prisonnier. Un soulagement, aussi douloureux soit-il.

Mais un an plus tard, un policier de Kharkiv la contacte. Un test ADN sur des restes humains retrouvés près de la ligne de front affiche une concordance de 99 % avec son propre profil génétique. Elle refuse d’y croire.

Comment le corps de son fils aurait-il pu être rapatrié alors qu’on lui avait dit qu’il était en captivité ? L’agent lui oppose une menace : si elle n’accepte pas le résultat, les restes seront enterrés anonymement. Elle finit par céder.

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Ce que personne ne lui dit à ce moment-là, c’est que cette concordance ADN est une erreur. Une erreur qui va briser trois années de la vie de toute une famille.

Un cercueil fermé, une photo brûlée

Les funérailles se déroulent normalement, ou presque. Dans le salon familial, un cercueil fermé. Des dizaines de visages en larmes. La mère de Nazar, Nataliia, 72 ans, pleure devant une photo de son fils.

Cette photo, elle la brûlera ensuite. Comme on le fait parfois pour tourner la page.

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Dans le cimetière du village, une septième pierre tombale rejoint celles des soldats morts au combat. Dessus, un drapeau ukrainien. Dessous, des restes qui ne sont pas ceux de Nazar.

Pendant trois ans, sa mère porte un deuil impossible. Elle ne récupérera jamais, dit-elle elle-même, la santé perdue pendant ces années de chagrin.

Ce que la guerre fait aux familles

L’histoire de Nazar Daletskyï n’est pas qu’une anomalie tragique. Elle révèle l’état d’un système ukrainien d’identification des corps submergé par l’ampleur des pertes humaines dans ce conflit brutal.

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Selon des estimations indépendantes, plus de 100 000 soldats ukrainiens auraient été tués depuis le début de la guerre. Les morgues débordent. Les analyses ADN prennent du retard. Les procédures s’enlisent.

Plus de 90 000 personnes sont officiellement enregistrées comme disparues en Ukraine. En majorité des militaires. Beaucoup sont présumés morts sans que cela soit confirmé.

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Du côté russe, Moscou ne fournit pas de listes exhaustives de prisonniers. Kiev affirme que chaque échange révèle des noms qui étaient jusqu’alors classés comme « portés disparus ».

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Illustration - soldat ukrainien déclaré mort revenu vivant

Capturé, battu, mais vivant

En mai 2022, Nazar tentait, avec ses camarades, de tenir une position à l’est du pays. Les forces russes l’ont capturé.

Il a d’abord été transféré dans un hôpital militaire pour être soigné. Puis la captivité. Longue, brutale. Il a été battu régulièrement. Il a perdu près de 16 kilos.

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Pendant que sa famille le pleurait, il survivait.

C’est lors d’un échange de prisonniers que tout bascule enfin. Le 5 février 2025, Nazar est rapatrié en Ukraine. Un officier des services de sécurité ukrainiens lui apprend alors la vérité : sa famille l’a enterré. Il existe une tombe à son nom.

L’appel téléphonique que sa mère n’attendait plus

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Ce même 5 février, Nataliia reçoit un appel. Le chef du village, prévenu à l’avance, s’est rendu chez elle pour filmer la scène.

Sa nièce Roksolana attrape la ligne la première et hurle de joie. Quand elle prononce le nom de Nazar, la mère porte ses mains à son visage. Elle prend le téléphone. Et lâche : « Mon Dieu, comme je t’ai attendu, mon enfant précieux. »

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Il faudra pourtant encore patienter des semaines avant de le revoir en chair et en os.

Le retour au village

Quand Nazar descend enfin d’une voiture devant sa maison, des dizaines de personnes se sont rassemblées sur la place. Drapeaux ukrainiens à la main. Chants.

Sa mère est au milieu de la foule. Elle ne sait pas si elle veut rire ou pleurer. Quand elle le voit, elle fond en larmes et se jette dans ses bras.

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Il embrasse sa tête. Les voisins se pressent. Certains chuchotent : « Est-ce que c’est vraiment lui ? C’est bien Nazar, n’est-ce pas ? »

Lui répond à ceux qui lui demandent s’il se souvient d’eux : « Allons, je n’ai été absent que quatre ans. » Des rires éclatent. Nerveux, soulagés, incrédules.

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Se recueillir sur sa propre tombe

Le lendemain, Nazar se rend au cimetière. Il s’arrête devant la septième pierre tombale. La sienne.

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Le drapeau ukrainien a été retiré. Les restes du soldat inconnu ont été exhumés. Ne demeurent que des tas de terre fraîche.

« Tout le monde n’a pas la chance d’assister à ses propres funérailles et de découvrir qui a le plus pleuré pour vous », glisse-t-il. La voix est amère, mais il est debout.

Dans le salon où il s’assoit aujourd’hui, son cercueil avait reposé trois ans plus tôt. Les mêmes visages l’entouraient. Sa mère avait pleuré devant sa photo avant de la brûler. Cette fois, l’homme sur la photo est vivant, assis à quelques pas.

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Un cas unique qui soulève des questions graves

Les autorités ukrainiennes ont reconnu la faute. Elles ont indiqué que la famille ne serait pas tenue de restituer les quelque 295 000 euros d’indemnités de décès perçus après les fausses funérailles.

Mais pour que Nazar récupère officiellement son identité, une décision de justice devra désormais attester qu’il est bien en vie. Sur le papier, il n’existe toujours pas.

Son cas est, selon les autorités, le premier du genre : aucun autre soldat ukrainien ne s’est jusqu’ici révélé vivant après que sa famille a célébré ses funérailles. Alors que la guerre continue, combien d’autres familles vivent peut-être la même attente sans le savoir ?

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La correspondance ADN présentée à sa mère ne collait pourtant pas avec le profil de la fille de Nazar. On lui avait répondu, crûment : « Peut-être qu’elle n’est pas de lui. » Une phrase qui résume à elle seule la brutalité du système face à l’urgence du conflit.

« Mamie, Nazar a maintenant deux vies »

De retour à la maison, la table est dressée. Les enfants courent partout. Son cousin Hnat, 9 ans, lance : « Mamie, Nazar a maintenant deux vies ! »

Nataliia sourit. « En effet. Nous fêterons désormais son anniversaire le 5 février. » Le jour où elle a entendu sa voix pour la première fois depuis sa capture.

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Pour un conflit qui continue de peser sur toute l’Europe, l’histoire de Nazar est une parenthèse presque miraculeuse dans un récit dominé par la perte. Un homme qui a vu sa propre tombe, et qui marche quand même.

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