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Chasseur de trophées millionnaire : il est piétiné à mort par les éléphants qu’il traquait au Gabon

Publié par Elsa Fanjul le 26 Avr 2026 à 19:03
Chasseur de trophées millionnaire piétiné à mort par les éléphants qu'il traquait au Gabon

Il possédait des dizaines de têtes d’animaux empaillées chez lui — éléphant, rhinocéros, lion, léopard, crocodile, zèbre. À 75 ans, Ernie Dosio chassait depuis plus d’un demi-siècle sur tous les continents. Mais le 17 avril dernier, au cœur d’une forêt dense du Gabon, ce sont les animaux qui ont eu le dernier mot. Le millionnaire californien a été piétiné à mort par un troupeau de cinq éléphantes protégeant leur petit.

Un empire viticole et des salles remplies de trophées

Ernie Dosio n’était pas un chasseur ordinaire du dimanche. Propriétaire de Pacific AgriLands Inc, une entreprise qui gère un vignoble de près de 5 000 hectares à Modesto, en Californie, l’homme pesait lourd dans l’industrie vinicole américaine. Son fils Jeff préside la société, qui assure la gestion de nombreuses exploitations locales et produit environ 40 % des vins californiens, dont ceux de la célèbre marque E&J Gallo.

Salle de trophées de chasse avec têtes d'animaux exotiques empaillées

Mais la véritable passion de Dosio, c’était la chasse au gros gibier. Sa demeure de Lodi, à une cinquantaine de kilomètres au sud de Sacramento, abritait plusieurs salles de trophées. On y trouvait des têtes d’ours, de buffles, d’élans, d’orignaux et de rennes, ainsi que des prises africaines : éléphant, lion, léopard, crocodile. L’homme avait abattu pratiquement toutes les espèces de cervidés et d’antilopes d’Amérique du Nord. Un ancien chasseur professionnel du Cap a confié qu’il serait difficile de trouver aux États-Unis une collection rivalisant avec celle de Dosio.

Cette passion pour les trophées de chasse s’accompagnait, selon ses proches, d’un engagement pour la conservation. Toutes ses chasses étaient licenciées, enregistrées et présentées comme participant à la régulation des populations animales. Un argumentaire classique dans le milieu du safari, mais qui ne fait pas l’unanimité. Ce qui est sûr, c’est que Dosio dépensait des sommes considérables pour traquer des espèces rares aux quatre coins du monde.

Et c’est précisément une de ces chasses ultra-coûteuses qui l’a conduit dans l’une des forêts les plus reculées d’Afrique centrale.

30 000 livres pour un céphalophe à dos jaune

Le 17 avril, Dosio se trouvait dans la zone de Lopé, au cœur du Gabon. Son objectif : un céphalophe à dos jaune, une petite antilope forestière extrêmement discrète et difficile à repérer. Le prix de la chasse ? Environ 30 000 livres sterling, soit plus de 35 000 euros, rien que pour le permis de tir sur cet animal.

Le chasseur américain possédait également une licence pour le buffle nain de forêt, une autre espèce rare du Gabon. Mais la législation locale était stricte : pour la chasse au céphalophe, Dosio n’était autorisé à porter qu’un fusil de chasse à plombs, fourni par la compagnie de safari. Pas de carabine de gros calibre. Un détail qui va peser lourd dans la suite des événements.

Troupeau d'éléphantes de forêt en sous-bois dense au Gabon

Dosio était accompagné d’un chasseur professionnel (appelé « PH » dans le jargon du safari), seul habilité à porter un fusil à lunette. Les deux hommes progressaient dans une végétation si épaisse que la visibilité se limitait à quelques mètres. C’est dans ce décor que le piège s’est refermé.

Car dans cette forêt, d’autres résidents veillaient. Et ils n’avaient aucune intention de se laisser approcher.

Cinq éléphantes surgissent « comme de nulle part »

Les éléphants de forêt d’Afrique sont plus petits que leurs cousins de savane, mais restent des animaux colossaux. Les femelles peuvent atteindre près de 3,50 mètres de haut et peser jusqu’à quatre tonnes. En charge, elles atteignent 40 km/h. Dans une forêt dense où l’on voit à peine devant soi, c’est un mur de muscle lancé à pleine vitesse sans préavis.

Ce jour-là, cinq éléphantes accompagnées d’un éléphanteau se trouvaient cachées dans les sous-bois. Dosio et son guide ne les ont pas détectées. Les éléphantes, elles, les ont repérés — et ont immédiatement perçu une menace pour leur petit. L’attaque a été décrite comme surgissant « de nulle part » par les témoins.

Le chasseur professionnel a été attaqué en premier. Grièvement blessé, il a perdu son fusil dans la végétation, l’arme devenant introuvable dans les broussailles. Dosio s’est retrouvé seul avec son fusil à plombs, une arme conçue pour du petit gibier, absolument dérisoire face à un animal sauvage de plusieurs tonnes.

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L’issue a été rapide. Dosio a été piétiné à mort par le troupeau. Son ami chasseur au Cap a sobrement commenté : « Je préfère ne pas entrer dans les détails, mais on peut supposer que ça a été rapide. »

Un homme « plus grand que nature » à Lodi

À Lodi, la nouvelle a eu l’effet d’une « bombe », selon un ami de la famille. Ernie Dosio n’était pas seulement un chasseur et un viticulteur. L’homme à la grosse moustache, décrit comme « plus grand que nature », était un pilier de sa communauté depuis des décennies.

Soirée caritative dans une salle communautaire à Lodi en Californie

Membre à vie du California Wildfowl, figure incontournable du Sacramento Safari Club, il occupait surtout le poste de Grand Elk — l’équivalent de président — du lodge local des Elks depuis 30 ans. Les Elks sont une organisation patriotique américaine engagée dans le soutien aux vétérans, les bourses pour les jeunes et l’aide aux victimes de catastrophes.

Chaque mois, Dosio organisait dans ses salles de trophées des soirées caritatives. Des juges, des avocats, des directeurs de domaines viticoles et des chefs d’entreprise locaux s’y retrouvaient pour réseauter et lever des fonds. Tommy Whitman, secrétaire du lodge de Lodi, a écrit sur Facebook : « C’est avec une profonde tristesse que j’annonce le décès d’Ernio Dosio. Ernie a été Grand Elk pendant 30 ans et un pilier de notre communauté. »

Whitman a ajouté : « Ernie avait toujours la main dans la poche pour aider ceux qui en avaient besoin, qu’il s’agisse de vétérans, d’enfants handicapés ou défavorisés. Il ne cherchait jamais la reconnaissance, mais il était toujours là avec un cœur généreux. »

Un corps en cours de rapatriement et un débat qui gronde

Le corps d’Ernie Dosio est actuellement en cours de rapatriement par l’ambassade américaine au Gabon vers Lodi, en Californie. Il laisse derrière lui sa compagne de longue date, Betty, et ses deux fils, Jeff et Blake, tous deux impliqués dans l’entreprise familiale.

La société de safari Collect Africa a confirmé le décès dans un bref communiqué, indiquant que le client et le chasseur professionnel avaient rencontré cinq éléphantes et un éléphanteau lors d’une chasse au céphalophe à dos jaune. Le guide blessé serait toujours en convalescence.

Si les proches de Dosio le décrivent comme un philanthrope généreux et un « vrai bon gars », son histoire relance inévitablement le débat sur la place de l’homme face à la faune sauvage. Un millionnaire de 75 ans qui traverse la planète pour abattre des animaux rares à 35 000 euros le tir, et qui finit piétiné par les éléphants dont il collectionnait déjà les têtes : l’ironie tragique n’échappe à personne.

Les éléphants de forêt d’Afrique sont classés en danger critique d’extinction par l’UICN. Leur population a chuté de plus de 60 % en vingt ans, principalement à cause du braconnage et de la destruction de leur habitat. Au Gabon, les forêts de la zone de Lopé abritent l’une des dernières grandes populations de cette espèce.

Dosio chassait légalement, avec des permis en règle. Mais quand un troupeau d’éléphantes protège son petit, il ne vérifie pas les licences. Ce jour-là, dans la forêt gabonaise, les règles étaient celles de la nature. Et la nature a gagné.

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