Rouge-gorge au jardin : retirez cet objet avant fin février pour éviter une catastrophe au printemps
En fin d’hiver, les rouges-gorges au jardin semblent plus proches que d’habitude. On les voit bondir au pied des massifs, guetter le moindre retournement de terre, ou venir près d’une mangeoire dès que le froid s’installe. À ce moment-là, beaucoup de foyers reprennent un réflexe logique : remettre de la nourriture, parfois en grande quantité, pour “donner un coup de pouce”.
Sauf qu’un détail, très banal, peut transformer cette bonne intention en piège. Et si vous voulez réellement aider, c’est maintenant — avant la bascule de mars — que tout se joue.
Fin février, le rouge-gorge paie le froid au prix fort
Le rouge-gorge est un petit oiseau robuste en apparence, mais son quotidien est une course à l’énergie. Durant une nuit vraiment froide, il peut perdre jusqu’à 10 % de son poids rien qu’en maintenant sa température corporelle, rappelle le Woodland Trust au Royaume-Uni.
À cette fragilité s’ajoute un phénomène plus large : le manque d’insectes. Même si le rouge-gorge ne se nourrit pas uniquement de petites proies, il dépend beaucoup de ce “fond de garde-manger” vivant, surtout quand l’humidité rend le sol plus dur à exploiter. Or, plusieurs travaux alertent sur la chute spectaculaire des insectes volants au Royaume-Uni, autour de 60 % en moins sur moins de 20 ans selon l’initiative Bugs Matter (Kent Wildlife Trust/Buglife), un résultat largement repris par le Muséum d’histoire naturelle de Londres.
Dans ce contexte, nourrir peut aider, oui. Mais encore faut-il le faire sans créer un risque plus grave que le froid lui-même.
Rouges-gorges au jardin : l’objet à retirer avant fin février
L’objet en question, on le connaît tous : le filet plastique qui entoure certaines boules de graisse vendues en commerce. Il semble pratique, parce qu’il permet d’accrocher la boule rapidement. Pourtant, c’est exactement ce filet qu’il faut retirer.
La Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) alerte depuis des années sur le problème : ces mailles peuvent se coincer autour des pattes, et l’oiseau peut se retrouver piégé, incapable de se dégager. Même quand il ne meurt pas sur le coup, il peut se blesser, s’épuiser, ou devenir une proie facile. Dans ses conseils, la LPO insiste aussi sur la dimension pollution : ces filets se dispersent ensuite dans la nature.
Le message est si clair que la boutique LPO met en avant des boules “livrées sans filet”, précisément “pour éviter de piéger les oiseaux” et limiter les déchets.
Autrement dit : si vous avez des boules de graisse en filet dans le cabanon ou déjà suspendues dehors, retirez le filet maintenant. La fin février est une période charnière, parce que la fréquentation des postes de nourrissage reste forte, tandis que l’humidité et les redoux commencent à favoriser d’autres problèmes.
Pourquoi le filet est encore plus problématique à cette période
À mesure que les jours rallongent, les oiseaux se déplacent davantage, se disputent les points de nourriture et reviennent souvent au même endroit. Quand un rouge-gorge s’accroche au filet, la scène peut passer inaperçue si vous n’êtes pas à la fenêtre. Et l’accident n’a pas besoin de durer longtemps : quelques minutes suffisent pour provoquer une panique, une torsion, ou une blessure.
Ce piège est d’autant plus perfide que, même quand la boule est terminée, le filet reste là. Un coup de vent, et il part dans une haie, un roncier, un coin de jardin. À partir de là, il continue de menacer d’autres animaux.
Le second “drame” du printemps : la maladie qui se propage à la mangeoire
Retirer le filet, c’est la base. Mais fin février, un autre danger s’invite souvent : la contamination sur les points de nourrissage, surtout quand les oiseaux se massent sur une surface commune. Ce geste mal connu met les oiseaux en danger chaque hiver : une mangeoire sale est un nid à microbes.
La LPO le résume sans détour dans ses recommandations : il faut nettoyer et désinfecter les mangeoires régulièrement (idéalement chaque semaine), car fientes et restes d’aliments favorisent les contaminations. L’association rappelle aussi que les périodes de dégel demandent encore plus de vigilance.
Côté RSPB (Royal Society for the Protection of Birds), le ton est similaire : l’organisation conseille de stopper le nourrissage au moins deux semaines si vous soupçonnez une maladie, et même de vider temporairement les bains d’oiseaux pour casser la chaîne de transmission.
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Ce n’est pas un détail théorique. Certaines maladies se diffusent très vite quand les oiseaux picorent, se perchent, puis défèquent au même endroit. Et les premiers signes peuvent tromper : un oiseau immobile, gonflé, peu farouche, n’est pas forcément “rassasié”. Il est parfois malade, affaibli, et cherche juste à économiser ses forces.
Pourquoi les mangeoires plates posent question
La question des surfaces “plateau” a même pris une tournure très concrète au Royaume-Uni. En janvier 2025, la presse britannique a rapporté que la RSPB avait cessé de vendre des mangeoires plates (bird tables et modèles similaires) par précaution, face aux soupçons de contribution à la propagation d’une maladie grave chez les fringilles, la trichomonose.
L’idée derrière cette décision est simple : plus une surface est ouverte, plus elle peut accumuler salive, graines souillées et fientes. Et plus les oiseaux se retrouvent face à face, plus les contacts indirects se multiplient.
L’eau : l’aide la plus sous-estimée (et la plus utile)
On pense spontanément “graisse” et “graines”. Pourtant, l’un des gestes les plus efficaces en hiver reste souvent l’accès à une eau propre. La RSPB insiste sur le fait qu’un bain ou un abreuvoir doit être refait avec de l’eau fraîche chaque jour, car les oiseaux boivent mais entretiennent aussi leur plumage, essentiel pour l’isolation.
Un point d’eau a aussi un avantage pratique : il attire sans concentrer autant qu’un gros plateau de nourriture. Et si vous le placez à distance d’un seul “spot” fixe, vous limitez le piétinement et l’accumulation au sol.
Les bons réflexes après fin février, sans arrêter d’aider
La question revient chaque année : faut-il tout arrêter dès que février se termine ? Voici la date précise à laquelle il faut commencer à réduire le nourrissage des oiseaux. En réalité, il existe une voie plus raisonnable, plus progressive.
La LPO situe l’intérêt du nourrissage surtout pendant la période froide, puis recommande une réduction quand les températures remontent vers mars. Concrètement, vous pouvez garder un soutien alimentaire encore un peu, mais en réduisant les risques. Un distributeur adapté (métal, cage, mangeoire suspendue) évite les grandes surfaces collectives. De petites quantités, renouvelées, limitent aussi les aliments qui rancissent.
Enfin, la réaction la plus importante reste l’observation. Si plusieurs oiseaux paraissent apathiques ou présentent des signes inquiétants autour de la mangeoire, la meilleure aide consiste parfois à faire une pause. Cela disperse les individus, réduit les contacts et, selon la RSPB, casse le cycle de transmission.
Le geste simple à faire aujourd’hui
Avant tout, regardez ce qui pend dans votre jardin. S’il y a une boule de graisse dans un filet, coupez le plastique, sortez la boule et placez-la dans un support conçu pour ça. Cette action ne coûte rien, prend une minute, et évite des accidents évitables. Rappelez-vous aussi qu’un petit geste avec un bain d’oiseaux peut faire toute la différence pour leur santé.
Ensuite, profitez de cette même minute pour vérifier l’état de vos installations. Une mangeoire encrassée fin février, c’est un risque qui augmente pile au moment où le printemps se prépare.
Nourrir avec précaution
Aider les rouges-gorges est un réflexe sain, surtout quand le froid s’étire. Mais en fin d’hiver, un petit objet du quotidien — le filet plastique des boules de graisse — peut suffire à provoquer blessures, épuisement et drames silencieux. La LPO et la RSPB martèlent une même idée : mieux vaut un nourrissage bien pensé qu’une abondance risquée.
En retirant les filets, en soignant l’eau et l’hygiène, et en restant attentif aux signes de maladie, vous protégez vraiment les visiteurs du jardin. Et vous leur laissez une chance d’aborder le printemps sans payer le prix de nos “bonnes intentions”.
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