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Mangeoires : ce geste mal connu met les oiseaux en danger chaque hiver

Publié par Killian Ravon le 28 Jan 2026 à 14:00

L’hiver, installer une mangeoire oiseaux semble être le geste parfait pour aider la petite faune du jardin.

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Mangeoire oiseaux sous la pluie : graines mouillées et moisissures, mésange bleue, rouge-gorge et moineau au jardin en hiver
Sous la pluie et le gel, des graines humides laissées trop longtemps dans une mangeoire peuvent devenir un risque sanitaire pour les oiseaux du jardin.

Pourtant, quand la météo bascule entre pluie, gel et redoux, un détail presque invisible peut transformer cette bonne intention en piège.

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Nourrir au jardin : un réflexe généreux, mais pas anodin

Dans beaucoup de foyers, la mangeoire devient un rituel dès les premiers froids. On guette les mésanges, les rouges-gorges, les pinsons. On a l’impression d’offrir un coup de pouce à des animaux fragiles, au moment où les journées raccourcissent et où l’énergie se dépense plus vite.

Et, sur le fond, l’idée n’est pas absurde. La LPO rappelle qu’un nourrissage bien conduit peut aider les oiseaux quand les ressources se raréfient, notamment lors des périodes de gel et de neige. L’objectif n’est pas de “remplacer” la nature, mais de compenser un épisode difficile, sur une durée limitée, sans perturber les comportements. Sauf qu’une mangeoire, contrairement à une haie ou à une prairie, est un point fixe. Elle attire. Elle concentre. Et elle impose une promiscuité que l’oiseau n’aurait pas forcément choisie ailleurs. Or, dans le vivant, tout ce qui rassemble beaucoup d’individus au même endroit finit par poser une question : que se passe-t-il quand quelque chose tourne mal ?

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Des hivers plus capricieux : quand l’humidité s’invite dans les jardins

Le risque ne vient pas seulement du froid. Il vient de la façon dont l’hiver se déroule aujourd’hui, avec des alternances rapides. Météo-France observe déjà des hivers plus doux, avec des périodes de gel plus courtes et moins fréquentes. Et, dans ses documents de projection, l’organisme souligne aussi un signal important : la hausse attendue des précipitations en hiver et des pluies intenses sur une partie du pays, notamment au nord, à l’horizon des prochaines décennies.

Dans un jardin, ces changements se voient vite. Une mangeoire peut prendre la pluie deux jours de suite, sécher une matinée, regeler la nuit, puis recevoir une nouvelle averse. Cette succession est redoutable, parce qu’elle piège l’humidité dans les interstices, sous les rebords, au fond des réceptacles. À ce stade, tout semble encore normal. Les oiseaux viennent, picorent, repartent. Rien n’alerte vraiment, sauf parfois un détail : des graines qui collent, une odeur un peu “fermentée”, des petits amas sombres dans un coin. Le genre de signe qu’on attribue au temps humide, sans y prêter attention. C’est précisément là que le problème commence.

Plus il y a d’oiseaux au même point, plus l’hygiène devient décisive. Crédit : Dimitǎr Boevski.
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Le piège n’est pas la neige : c’est ce qui reste quand on ne regarde plus

Une mangeoire fonctionne sur une logique simple : on met de la nourriture, des animaux la consomment. Mais dans la réalité, il y a toujours des restes. Des graines cassées, de la poussière de tournesol, des coquilles, parfois des fientes. Le tout se mélange, s’écrase, se gorge d’eau, puis se compacte.

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Le phénomène s’aggrave avec certains modèles. Les surfaces plates retiennent davantage les résidus. Les plateaux et tables sont plus difficiles à assainir au quotidien. Et quand la nourriture reste étalée, elle est plus exposée aux souillures et aux contacts répétés. Au Royaume-Uni, ces questions ont pris une ampleur telle que la RSPB a publiquement insisté sur l’importance des mangeoires faciles à nettoyer et du choix des supports, après des années de préoccupations liées aux maladies chez certains fringilles. La logique est la même partout : plus le point de nourrissage est “collectif”, plus il devient un lieu de contact. On croit offrir un refuge. On installe parfois plusieurs perchoirs, pour “faire plaisir”. Et, sans le vouloir, on crée une zone où tout circule : graines, salive, poussières… et agents infectieux.

Une mangeoire abritée limite l’humidité, à condition de laisser l’air circuler. Crédit : Tony Alter.
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Graines mouillées : la contamination silencieuse qui s’installe très vite

Voilà l’erreur la plus fréquente avec une mangeoire oiseaux : laisser des graines humides sur place, en pensant qu’elles “sècheront” ou qu’elles seront mangées avant de tourner. En réalité, l’humidité accélère tout. Les aliments se dégradent. Des moisissures peuvent se développer. Des bactéries peuvent proliférer. Et, dans ce contexte, les oiseaux ne tombent pas forcément malades immédiatement : certains continuent de se nourrir, puis s’affaiblissent.

La LPO cite plusieurs maladies observées chez les oiseaux de jardin et insiste sur un point : le nettoyage régulier des mangeoires et abreuvoirs limite le risque de contamination. L’association évoque notamment la salmonellose et la trichomonose parmi les atteintes fréquemment rencontrées, et rappelle une consigne forte en cas de suspicion : arrêter le nourrissage pendant plusieurs semaines pour casser la chaîne de transmission. D’autres organismes, comme le Cornell Lab of Ornithology (All About Birds), détaillent des protocoles de nettoyage et précisent que le trempage dans une solution d’eau de Javel diluée est une étape très efficace en plus du brossage, à condition de rincer et de bien laisser sécher. Ce que beaucoup ignorent, c’est que quelques jours suffisent. Une période de pluie, un fond de mangeoire mal drainé, une recharge de graines par-dessus des restes… et le “cocktail” est prêt.

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Gel et humidité : quand l’oiseau dépense plus qu’il ne gagne

À cette contamination possible s’ajoute un autre effet, plus mécanique. Quand la nourriture a pris l’eau puis a gelé, elle devient difficile à consommer, surtout pour de petits passereaux. Les oiseaux perdent du temps, s’acharnent, dépensent de l’énergie, alors que l’objectif du nourrissage est justement de réduire leur effort. Le paradoxe est cruel : on met de la nourriture pour aider, et l’état de cette nourriture oblige à en dépenser davantage pour tenter d’y accéder. Dans ces conditions, les individus les plus dominés (ou les plus faibles) sont souvent les premiers pénalisés. Ils attendent, reviennent, repartent. Ils s’exposent plus longtemps au froid. Et si, en plus, le point d’alimentation est potentiellement contaminé, l’addition devient dangereuse.

Le rouge-gorge reste très fidèle à ses postes de nourrissage. Crédit : Bernard DUPONT.

Une seule mangeoire peut suffire à “connecter” tout un quartier d’oiseaux

L’autre idée reçue, c’est de croire que le problème resterait limité à “son” jardin. Or, les oiseaux circulent. Ils visitent plusieurs points de nourrissage dans une même zone. Ils se regroupent, se dispersent, puis se recroisent. C’est pourquoi la LPO insiste sur l’arrêt temporaire du nourrissage quand des oiseaux sont retrouvés malades ou morts à proximité : l’objectif est de forcer la dispersion et d’éviter que le même endroit reste un point de rencontre contaminant.

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De son côté, la RSPB martèle un message comparable : l’hygiène est la clé, et les mangeoires doivent être nettoyées régulièrement, parce que les maladies se transmettent par les surfaces souillées, la salive et les aliments contaminés. Cette approche “précaution” n’est pas une lubie : elle vient d’observations et de suivis, notamment sur des épisodes de maladie chez les fringilles. Autrement dit, la question n’est pas seulement “est-ce que je nourris ?”. C’est “est-ce que je nourris sans transformer ce lieu en point de contact permanent ?”.

Une graine humide se dégrade vite : mieux vaut de petites rations souvent renouvelées. Crédit : Benjamint444.

Le protocole simple qui évite le pire, sans renoncer à aider

La bonne nouvelle, c’est qu’il ne faut pas forcément arrêter de nourrir. Il faut surtout nourrir mieux. L’idée la plus efficace est d’empêcher l’humidité de s’installer. Cela passe par des mangeoires protégées de la pluie, avec écoulement, et par de petites quantités renouvelées souvent. Ensuite, il faut casser la routine du “je remplis et j’oublie”. Les organismes spécialisés conseillent une méthode très concrète : vider les restes avant de remettre du neuf, démonter quand c’est possible, brosser pour enlever les dépôts, puis désinfecter.

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All About Birds (Cornell Lab) recommande notamment une solution d’eau de Javel diluée, un temps de trempage, un rinçage soigneux et un séchage complet avant de recharger. La logique est simple : sans séchage, l’humidité revient immédiatement, et le cycle recommence. Enfin, il faut garder un réflexe d’observation. Un oiseau apathique, ébouriffé, qui reste au sol, ou qui présente des difficultés à avaler peut signaler un problème. Dans ce cas, la recommandation de la LPO est claire : pause de nourrissage pendant plusieurs semaines et nettoyage approfondi.

Aider durablement : quand le jardin remplace la mangeoire

Dernier point, souvent oublié : la meilleure aide est celle qui ne dépend pas d’un point unique. Planter des haies, laisser des zones enherbées, conserver des baies en hiver, éviter les pesticides… tout cela fournit une alimentation plus diffuse, moins “concentrée”, et donc moins favorable aux transmissions. Dans un contexte où les saisons deviennent plus irrégulières, avec des hivers parfois doux mais humides, le jardin peut devenir un véritable garde-manger naturel. La mangeoire garde son intérêt lors des coups de froid, mais elle ne devrait pas être l’unique stratégie. Et surtout, elle ne devrait jamais devenir un récipient où l’eau stagne, où les restes s’accumulent, et où l’on rajoute du neuf sur du vieux.

L’ennemi « humidité »

Car c’est bien là, au fond, que se cache l’erreur d’hiver qui fait des victimes : non pas le fait de nourrir, mais le fait de laisser l’humidité s’installer dans la mangeoire oiseaux… jusqu’à rendre la nourriture dangereuse.

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