En arrêt maladie après un accident de trajet, elle se fait virer : la justice lui donne tort

On pense souvent qu’un arrêt maladie nous protège de tout, surtout après un accident. C’est ce que croyait cette gestionnaire embauchée dans une biscuiterie du Loir-et-Cher. Mais la Cour de cassation vient de rappeler une distinction juridique que des millions de salariés ignorent. Et elle change absolument tout en cas de pépin sur la route du bureau.
Embauchée le 24 janvier, accidentée le 8 février : le timing impossible
L’histoire commence par un contrat signé chez St Michel Services, fabricant de biscuits bien connu, basé dans le Loir-et-Cher. Le 24 janvier 2022, une nouvelle gestionnaire de bases de données fournisseurs prend son poste. Quinze jours plus tard, le sort s’en mêle. Le 8 février, elle est victime d’un accident sur son trajet domicile-travail. Blessée, elle est placée en arrêt du 9 au 25 février.
Le problème ? Elle est encore en pleine période d’essai. Difficile de prouver sa valeur depuis un lit d’hôpital. Mais la salariée se pense protégée. Après tout, un arrêt maladie lié à un accident devrait geler toute procédure. C’est en tout cas ce que beaucoup de Français croient. Pourtant, le 23 février, deux jours avant la fin de son arrêt, elle reçoit un courrier glacial : son employeur met fin à sa période d’essai. Sous le choc, elle décide de ne pas en rester là. Ce qu’elle ignore encore, c’est que le droit réserve parfois des surprises même aux plus confiants.
Accident de trajet vs accident du travail : la nuance qui a tout fait basculer
La salariée saisit le Conseil de prud’hommes. Elle réclame la nullité de la rupture, sa réintégration et 5 000 € de dommages et intérêts pour préjudice moral. Son argument principal : l’article L.1226-9 du Code du travail, qui interdit de licencier un salarié victime d’un accident du travail pendant son arrêt. En septembre 2023, les prud’hommes lui donnent raison.
Mais l’employeur fait appel. Et c’est là que tout bascule. Le 10 décembre 2024, la Cour d’appel d’Orléans retourne la décision. La raison est chirurgicale. Comme l’explique Alec Szczudlak, chargé d’enseignement en droit social à l’université Evry Paris-Saclay, un accident de trajet n’est pas un accident du travail. Le trajet commence au domicile et s’achève au seuil de l’entreprise. Tant que le salarié n’est pas sous le contrôle de l’employeur, la protection renforcée ne s’applique pas. Une nuance que même la jurisprudence n’a jamais effacée.
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La Cour de cassation tranche le 9 avril 2026 : aucune protection
Quand le droit du travail s’invite dans la vie quotidienne, les conséquences sont parfois brutales. Le 9 avril 2026, la Haute juridiction confirme le verdict. La salariée ne bénéficiait d’aucune protection contre la rupture de sa période d’essai. Motif : seul un accident survenu sur le lieu de travail ou sous l’autorité de l’employeur déclenche le bouclier légal.
Si elle avait glissé dans l’escalier de l’usine plutôt que sur la route, sa situation juridique aurait été radicalement différente. « Si la salariée avait été victime d’un accident du travail, la protection contre le licenciement aurait été effective », conclut Alec Szczudlak. Résultat : la rupture est validée. Pire, la salariée est condamnée à régler les frais de justice de l’entreprise. Trois ans de procédure pour une distinction que la plupart des salariés découvrent trop tard.
La leçon est limpide : un accident sur la route du bureau ne vous protège pas comme un accident au bureau. Quelques mètres, parfois quelques secondes, séparent la protection totale du vide juridique. Et vous, connaissez-vous vraiment la différence entre ces deux statuts ? Avant le prochain trajet matinal, la question mérite d’être posée.