Dans les comptes de Djamila, assistante sociale à Lille à 2 080 € nets par mois
Djamila, 34 ans, est assistante sociale dans un centre médico-social du quartier de Wazemmes à Lille. Elle gagne 2 080 € nets par mois après prélèvement à la source. Célibataire, locataire, sans enfant — mais avec un crédit étudiant qui court encore. Voici comment elle répartit chaque euro.

Des revenus stables, mais sans filet
Le salaire de Djamila est fixe : 2 080 € nets, versé le 28 de chaque mois par le Conseil départemental du Nord, son employeur. Pas de prime mensuelle régulière, pas d’heures supplémentaires rémunérées. Elle touche en revanche une prime de fin d’année d’environ 600 €, soit 50 € lissés par mois.
Son salaire brut tourne autour de 2 650 €, dans la grille de la fonction publique territoriale, catégorie B. « Pour un poste qui demande un master et cinq ans d’études, ça reste modeste », reconnaît-elle. Pas d’APL — ses ressources dépassent le plafond. Pas de colocataire. Elle porte le budget seule.
Au total, elle dispose de 2 130 € par mois (salaire net + lissage prime). C’est sur cette base que tout se calcule.
Les charges fixes : le bloc incompressible
Le poste le plus lourd, sans surprise, c’est le logement. Djamila loue un T2 de 42 m² dans le quartier Vieux-Lille, à 780 € charges comprises. Un niveau dans la moyenne haute pour Lille, justifié par un emplacement qui lui évite d’avoir une voiture.

Viennent ensuite les incontournables :
- Assurance habitation : 16 €/mois
- Mutuelle santé complémentaire : 38 € (participation employeur incluse — sans ça, ce serait 72 €)
- Forfait mobile : 19,99 € (Free, 200 Go)
- Abonnement internet : 29,99 € (fibre Bouygues)
- Netflix + Spotify : 22 € (partagés avec sa sœur, mais elle règle l’intégralité)
- Remboursement prêt étudiant : 87 € (encore 4 ans à tenir)
- Impôt sur le revenu : 148 € prélevés directement à la source
Total charges fixes : 1 140,98 €. Il lui reste donc 989 € pour vivre, épargner, et faire face à l’imprévu. Pas grand chose — et c’est là que ça se corse. Beaucoup de salariés se retrouvent dans cette situation, comme on peut le voir dans les comptes d’Ambre, aide-soignante à Rouen, ou dans ceux de Nora, assistante maternelle à Besançon.
Les dépenses variables : où part vraiment l’argent
Djamila fait ses courses principalement à Lidl et au marché de Wazemmes — « avantage d’habiter à deux rues ». Elle dépense en moyenne 220 € par mois pour se nourrir, seule. Un chiffre qui peut sembler élevé, mais elle cuisine beaucoup et achète peu de plats préparés.
Pour les sorties, elle s’est fixé un budget informel de 80 € : quelques restos, des concerts à La Gare de Rouen ou au Splendid, une entrée de musée de temps en temps. « Je pourrais me l’interdire, mais si je ne sors jamais, je tiens trois mois et je craque sur autre chose », explique-t-elle avec pragmatisme.

Le reste des variables :
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- Transports : 33 € (abonnement Ilevia, les transports en commun lillois — 50 % remboursés par l’employeur, elle paie 33 €)
- Produits d’hygiène/beauté/pharmacie : 45 €
- Vêtements et divers : 40 € (budget lissé — elle ne fait pas de shopping impulsif)
- Vacances : 50 € lissés par mois (soit 600 €/an pour partir une semaine l’été, souvent chez des amis)
Total dépenses variables : 468 €. À ce stade, il lui reste théoriquement 521 € avant épargne. Mais le mot « théoriquement » a son importance.
L’épargne : la bonne surprise, et ses limites
Djamila est plus rigoureuse que la moyenne. Elle a mis en place un virement automatique vers son Livret A le 1er de chaque mois : 200 € partent avant même qu’elle ne voie la couleur de l’argent. « Si je ne le fais pas automatiquement, il ne reste rien à la fin », dit-elle.
Son Livret A affiche aujourd’hui 4 200 € — environ trois mois de salaire. L’objectif qu’elle s’est fixé est d’atteindre 6 000 € d’ici fin 2026 pour constituer une vraie réserve d’urgence. Pas de Plan d’Épargne Entreprise, pas d’assurance-vie — elle a entendu parler des réformes qui pourraient toucher l’épargne des Français mais n’a pas encore franchi le pas.

Après le virement épargne, il lui reste en fin de mois entre 150 et 320 € selon les imprévus. Un mois sur quatre, une dépense non prévue grignote ce matelas : une consultation chez le dentiste non remboursée (80 €), une réparation de vélo, un cadeau d’anniversaire. « Je suis à l’équilibre, pas dans le rouge — mais je ne me permets pas d’erreur ».
Elle ne pense pas à l’achat immobilier pour l’instant. Avec son salaire actuel, les projections à long terme restent floues. Une promotion en catégorie A lui ferait franchir les 2 400 € nets — et changerait sensiblement l’équation.
Le bilan : une gestion serrée, sans drame
Sur le papier, Djamila s’en sort. En pratique, elle vit sans marge de manœuvre. Son budget total s’équilibre autour de 2 130 € de revenus pour environ 1 950 à 2 000 € de dépenses (fixes + variables + épargne), laissant un solde résiduel de 130 à 180 € en fin de mois ordinaire.
Pour comparer : selon l’INSEE, le salaire médian en France en 2024 s’établit à environ 2 061 € nets par mois. Djamila se situe juste au-dessus de cette médiane. Ce qui ne veut pas dire qu’elle est à l’aise — ça veut dire que la moitié des Français gagnent moins qu’elle, et que pour beaucoup, les chiffres sont encore plus tendus. Pour s’en rendre compte, il suffit de lire les comptes de Youssef, serveur à Paris à 1 870 €.
Ce qui frappe dans le budget de Djamila, c’est la rigueur — et l’absence de superflu. Pas de crédit conso, pas d’abonnement salle de sport, pas de voiture. Elle a compris que les habitudes financières qui font la différence ne sont pas spectaculaires. Elles sont juste constantes. « Je gagne correctement ma vie pour ce que je fais. Mais pour ce que ce métier coûte humainement, je mérite franchement le double ».
- 12/05/2026 à 15:12après avoir travaillé pendant 17 ans à l'éducation nationale (retraitée) je touche 540,00 par mois et j'ai autant de charges que cette dame sauf le superflus. Je travaillais 8h par jour.
- 12/05/2026 à 11:11Quelle tristesse, quand l'on pense à tous ceux qui vivent au crochets de la nation politiciens et autres l'avenir est très sombre pour nos enfants et générations suivantes
2 commentaires