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Dans les comptes de Sandrine, laborantine à Strasbourg à 2 310 € nets par mois

Publié par Mathieu le 02 Mai 2026 à 19:01

Sandrine, 38 ans, laborantine dans un centre d’analyses médicales privé à Strasbourg, touche 2 310 € nets par mois. Ni riche, ni dans le besoin — en apparence. Voici comment elle répartit chaque euro, de son loyer alsacien à son Livret A qui avance doucement.

Sandrine laborantine en blouse blanche dans son laboratoire

Un salaire de technicienne qualifiée, mais sans grande marge

Sandrine travaille depuis douze ans dans le même laboratoire d’analyses biologiques, route de la Wantzenau. Après sa progression d’échelon et une prime d’ancienneté, son salaire net mensuel s’établit à 2 310 €. À cela s’ajoute une prime de fin d’année lissée sur douze mois, qui représente environ 85 € supplémentaires par mois.

Son revenu total mensuel moyen tourne donc autour de 2 395 €. Pas de revenus complémentaires, pas de freelance, pas d’allocations — elle vit seule, sans enfants. Un profil que l’on imagine à l’aise, jusqu’à ce qu’on regarde les charges de près.

À titre de comparaison, le salaire médian en France s’établit autour de 2 000 € nets par mois selon les données INSEE. Sandrine se situe donc légèrement au-dessus — mais Strasbourg n’est pas une ville bon marché.

Des charges fixes qui dévorent plus de la moitié du salaire

Sandrine loue un deux-pièces de 48 m² dans le quartier de la Robertsau, à deux pas du tram. Loyer charges comprises : 870 € par mois. C’est son premier poste de dépense, et de loin le plus lourd. Elle aurait pu trouver moins cher en banlieue, mais le trajet en vélo jusqu’au labo lui évite les frais de voiture.

Appartement deux pièces cosy à Strasbourg

Voici le détail de ses charges fixes mensuelles :

  • Loyer charges comprises : 870 €
  • Électricité (EDF, offre base) : 68 €
  • Assurance habitation : 18 €
  • Mutuelle santé (prise en charge partielle par l’employeur, reste à charge) : 38 €
  • Forfait mobile (20 Go, opérateur low cost) : 12 €
  • Abonnement internet (fibre) : 28 €
  • Netflix + Spotify : 22 €
  • Assurance vélo (vélo électrique d’occasion) : 9 €
  • Impôt sur le revenu (mensualisation) : 115 €

Total charges fixes : 1 180 €. Il lui reste donc 1 215 € pour vivre — courses, sorties, vacances, et ce qu’elle parvient à mettre de côté. Sur le papier, c’est jouable. En pratique, c’est là que ça se complique.

« Mon loyer, je le vis bien parce que j’adore mon appart et mon quartier. Mais des fois je fais le calcul et je me dis que je paye presque 40 % de mon salaire pour dormir quelque part. »

Les dépenses variables : là où l’argent part sans prévenir

Sandrine fait ses courses principalement à l’Intermarché du coin, avec un passage hebdomadaire au marché de la place de Haguenau pour les légumes frais. Elle cuisine régulièrement — par conviction autant que par économie — et son budget alimentaire mensuel est relativement maîtrisé : 290 €.

Pour les marques distributeur, elle n’a aucun complexe. « Je prends la marque du supermarché pour les pâtes, le riz, les conserves. Sur les yaourts aussi. Je garde le budget pour la viande et le fromage. »

Femme faisant ses courses au marché local

Le reste de ses dépenses variables se décompose ainsi :

  • Restaurants et sorties (moyenne mensuelle) : 95 €
  • Shopping vêtements et divers : 60 €
  • Pharmacie et soins (hors mutuelle) : 30 €
  • Entretien vélo électrique : 15 €
  • Cadeaux, imprévus familiaux : 40 €
  • Vacances lissées sur 12 mois : 120 €

Total dépenses variables : 650 € environ. Sandrine part une fois par an, généralement une semaine en location dans le Luberon ou en Bretagne avec une amie. Elle budgète 1 400 € pour ce voyage annuel, ce qui donne ce lissage à 120 €/mois.

Son poste « imprévus » reste modeste, mais il est souvent débordé. En février dernier, la réparation de son vélo électrique lui a coûté 180 € d’un coup. « Ce mois-là, j’ai pioché dans mon épargne. Pas le choix. »

Ce qu’il lui reste — et ce qu’elle en fait vraiment

Après les charges fixes (1 180 €) et les variables (650 €), Sandrine dispose théoriquement de 365 € par mois à épargner ou à mettre de côté. En réalité, les mois où il y a un imprévu, une fête d’anniversaire ou un trajet en train pour aller voir sa famille à Nancy, cette marge fond rapidement.

Sa stratégie d’épargne est simple : elle vire 200 € automatiquement sur son Livret A le 1er du mois, avant toute dépense. « Si j’attends la fin du mois pour épargner, il ne reste rien. » Son Livret A affiche aujourd’hui un peu plus de 6 800 €, constitués sur trois ans d’efforts.

Femme consultant son budget sur ordinateur portable

Elle n’a pas de crédit immobilier — elle n’est pas propriétaire — ni de crédit à la consommation. Pas de voiture non plus. Cela lui évite les postes qui grignotent silencieusement des centaines d’euros par mois chez beaucoup de ménages.

Son seul projet à moyen terme : acheter un studio dans les prochaines années. Mais avec les prix actuels à Strasbourg — autour de 3 200 à 3 500 €/m² dans les quartiers accessibles — un apport de 30 000 € serait le minimum. À 200 € d’épargne par mois, le calcul est long. « Je sais que je devrais trouver un moyen d’épargner davantage. Mais honnêtement, je vois pas où rogner sans me priver de tout ce qui me fait du bien. »

En fin de mois, il lui reste en moyenne entre 100 et 165 € sur le compte courant — le « coussin de sécurité » qu’elle ne touche pas. Certains mois elle est à zéro, d’autres un peu au-dessus. Le vrai confort, pour elle, c’est l’absence de dette.

Ce que le budget de Sandrine dit vraiment de la France d’aujourd’hui

Sandrine gagne 310 € de plus que le salaire médian français. Elle a un CDI stable, aucune dette, un logement confortable. Et pourtant, propriété, retraite sereine, épargne solide : tout cela lui paraît encore loin. C’est précisément ce décalage — entre un salaire « correct » et une capacité d’accumulation limitée — qui définit la situation de millions de Français dits « classe moyenne ».

Pour comprendre ce que représente vraiment ce niveau de revenu dans le paysage français, la question de la frontière entre classe moyenne et classe modeste est plus floue qu’il n’y paraît. Les profils comme celui de Sandrine illustrent mieux que n’importe quel chiffre que l’effort financier demandé aux ménages pèse particulièrement sur ceux qui gagnent trop pour les aides, mais pas assez pour épargner vraiment.

« Ce qui me pèse, c’est pas le présent — j’arrive à vivre bien. C’est l’impression que dans dix ans je serai encore locataire. »

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