Dans les comptes de Thibault, menuisier à La Rochelle à 2 050 € nets par mois
Thibault a 34 ans. Il est menuisier salarié dans une entreprise artisanale de La Rochelle depuis six ans. Célibataire, locataire d’un T2 à quelques rues du Vieux-Port, il touche 2 050 € nets par mois. Pas de primes fixes, pas de treizième mois. Voici, poste par poste, comment il répartit chaque euro — et ce qu’il reste une fois toutes les lignes cochées.
Ce qui tombe sur son compte chaque mois
Le salaire de Thibault est fixé à 2 050 € nets après prélèvement à la source. Son taux d’imposition, plutôt faible pour un célibataire sans enfant, lui retire environ 95 € directement sur la fiche de paie. Il touche donc 2 050 € après impôt — c’est le chiffre qui atterrit sur son relevé bancaire le 5 de chaque mois.

Pas de prime de panier, pas d’indemnité de déplacement régulière. « Quand on pose une cuisine chez un client à plus de 30 km, le patron rembourse l’essence, mais c’est ponctuel », précise-t-il. En moyenne, ces remboursements représentent entre 40 et 60 € par mois — il ne les compte pas dans son budget fixe. Côté heures supplémentaires, Thibault en fait rarement : une ou deux par semaine en haute saison, soit environ 80 € de plus certains mois de printemps et d’été.
Aucune allocation logement. Ses revenus dépassent le plafond pour un célibataire sans personne à charge. Total des ressources mensuelles stables : 2 050 €. C’est avec cette somme, et rien d’autre, que tout se joue.
Les dépenses qui tombent avant même d’y penser
Le poste le plus lourd, sans surprise, c’est le loyer. Pour son T2 de 42 m² dans le quartier Saint-Nicolas, Thibault paie 620 € charges comprises. La Rochelle n’est pas Paris, mais les loyers ont grimpé ces dernières années, portés par l’attractivité touristique de la ville. « Il y a trois ans, j’aurais eu le même appart pour 550 €. Maintenant, à ce prix-là, tu trouves un studio. »

Viennent ensuite les charges incompressibles. Son assurance habitation lui coûte 22 € par mois. L’électricité, dans un logement tout électrique avec un ballon d’eau chaude vieillissant, monte à 75 € en moyenne lissée sur l’année — davantage en hiver, moins en été. Le gaz n’est pas au programme : pas de raccordement.
La mutuelle santé, obligatoire via son employeur, est en partie prise en charge par l’entreprise. La part salariale s’élève à 38 €. Pour le téléphone, Thibault a un forfait à 16 € (80 Go, engagement terminé). Internet fixe : 25 €. Il cumule un abonnement Netflix à 13,49 € et Spotify à 10,99 €. Pas de Disney+, pas de Prime Video. « Faut bien couper quelque part. »
Côté transport, Thibault roule en Peugeot 308 diesel de 2016, achetée d’occasion à crédit. La mensualité du crédit auto s’élève à 165 € — il lui reste quatorze mois à rembourser. L’assurance auto : 58 €. Le carburant, pour les trajets domicile-atelier (7 km aller) et les courses du week-end : environ 95 € par mois. C’est un poste qu’il surveille de près, surtout depuis la flambée des prix de l’énergie.
Total des dépenses fixes : 1 138,48 €. Plus de la moitié du salaire, évaporée avant le premier café au comptoir. Mais la vraie surprise, c’est ce qui reste à financer avec les 911 € restants.
Courses, sorties et les petits extras qui plombent tout
Thibault fait ses courses alimentaires une fois par semaine, le samedi matin, dans un supermarché en périphérie. Budget moyen : 55 € par semaine, soit environ 240 € par mois. « Je cuisine pas mal, ça aide. Mais dès que tu achètes du fromage correct ou du poisson frais à La Rochelle, le ticket grimpe vite. » Il complète parfois au marché central — un plaisir qu’il s’accorde deux à trois fois par mois pour 30 € supplémentaires en moyenne.
Les sorties représentent un poste assumé. Un à deux restos par mois avec des amis — comptez 70 €. Deux ou trois apéros en terrasse par semaine — 60 € mensuels. « C’est La Rochelle. L’été, tu vis dehors. L’hiver aussi, d’ailleurs. » C’est le poste sur lequel il pourrait rogner, il le sait. Il ne le fait pas.
Le sport ? Thibault court trois fois par semaine le long du front de mer — gratuit. Mais il paye un abonnement dans une petite salle de musculation à 30 € par mois pour les jours de pluie. Côté shopping et vêtements, il estime dépenser 50 € mensuels en moyenne lissée, surtout des vêtements de travail (pantalons renforcés, chaussures de sécurité) qu’il renouvelle régulièrement. Son employeur ne rembourse qu’une paire par an.
Enfin, les dépenses « inclassables » : un coiffeur toutes les six semaines (15 € lissés), des produits d’entretien et d’hygiène (20 €), et un budget vacances lissé sur l’année à 80 € par mois. En pratique, Thibault part une semaine en camping l’été (entre 500 et 600 €) et fait un week-end prolongé en hiver. « Je mets de côté chaque mois, sinon en juillet je n’ai rien. »
Total des dépenses variables : 595 €. Quand on additionne fixes et variables, on atteint 1 733 €. Il reste donc 317 € sur le papier. Mais la réalité de fin de mois est un peu différente.
Ce qu’il reste vraiment quand tout est payé
Sur le papier, Thibault dégage 317 € de marge chaque mois. En pratique, il arrive à mettre 200 € sur un Livret A de manière quasi systématique. Le solde actuel : un peu plus de 4 800 €. « C’est mon matelas de sécurité. Si la voiture lâche ou si je me blesse au boulot, je tiens trois mois. »
Les 117 € restants constituent ce qu’il appelle sa « zone grise » : les imprévus, un cadeau d’anniversaire, une réparation, un contrôle technique. Certains mois, il ne dépense rien de ce reliquat. D’autres, il tape dedans et l’épargne tombe à 150 €. « Ça arrive. Mais je ne suis jamais à découvert. C’est ma ligne rouge. »
Aucun crédit à la consommation en dehors de la voiture. Pas d’investissement boursier, pas d’assurance-vie. Thibault voudrait acheter un appartement, mais avec les dépenses contraintes qui pèsent sur son budget, l’apport reste insuffisant. « À La Rochelle, pour un T2 potable, c’est minimum 180 000 €. Il me faudrait 25 000 € d’apport. Au rythme actuel, c’est encore deux ans et demi si tout va bien. »
Pour accélérer, il envisage de prendre des chantiers le samedi en auto-entrepreneur, comme certains collègues artisans. Revenus estimés : 300 à 400 € de plus par mois. Mais le corps, après cinq jours d’atelier, pose la question autrement.
« Je gagne correctement ma vie pour un mec de 34 ans sans diplôme au-delà du CAP. Mais quand je vois que le salaire médian en France tourne autour de 2 100 € nets, je me dis que je suis pile dans la moyenne — et que la moyenne, aujourd’hui, ça ne suffit pas pour acheter un toit. »
Récapitulatif du budget mensuel de Thibault :
Revenus : 2 050 € nets | Dépenses fixes : 1 138 € | Dépenses variables : 595 € | Épargne : 200 € | Marge imprévus : 117 €