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Dans les comptes de Lucas, plombier à Nantes à 2 400 € nets par mois

Publié par Mathieu le 17 Avr 2026 à 19:02

Lucas, 34 ans, plombier à son compte à Nantes, dégage 2 400 € nets par mois après cotisations sociales. Ni précaire ni à l’aise, il navigue dans une zone grise que beaucoup de Français connaissent bien : les revenus suffisants pour vivre, insuffisants pour souffler. Voici comment il répartit chaque euro.

Plombier nantais qui vérifie son budget mensuel à la maison

Ce qu’il rentre vraiment chaque mois

Lucas exerce en micro-entreprise depuis six ans. Son chiffre d’affaires mensuel tourne autour de 4 800 €, mais après le prélèvement libératoire et les cotisations sociales — environ 45 % de charges au total pour un artisan du bâtiment —, il lui reste 2 400 € nets. Pas de treizième mois, pas de prime de fin d’année garantie : tout dépend du carnet de commandes.

En hiver, quand les urgences fuites et chaudières explosent, il peut grimper à 2 800 €. En août, quand les chantiers ralentissent, il redescend parfois à 1 900 €. Pour tenir ses comptes, il raisonne donc sur une moyenne lissée à 2 400 €. « Je ne compte jamais l’argent avant de l’avoir encaissé », dit-il. Une discipline qu’on retrouve aussi chez les profils à revenus variables comme Maxime, pompier à Grenoble, qui jongle lui aussi avec des primes imprévisibles.

Il n’a pas droit aux allocations chômage s’il décroche. Pas de filet. C’est ce qui le distingue fondamentalement d’un salarié au même niveau de revenu — et ce que son budget doit anticiper.

Des charges fixes qui ne laissent aucune marge d’erreur

Lucas loue un T3 de 68 m² dans le quartier de Doulon-Gohards, à l’est de Nantes. Loyer charges comprises : 820 €. Il vit seul depuis sa séparation il y a deux ans. Sans APL — ses revenus dépassent le plafond —, c’est la dépense qui pèse le plus lourd.

Fourgon de plombier avec matériel chargé dans une rue de Nantes

Viennent ensuite les charges professionnelles intégrées à son budget perso : assurance responsabilité civile professionnelle (55 €/mois), assurance santé complémentaire via une mutuelle indépendant (78 € — le double d’un salarié couvert par son employeur), et assurance habitation (22 €). Total assurances : 155 €.

Son véhicule utilitaire — un Renault Master de 2019 — lui coûte 310 €/mois en leasing, plus 45 € d’assurance pro et environ 180 € d’essence. La voiture n’est pas un luxe : c’est son outil de travail. Sans elle, pas de chantier.

Abonnements fixes : forfait mobile (19 €), box internet (30 €), une plateforme de streaming (13 €). Il a résilié la deuxième il y a six mois. Impôt sur le revenu : il verse 90 €/mois en prélèvement à la source, un montant ajusté l’année dernière après une régularisation douloureuse de 740 €. Au total, ses dépenses fixes s’élèvent à 1 662 € par mois.

Il lui reste donc 738 € pour vivre. C’est là que ça se complique. Mais avant d’y arriver, un chiffre mérite qu’on s’y arrête : la moyenne nationale des dépenses contraintes dépasse déjà 1 186 € par mois pour un ménage ordinaire. Lucas est en dessous — mais de peu.

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Le quotidien, poste par poste

Les courses alimentaires lui coûtent 280 €/mois. Il fait le plein au Lidl ou au Leclerc une fois par semaine, cuisine le soir, emporte souvent un sandwich sur les chantiers le midi. « Je mange pas mal, mais je ne gaspille pas non plus », résume-t-il. Il connaît bien les créneaux où les supermarchés bradent leurs prix et en profite le jeudi soir.

Homme seul faisant ses courses au supermarché avec un panier

Sorties et loisirs : 120 €. Deux ou trois restos par mois avec des amis, quelques bières en terrasse, un match de foot au Beaujoire deux fois dans l’année. Pas de vacances en hôtel — il part camper une semaine en été, ce qui lui revient à environ 40 €/mois lissés. Shopping vêtements : 30 €/mois en moyenne, essentiellement des achats ponctuels soldés. Son équipement de travail (gants, chaussures de sécurité, outillage consommable) est budgété à part dans ses charges pro.

Santé hors mutuelle : 25 €/mois — dentiste et ophtalmo remboursés partiellement, quelques médicaments. Divers imprévus : il garde mentalement 50 € pour les petites surprises du quotidien (cadeau d’anniversaire, amende, réparation).

Ses dépenses variables mensuelles tournent donc autour de 505 €. Ce qui amène son total dépenses à 2 167 €. Il lui resterait théoriquement 233 € à épargner chaque mois. Théoriquement.

L’épargne : l’équilibriste et son filet troué

Lucas vire 150 € automatiquement sur son Livret A le premier du mois. « Si c’est pas automatique, ça part ailleurs sans que je comprenne comment. » Son Livret A affiche aujourd’hui 4 200 € — environ deux mois de charges fixes. Pas assez pour dormir tranquille en tant qu’indépendant, mais c’est ce qu’il a réussi à construire en deux ans.

Homme consultant son livret A et application bancaire sur téléphone

Il n’a pas de Plan Épargne Retraite, pas d’assurance-vie. « J’y pense, mais entre le loyer et le leasing, j’ai du mal à me projeter là-dessus. » C’est pourtant un angle mort coûteux : sans retraite complémentaire salarié, ses trimestres validés en micro-entreprise lui donneront une pension bien inférieure à celle d’un salarié équivalent. Le montant nécessaire pour vivre dignement à la retraite en France est un sujet qu’il préfère encore ne pas regarder en face.

Pas de crédit immobilier — il a tenté d’emprunter l’an dernier, mais sa banque lui a demandé trois bilans comptables. En micro-entreprise, il n’en a qu’un complet. Dossier refusé. Il a mis le projet en pause. « Je sais que j’aurais dû passer en société plus tôt. » Les 83 € restants après son virement Livret A finissent généralement dans les imprévus du mois, ou dans une sortie supplémentaire.

Côté pouvoir d’achat, Lucas se situe juste au-dessus du seuil inférieur de la classe moyenne française en 2025, estimé autour de 2 100 € nets pour un célibataire. Mais être dans la classe moyenne ne signifie pas être à l’aise : ça signifie juste qu’on est entre les deux. Le salaire médian en France tourne autour de 2 000 € nets mensuels. Lucas est au-dessus — mais avec zéro filet chômage, des charges pro absorbées sur ses revenus bruts et une retraite qu’il ne prépare pas, son confort réel est plus fragile qu’il n’y paraît. « Je travaille bien, je m’en sors, mais c’est pas la même chose que d’être tranquille », conclut-il.

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