« Je gagnais 950 euros » : directrice de Leroy Merlin à 27 ans, elle révèle tous ses salaires
De 950 euros nets en alternance à la direction d’un magasin parisien de 5 000 m² et 120 salariés, en à peine huit ans. Lauriane Lamballe a 27 ans, elle pilote l’un des 146 Leroy Merlin de France, et elle a accepté de détailler au Figaro Emploi chaque étape de sa rémunération. Le parcours est aussi rapide qu’instructif — et les montants qu’elle annonce pourraient surprendre dans un sens comme dans l’autre.
Une école de commerce et zéro plan de carrière

Lauriane Lamballe n’avait rien d’une prédestinée du bricolage. Originaire de la banlieue parisienne, fille de fonctionnaires, elle intègre SKEMA Business School à Lille à seulement 18 ans, après une classe préparatoire. Un parcours scolaire impeccable sur le papier, mais un flou total côté orientation.
« Je me sentais un peu perdue quant à mon avenir professionnel », confie-t-elle. Le monde de l’entreprise lui est alors un territoire inconnu. Pas de réseau familial dans le privé, pas de vocation évidente. À cet âge, beaucoup de diplômés d’écoles de commerce se tournent vers la finance ou le conseil. Lauriane, elle, va tomber sur une enseigne qu’elle « ne connaissait que de nom » lors d’un forum entreprises-étudiants.
Ce jour-là, Leroy Merlin présente un programme de stages immersifs. Un format court, trois mois, pour découvrir ses métiers de l’intérieur. Intriguée, Lauriane tente sa chance et débarque au magasin de Valenciennes en 2015. Ce qui devait être un simple stage va se transformer en tout autre chose. Mais à quel salaire démarre-t-on vraiment dans la grande distribution quand on a 19 ans ?
950 euros nets et les mains dans le chauffage
Premier poste, premier bulletin de paie : 950 euros nets par mois. C’est ce que touche Lauriane pendant son alternance chez Leroy Merlin, dans le cadre de son master « Management et marketing digital » à SKEMA. Un montant modeste, qu’elle assume pleinement. « Cette première expérience m’a permis d’acquérir les bases nécessaires pour évoluer », explique-t-elle.
Pendant deux ans, elle enchaîne les missions. D’abord conseillère de vente au rayon chauffage — pas exactement glamour, mais très formateur —, puis bras droit d’un responsable de rayon. Son objectif est clair : « Découvrir tous les aspects du métier pour être pleinement légitime à la fin de mon alternance, pour prétendre à un poste de chef de secteur. » Certains secteurs connaissent d’ailleurs des hausses de salaires inédites ces dernières années, mais dans la grande distribution, c’est souvent l’ancienneté et la prise de responsabilités qui font la différence.
Le pari paie. Diplômée en 2017, à 21 ans à peine, Lauriane se voit proposer un vrai poste de manager. Pas à Paris, pas dans une grande ville. Sur la Côte d’Opale, dans un magasin de taille moyenne. Et c’est là que les choses deviennent intéressantes côté rémunération.
Manager à 21 ans face à des équipes qui ont le double de son âge
Direction Merlimont, petite commune du Pas-de-Calais. Lauriane y prend la tête des secteurs « Outillage, Quincaillerie, Électricité, Plomberie et Chauffage ». À 21 ans, elle manage une quinzaine de personnes, dont certaines comptent des décennies d’expérience dans le métier.
« C’était un vrai défi, mais l’entreprise m’a fait confiance », reconnaît-elle. On imagine sans peine les regards en coin. Elle-même fait allusion à des remarques récurrentes du type : « Si elle est compétente, l’âge importe peu. » Le genre de phrase qu’on prononce justement quand l’âge pose question. Les réalités du terrain en grande distribution ne sont pas toujours simples, quel que soit le poste.
Côté salaire, ce premier poste de manager en province lui rapporte 34 000 euros bruts par an, soit environ 2 125 euros nets par mois, 13ᵉ mois inclus. Correct pour une débutante de 21 ans, mais loin des fantasmes qu’on peut avoir sur les salaires en grande distribution. Pourtant, trois ans plus tard, la courbe va s’accélérer nettement.
Le plus grand Leroy Merlin de France comme tremplin

En 2020, changement de décor radical. Lauriane quitte la Côte d’Opale pour Massy, en Essonne, où se trouve le plus grand Leroy Merlin de France. Elle y prend la responsabilité du rayon « Sanitaire ». Plus gros magasin, plus gros enjeux, plus grosse fiche de paie.
Son salaire grimpe à 45 000 euros bruts annuels, soit environ 2 823 euros nets par mois. Une progression de plus de 30 % en un seul mouvement. Pour mettre ce chiffre en perspective, le salaire net moyen en France tourne autour de 2 600 euros. À 24 ans, Lauriane est déjà au-dessus.
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Mais Massy n’est qu’une étape. Ce qui l’attend à Paris va représenter un saut de responsabilités — et de rémunération — d’une tout autre ampleur.
Directrice d’un magasin à 36 millions de chiffre d’affaires
Mars 2023. Lauriane Lamballe devient directrice du Leroy Merlin de La Madeleine, en plein cœur de Paris. Elle a 27 ans. Sous sa responsabilité : 5 000 m² répartis sur trois étages, 120 collaborateurs et un chiffre d’affaires annuel de 36 millions d’euros.
Le titre peut faire sourire — « directrice de magasin de bricolage » n’a pas le prestige d’un poste chez McKinsey. Mais gérer 120 personnes et 36 millions de CA à 27 ans, dans n’importe quel secteur, c’est un niveau de responsabilité que beaucoup de cadres n’atteignent jamais. La jeune femme se définit comme un « diffuseur d’énergie » : motiver, former, accompagner ses équipes vers la performance.
Son salaire ? 60 000 euros bruts annuels, soit près de 3 750 euros nets par mois. Auxquels s’ajoutent un 13ᵉ mois et des primes variables indexées sur les résultats du magasin. Sans oublier une réduction de 15 % sur tous les produits Leroy Merlin, un plan d’épargne salariale et une participation aux bénéfices — des avantages que beaucoup d’enseignes ne proposent pas à ce niveau. D’autres secteurs préparent aussi des réformes sur les salaires, mais chez Leroy Merlin, l’évolution se joue surtout en interne.
De 950 à 3 750 euros nets : la courbe complète
Récapitulons le parcours salarial de Lauriane en huit ans chez Leroy Merlin. En alternance (2015-2017) : 950 euros nets. Première prise de poste comme manager à Merlimont (2017) : 2 125 euros nets. Passage au plus grand magasin de France à Massy (2020) : 2 823 euros nets. Et enfin, direction du magasin parisien de La Madeleine (2023) : 3 750 euros nets, hors primes et avantages.
Soit une multiplication par quatre de son revenu mensuel entre son premier et son dernier poste. Le tout sans changer d’entreprise. C’est l’un des atouts que met en avant Leroy Merlin dans sa politique de rémunération : la possibilité d’évoluer vite si on accepte la mobilité géographique et les responsabilités croissantes.
Ce type de progression interne reste néanmoins peu courant. Il suppose une entreprise qui joue le jeu de la promotion rapide, et un profil prêt à déménager plusieurs fois en quelques années. Tout le monde ne vise pas non plus le même type de carrière : certains préfèrent évaluer leur niveau de vie à l’aune d’autres critères que la progression hiérarchique.
Et après ? Directrice régionale dans le viseur
Lauriane ne compte pas s’arrêter là. « Changer de magasin, gérer une ouverture ou un site beaucoup plus grand offre une expérience totalement différente », explique-t-elle. Parmi ses objectifs : intégrer un jour le siège social de Lille ou décrocher un poste de directrice régionale, un échelon qui supervise plusieurs magasins simultanément.
En attendant, elle se projette sur le long terme. « Je me projette très bien ici pour les dix années à venir, car je sais que je pourrai continuer à relever des défis et à faire plein de choses différentes. » Un discours optimiste, dans un secteur de la grande distribution où d’autres enseignes connaissent pourtant des turbulences — entre fermetures de magasins et rachats entre concurrents.
Ce qui frappe dans ce parcours, au fond, ce n’est pas tant le montant final — 3 750 euros nets, c’est confortable mais pas extravagant pour une directrice à Paris. C’est la vitesse. Huit ans pour passer de stagiaire à directrice d’un magasin à 36 millions de chiffre d’affaires. À 27 ans, la plupart des diplômés d’école de commerce sont encore en train de négocier leur deuxième augmentation.