À Cuba, il fait rouler sa voiture au charbon faute d’essence
À Cuba, trouver de l’essence est devenu un luxe. Pour certains automobilistes, c’est même tout simplement impossible. Alors plutôt que de laisser sa voiture à l’arrêt, un mécanicien cubain a trouvé une solution radicale : faire brûler du charbon à la place du carburant.
Le résultat est stupéfiant. Sa vieille Polski Fiat 126p roule encore. Pas vite, pas proprement, mais elle roule. Et dans le contexte cubain actuel, c’est déjà un exploit.
Une île à court de carburant

La situation à Cuba ne s’améliore pas. Sous l’effet d’un embargo pétrolier renforcé par l’administration Donald Trump, les approvisionnements en essence se sont considérablement réduits ces dernières années.
Les files d’attente devant les rares stations-service fonctionnelles s’étendent sur des kilomètres. Des conducteurs patientent des jours entiers. Pour beaucoup, aller travailler, livrer des marchandises ou simplement se déplacer devient un vrai casse-tête quotidien.
La pénurie ne touche pas que Cuba. En France aussi, les blocages de dépôts pétroliers ont déjà semé la pagaille dans plusieurs régions, révélant à quel point notre quotidien dépend d’un approvisionnement fragile.
L’idée d’un mécanicien débrouillard
Juan Carlos Pino n’a pas attendu que la situation se règle. Ce mécanicien cubain a décidé de prendre les choses en main et de bricoler une solution avec les moyens du bord.
Son plan : installer un système de gazogène sur sa Polski Fiat 126p. Le principe est simple. On brûle du charbon, la combustion produit un gaz — appelé gaz de synthèse — et ce gaz alimente directement le moteur à la place de l’essence.
Le résultat tient. La voiture redémarre. Juan Carlos peut à nouveau circuler, livrer, travailler.
Une technologie vieille de 80 ans remise au goût du jour

Ce que Juan Carlos a recréé n’est pas une invention nouvelle. Les gazogènes ont été massivement utilisés pendant la Seconde Guerre mondiale, quand les carburants étaient rationnés dans toute l’Europe.
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En France, en Allemagne, en Scandinavie, des milliers de camions, bus et voitures particulières roulaient au bois ou au charbon entre 1940 et 1945. La technologie était fiable, éprouvée, mais lente et contraignante.
Après-guerre, avec le retour de l’abondance pétrolière, les gazogènes ont pratiquement disparu. L’idée de trouver des alternatives au carburant classique n’est pourtant jamais vraiment morte, comme le montre aujourd’hui le succès du bioéthanol E85 en France.
Des contraintes bien réelles
Rouler au charbon, ça fonctionne. Mais ce n’est pas sans inconvénients, loin de là.
Le moteur perd une partie de sa puissance par rapport à un fonctionnement à l’essence. La voiture roule plus lentement, accélère moins bien et réclame un entretien constant du système de combustion.
Il faut aussi alimenter régulièrement le foyer en charbon pendant le trajet. Et la fumée produite est nettement plus dense et plus noire qu’avec un carburant classique. Ce n’est pas franchement discret dans les rues de La Havane.
Mais pour Juan Carlos et ceux qui l’observent, tout cela est secondaire. Le principal, c’est de pouvoir circuler.
Un symbole fort de la débrouillardise cubaine

Cuba a une longue tradition d’ingéniosité mécanique. Les célèbres almendrones — ces voitures américaines des années 1950 qui sillonnent encore les rues de La Havane — en sont l’exemple le plus visible. Faute de pièces d’origine, les mécaniciens cubains les ont maintenues en vie pendant des décennies avec des solutions maison.
La voiture au charbon de Juan Carlos s’inscrit dans cette même logique de survie créative. Elle dit quelque chose d’essentiel sur la situation économique de l’île : quand le système faillit, les gens inventent.
En France, la question du coût des carburants pèse aussi sur les ménages, mais à une tout autre échelle. La comparaison avec Cuba rappelle à quel point la disponibilité du carburant est une infrastructure invisible, qu’on ne remarque que lorsqu’elle disparaît.
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Et si l’essence continuait d’augmenter ?
L’histoire de Juan Carlos fait sourire, intrigue, impressionne. Mais elle soulève aussi une question plus large : jusqu’où peut-on aller quand le carburant devient inaccessible ?
À Cuba, la réponse est : très loin. Des mécaniciens transforment des moteurs diesel en moteurs à charbon. D’autres font rouler des voitures à l’huile de cuisine recyclée. Certains adaptent des moteurs de bateau sur des châssis de camion.
En Europe, les débats sur l’avenir des motorisations alternatives face à l’interdiction des moteurs thermiques en 2035 prennent une dimension différente quand on observe ce qui se passe à 8 000 kilomètres de là.
Les décisions gouvernementales sur les prix des carburants ont des conséquences directes sur la vie quotidienne. Cuba en est l’illustration la plus crue.
Une voiture, un homme, une leçon
Juan Carlos Pino n’a probablement pas cherché à devenir un symbole. Il voulait juste aller travailler.
Sa Polski Fiat 126p qui crache de la fumée noire dans les rues cubaines est pourtant devenue une image forte. Celle d’un homme qui refuse de se laisser immobiliser par un système défaillant.
Moins puissante, plus polluante, plus contraignante : sa voiture au charbon n’a rien d’idéal. Mais elle avance. Et c’est tout ce qui compte pour lui.