Adieu la baignoire : pourquoi plus d’une salle de bains sur deux en France a déjà fait ce choix
Elle trônait autrefois dans chaque salle de bains comme un symbole de confort et de luxe domestique. Aujourd’hui, la baignoire fait figure d’objet encombrant, ringard, et franchement dépassé. Et les Français ne s’en cachent plus : ils l’abandonnent massivement, parfois même en en faisant un argument de négociation immobilière.
Ce n’est pas une impression. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Et la tendance s’accélère d’année en année, au point de transformer en profondeur le visage de nos intérieurs.
Plus d’une salle de bains sur deux sans baignoire
Le chiffre est sans appel. En 2025, 54 % des salles de bains françaises ne contiennent plus de baignoire, selon les données de l’Institut de la maison. Une majorité silencieuse qui a tranquillement opéré sa révolution sans grande déclaration.
Il y a encore quinze ans, la baignoire était presque un passage obligé. Acheter un appartement sans en trouver une relevait de l’exception. Aujourd’hui, c’est l’inverse qui intrigue.
Ce renversement ne s’est pas fait du jour au lendemain. Il reflète une évolution profonde dans la façon dont les Français conçoivent leur espace intime, leur rapport au temps, et même leur vision de l’écologie domestique.
Hervé, 52 ans : la baignoire comme levier de négociation
L’histoire d’Hervé résume à elle seule le changement de mentalité. Quand cet habitant de Toulon a acheté son appartement via l’agence Nestenn, la baignoire présente dans la salle de bains n’était pas un atout à ses yeux — c’était un problème à résoudre.
« Je voulais l’enlever pour y mettre une douche, je l’ai donc inclus dans les discussions pour faire baisser le prix d’environ 5 000 euros », explique-t-il. « Je vieillis et je me projette dans l’avenir. »
Cette dernière phrase dit beaucoup. La baignoire, jadis symbole du bain dominical en famille, est désormais perçue comme un obstacle. Trop haute pour les personnes âgées ou à mobilité réduite, trop grande pour les petits espaces, trop gourmande en eau chaude.
Ce n’est pourtant pas le seul argument qui pèse dans la balance.
Le problème de l’eau : un argument béton
Une baignoire standard nécessite entre 150 et 200 litres d’eau pour être remplie correctement. Une douche classique, elle, tourne autour de 60 litres pour une durée de huit minutes. La douche consomme donc deux à trois fois moins d’eau.
Dans un contexte où les gestes d’économie d’eau deviennent des réflexes du quotidien, difficile de défendre la baignoire sans argumentaire solide.
La facture d’énergie entre également en jeu. Chauffer 180 litres d’eau coûte sensiblement plus cher que faire chauffer l’eau d’une douche. Sur une année, la différence peut représenter plusieurs dizaines d’euros — une logique qui fait mouche, notamment auprès des jeunes propriétaires.
Et il y a une raison encore plus inattendue à cet abandon. Elle touche à quelque chose de plus profond : l’image que l’on veut donner de son intérieur.
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La baignoire, victime collatérale des tendances déco
La salle de bains est devenue, ces dernières années, une véritable pièce de vie. On lui consacre du temps, de l’argent, et une attention esthétique croissante. Les réseaux sociaux ont transformé ces espaces en vitrines.
Dans cet univers où règnent les nouvelles tendances de douches design, la baignoire classique paraît soudainement hors d’époque. Ses lignes droites, sa couleur blanche uniforme, son volume imposant : tout ça sent le passé.
À l’inverse, la douche à l’italienne — et désormais la douche capsule — incarne la modernité. Elle donne une impression d’espace, de fluidité, de sophistication. Elle se fond dans les tendances actuelles qui valorisent les lignes épurées et les matériaux naturels.
Les décorateurs et architectes d’intérieur le confirment : une salle de bains avec une douche de plain-pied se vend mieux, se loue plus facilement, et vieillit mieux visuellement. Ce n’est pas un détail anodin sur le marché immobilier.
Et ce n’est pas tout. Les erreurs de déco qui font paraître un intérieur dépassé incluent souvent, justement, la conservation d’éléments imposants qui écrasent la pièce. La baignoire en fait partie.
Le bidet 2.0 : quand un équipement disparaît, une tendance s’accélère
Le phénomène n’est pas nouveau. Il suffit de penser au bidet : cet équipement, omniprésent dans les salles de bains françaises jusqu’aux années 1980-1990, a pratiquement disparu sans que personne ne le déplore vraiment. Il a été remplacé par des solutions plus pratiques, intégrées, moins encombrantes.
La baignoire suit un chemin similaire, mais plus rapide. La différence, c’est que son abandon est désormais activement recherché, et non subi. Les propriétaires ne se contentent plus d’attendre qu’elle tombe en désuétude : ils la font sortir eux-mêmes.
Le marché de la rénovation l’a bien compris. Les enseignes de bricolage et de décoration proposent des offres spécifiques pour ce type de transformation. Et pour ceux qui veulent transformer leur salle de bains sans gros travaux, des solutions intermédiaires émergent également.
Douche de plain-pied : le grand gagnant
Si la baignoire recule, c’est surtout la douche de plain-pied — appelée aussi douche à l’italienne — qui en bénéficie. Et pas seulement pour des raisons esthétiques.
L’absence de rebord à enjamber est un argument d’accessibilité puissant. Pour les personnes âgées, les enfants en bas âge, ou simplement les personnes ayant des douleurs articulaires, la douche à l’italienne représente un confort quotidien indéniable. C’est exactement ce à quoi Hervé faisait allusion quand il parlait de « se projeter dans l’avenir ».
Cette logique d’adaptation du logement à long terme gagne du terrain. On ne rénove plus seulement pour embellir, mais aussi pour anticiper les années à venir. C’est une tendance de fond, portée notamment par le vieillissement de la population et l’essor des travaux d’adaptation du domicile.
Et du côté des parois de douche elles-mêmes, les évolutions sont aussi notables. Les parois classiques laissent progressivement leur place à de nouvelles solutions qui repensent entièrement l’espace douche.
Immobilier : la baignoire, un critère qui divise
Dans les annonces immobilières, la mention « douche à l’italienne » est devenue un argument de vente à part entière. À l’inverse, certains acheteurs voient désormais la baignoire comme un coût à prévoir : celui de la dépose et du remplacement.
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Le cas d’Hervé n’est pas isolé. Des agents immobiliers rapportent que la question de la baignoire revient régulièrement dans les négociations, notamment dans les appartements de taille intermédiaire où chaque mètre carré compte.
Une salle de bains modernisée avec une belle douche peut, selon les professionnels du secteur, valoriser un bien de 2 000 à 8 000 euros, en fonction de la qualité des matériaux et de la surface disponible. Un investissement qui se rentabilise rapidement à la revente.
Ce changement de perception rejoint d’autres transformations profondes dans la décoration intérieure. Certaines rénovations qui semblaient tendance peuvent au contraire faire baisser la valeur d’un bien — et conserver une vieille baignoire en fait partie.
Ce que disent les pros de la déco
Du côté des professionnels de la décoration, le constat est unanime. La baignoire souffre d’une image « dated », comme disent les Anglo-Saxons — c’est-à-dire datée, marquée par une époque révolue.
« Elle rappelle les salles de bains des années 1980-1990, avec leur carrelage beige et leurs robinetteries dorées », résume un décorateur interrogé par une publication spécialisée. « Aujourd’hui, les clients veulent du minéral, du naturel, des lignes nettes. La baignoire s’inscrit rarement dans cette vision. »
Les choix architecturaux de 2026 vont clairement dans ce sens : épure, lignes continues, matériaux bruts. La baignoire, avec son volume massif et ses courbes généreuses, peine à trouver sa place dans ce nouveau vocabulaire esthétique.
Même constat du côté des revêtements de sol. Les nouveaux sols tendance privilégient la continuité visuelle — difficile à obtenir quand une imposante baignoire blanc brillant domine la pièce.
Et les enfants dans tout ça ?
C’est souvent l’argument numéro un des parents qui hésitent à retirer leur baignoire : « Mais comment on fait baigner les enfants ? »
La réponse est plus simple qu’on ne le croit. Les accessoires de bain pour enfants ont évolué : bains pliables, baignoires bébé compactes posables dans la douche, ou simplement l’adaptation naturelle des enfants à la douche dès l’âge de 3-4 ans. Beaucoup de parents témoignent que la transition s’est faite sans difficulté.
Il existe même des solutions à moins de 5 euros dans des enseignes comme Action pour équiper une salle de bains et répondre aux besoins des plus jeunes sans avoir à conserver une baignoire encombrante.
La baignoire a-t-elle encore un avenir ?
Pour être honnête : oui, mais dans une niche précise. La baignoire îlot — ces modèles autoportants, souvent en fonte ou en pierre, qui trônent au milieu d’une grande salle de bains — connaît un regain d’intérêt dans les intérieurs haut de gamme.
Mais ce n’est plus la baignoire encastrée classique dont on parle. C’est un objet de luxe, presque sculptural, qui joue sur un registre complètement différent : celui de l’exception, de la rareté, de l’expérience sensorielle.
Pour les 90 % des salles de bains françaises qui n’ont pas la place ni le budget pour ce type d’installation, la question est déjà tranchée. La douche a gagné.
Et les tendances de fond — économies d’eau, accessibilité, esthétique contemporaine, valorisation immobilière — ne plaident pas pour un retour en grâce de la baignoire traditionnelle. Du moins pas dans un futur proche.
Pour ceux qui envisagent de franchir le pas, les professionnels recommandent de bien réfléchir aux tendances de décoration qui s’imposent dans les salles de bains en 2025 avant de se lancer dans les travaux. Le choix des matériaux, de la robinetterie et de l’éclairage fera toute la différence entre une salle de bains banale et un espace vraiment réussi.
La baignoire ne disparaîtra probablement pas totalement. Mais comme le bidet avant elle, elle est en train de rejoindre ce musée des équipements que les générations suivantes observeront avec curiosité, en se demandant comment on pouvait trouver ça pratique.