« On m’a traitée comme une criminelle » : à 80 ans, Colette est déclarée positive à la cocaïne lors d’un simple contrôle routier
Colette a 80 ans, n’a jamais touché à la drogue de sa vie et ne prend même pas de médicaments. Pourtant, un samedi de mars, un test salivaire réalisé en bord de route l’a déclarée positive à la cocaïne. Ce qui a suivi ressemble à un cauchemar administratif et humain dont elle peine encore à se remettre. Et son histoire pose une question qui concerne des millions d’automobilistes français.
Un retour tranquille qui vire au cauchemar

Samedi 8 mars dernier, Colette rentre chez elle en Bourgogne après un séjour chez sa fille et ses petits-enfants à Toulouse. Le trajet se passe sans accroc : musique dans l’habitacle, une pause sur une aire d’autoroute pour un café et une part de flan. Rien d’exceptionnel. Rien de suspect.

À quelques kilomètres de chez elle, à la sortie du village de Saint-Aubin-sur-Loire en Saône-et-Loire, les gendarmes l’arrêtent. Motif initial : un excès de vitesse. Colette ne conteste pas. Elle sait qu’elle roulait un peu vite. Ce qu’elle ne sait pas encore, c’est que ce banal contrôle va faire basculer sa journée — et les semaines qui suivront — dans quelque chose qu’elle n’aurait jamais imaginé.
Car les gendarmes ne se contentent pas du PV pour excès de vitesse. Ils lui demandent de se soumettre à un test salivaire de dépistage de stupéfiants. Colette s’exécute sans hésiter. Pourquoi s’inquiéterait-elle ? Elle n’a jamais consommé la moindre drogue. Mais ce qui s’affiche sur le résultat va la clouer sur place.
Positive à la cocaïne : le résultat qui défie toute logique
Le test salivaire revient positif. À la cocaïne. Colette, 80 ans, retraitée sans antécédents judiciaires, sans traitement médical, sans même une boîte d’aspirine dans son armoire à pharmacie. Positive à la cocaïne.
« J’ai cru à une blague », confie-t-elle. Mais personne ne rit. Les gendarmes appliquent la procédure. Et la procédure, quand on est déclaré positif aux stupéfiants au volant, ne fait aucune distinction entre un trafiquant de 30 ans et une grand-mère de 80 ans qui rentre de chez ses petits-enfants.

En France, la conduite sous l’emprise de stupéfiants est un délit passible de 2 ans d’emprisonnement et 4 500 euros d’amende. Le permis peut être suspendu immédiatement. Et tout commence par ce petit bâtonnet en plastique que l’on glisse dans la bouche — un test dont la fiabilité fait régulièrement débat dans les cercles juridiques et médicaux. Mais sur le bord de la route, le résultat fait foi. Et pour Colette, le verdict est tombé.
« Traitée comme une criminelle »
Ce qui marque le plus Colette, au-delà du résultat aberrant, c’est la manière dont elle a été traitée. Une procédure froide, mécanique, qui ne laisse aucune place au doute ni à l’humanité. « On m’a traitée comme une criminelle », lâche-t-elle, encore secouée par l’épisode.
À un âge où la question de la conduite des seniors revient régulièrement dans le débat public, Colette se retrouve dans une situation absurde. Elle qui conduit depuis plus de 50 ans sans incident majeur, elle qui mène une vie active et indépendante, se voit soudain suspecte d’avoir pris le volant sous cocaïne.
La procédure prévoit une contre-analyse. Une prise de sang est réalisée pour confirmer ou infirmer le résultat du test salivaire. Et c’est là que l’affaire prend tout son sens — car les résultats de cette analyse sanguine vont tout changer.
Le test sanguin qui démonte tout
Les résultats tombent. La prise de sang est formelle : aucune trace de cocaïne. Aucune trace de quelque stupéfiant que ce soit. Zéro. Le test salivaire était un faux positif.
Ce type d’erreur n’est pas un cas isolé. Les tests salivaires utilisés lors des contrôles routiers en France affichent un taux de faux positifs qui varie selon les études entre 5 et 10 %. Certains médicaments, certains aliments, voire de simples bains de bouche peuvent déclencher un résultat erroné. Des dizaines de conducteurs sont ainsi confrontés chaque année à des accusations infondées, le temps que la contre-analyse fasse son travail.
Sauf que ce « temps », pour la personne concernée, n’a rien d’anodin. Entre le test salivaire positif et les résultats sanguins, il peut s’écouler plusieurs jours, parfois plusieurs semaines. Des semaines pendant lesquelles le permis peut être suspendu, l’honneur entaché, et le stress psychologique considérable — surtout quand on a 80 ans et que le permis représente toute son autonomie.
Les séquelles invisibles d’une erreur de machine
Colette a été blanchie. Sur le papier, l’affaire est close. Mais dans sa tête, rien n’est terminé. Elle décrit des nuits agitées, une anxiété diffuse, la honte d’avoir dû raconter à ses proches qu’elle avait été « contrôlée positive à la cocaïne ». Même innocentée, la phrase reste. Elle colle.
« Quand vous dites aux gens qu’un test vous a déclarée positive à la cocaïne, ils vous regardent différemment. Même quand vous expliquez que c’était une erreur. Il reste toujours un doute dans leurs yeux », témoigne-t-elle. Le traumatisme est réel, documenté par des psychologues qui accompagnent des personnes victimes de procédures judiciaires ou administratives abusives.
Colette dénonce une procédure « déshumanisée », un système où la machine a le dernier mot — du moins en première instance. Elle ne remet pas en cause la nécessité des contrôles routiers. Elle demande simplement que le doute profite aussi aux octogénaires qui n’ont jamais vu de la cocaïne de leur vie.
Un problème qui dépasse largement le cas de Colette
Son histoire n’est pas un fait divers isolé. Depuis plusieurs années, des avocats spécialisés en droit routier alertent sur la fiabilité des tests salivaires. En 2023, le tribunal correctionnel de Limoges avait relaxé un conducteur après avoir démontré que son test salivaire positif au cannabis était dû à une exposition passive dans un lieu fermé.
Le débat est d’autant plus sensible que les contrôles se multiplient. En 2024, les forces de l’ordre ont réalisé plus de 500 000 dépistages salivaires de stupéfiants sur les routes françaises. Un chiffre en hausse constante. Plus on teste, plus les faux positifs apparaissent — et plus des personnes comme Colette se retrouvent broyées par une mécanique aveugle.
Par ailleurs, la question de l’aptitude à la conduite et des contrôles imposés aux automobilistes fait l’objet de débats récurrents en France. Si des réformes sont régulièrement envisagées pour les seniors au volant, le sujet de la fiabilité des outils de contrôle eux-mêmes reste curieusement absent des discussions.
Ce que Colette réclame aujourd’hui
Colette ne demande pas d’argent. Elle ne veut pas de procès. Ce qu’elle veut, c’est que son histoire serve à quelque chose. Que les pouvoirs publics se penchent sérieusement sur la fiabilité de ces tests. Que la procédure intègre une dose d’humanité quand le résultat est manifestement incohérent avec le profil du conducteur.
Elle demande aussi que les délais de contre-analyse soient réduits. Attendre des jours dans l’angoisse, à 80 ans, en se demandant si on va perdre son permis pour un crime qu’on n’a pas commis — c’est une épreuve que personne ne devrait traverser. Surtout quand la perte d’autonomie des seniors est déjà un sujet de préoccupation national.
Grande, alerte, toujours souriante malgré tout, Colette continue de prendre le volant. Mais à chaque contrôle de gendarmerie, elle sent son cœur s’accélérer. « Avant, je m’arrêtais sans y penser. Maintenant, j’ai peur. Peur qu’une machine décide encore une fois que je suis quelqu’un que je ne suis pas. » Une phrase qui résume, à elle seule, tout ce qui ne va pas.