Accident de plongée à Angers : deux militaires meurent lors de leur avant-dernière plongée d’entraînement
Ils étaient à une plongée de la fin. Dans la nuit du lundi 4 au mardi 5 mai, deux militaires de 24 et 30 ans ont trouvé la mort lors d’un exercice de plongée de combat dans la Maine, à Angers. Le sergent Bin Chen et le caporal-chef Axel Deplanque étaient des plongeurs expérimentés, engagés dans une formation de dix semaines. La plongée fatale était la 55e sur 56 prévues. L’avant-dernière. L’enquête, confiée au parquet de Rennes, doit déterminer ce qui s’est passé sous ce pont dans l’obscurité.

Contact perdu à 2 heures du matin
L’exercice avait débuté vers 23 heures, dans les eaux sombres de la Maine. Pendant trois heures, tout s’est apparemment déroulé normalement. Puis, aux alentours de 2 heures du matin, le contact a été perdu avec les deux plongeurs. C’est le procureur de la République d’Angers, Éric Bouillard, qui a révélé cette chronologie glaçante à l’AFP.
Les recherches ont été lancées immédiatement. Quand les pompiers ont retrouvé les deux hommes et les ont sortis de l’eau, ils étaient tous les deux en arrêt cardio-respiratoire. Malgré les tentatives de réanimation, leur décès a été constaté à l’hôpital aux alentours de 4h30 du matin. En quelques heures, deux vies ont basculé dans le silence d’une rivière.
Selon les premiers éléments de l’enquête, les deux plongeurs auraient pu se retrouver coincés dans la cavité d’une pile d’un pont enjambant la rivière. Un piège sous-marin dans une eau à faible profondeur, lors d’un simple palmage en surface. Pas une plongée extrême, pas une mission en eaux profondes. Mais cette information reste à confirmer, et c’est là toute la question qui hante désormais les enquêteurs.
Des plongeurs « assez confirmés » à une plongée de la fin

Ce qui rend ce drame encore plus difficile à comprendre, c’est le profil des deux victimes. Le sergent Bin Chen, 30 ans, appartenait au 1er Régiment étranger de génie de Laudun, dans le Gard. Le caporal-chef Axel Deplanque, 24 ans, servait au 6e Régiment du génie d’Angers. Deux régiments différents, deux parcours, mais une même spécialité exigeante : le combat en milieu aquatique.
Le général Arnaud de Richoufftz de Manin, commandant de l’école du génie, a tenu à souligner qu’il ne s’agissait pas de débutants. « Ces plongeurs étaient déjà assez confirmés », a-t-il affirmé. Tous deux avaient suivi une « formation très rigoureuse, précise et longue ». Ils devaient effectuer 56 plongées à l’oxygène au total. Celle de cette nuit-là était la 55e. L’avant-dernière.
Autrement dit, dans quelques jours, ces deux hommes auraient terminé leur stage et décroché leur qualification de plongeur de combat du génie. Dix semaines de préparation intense, des dizaines de plongées réussies, et tout bascule à la dernière ligne droite. Le général a également précisé que les conditions de plongée étaient « réunies » ce soir-là. Rien, sur le papier, ne laissait présager un tel accident.
Une formation d’élite de dix semaines entre le Var et Angers
Le stage auquel participaient les deux militaires n’est pas une simple initiation. Le ministère des Armées détaille un programme structuré en deux modules, réparti sur dix semaines. Le premier, à vocation technique, dure sept semaines et se déroule à Saint-Mandrier, dans le Var. Le second, tactique, dure trois semaines et a lieu à Angers, au cœur des eaux intérieures.
C’est dans ce second volet, dédié aux opérations en rivière, que le drame est survenu. Les régiments du génie de l’armée de Terre disposent de plongeurs de combat spécialement formés pour des missions de renseignement, de préparation et d’appui aux opérations de franchissement. Ce sont des spécialistes qui opèrent là où d’autres ne vont pas : de nuit, dans des eaux troubles, sous des ouvrages d’art, avec un matériel spécifique.
Comme l’a rappelé un récent drame en mer impliquant un marin disparu au large de Toulon, les opérations aquatiques militaires restent parmi les plus dangereuses, même en temps de paix. L’entraînement reproduit les conditions réelles, avec les risques qui vont avec. Mais cette nuit-là, quelque chose a dérapé dans un exercice qui semblait parfaitement maîtrisé.
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Le parquet de Rennes reprend l’enquête
Dès mardi matin, le parquet d’Angers s’est dessaisi de l’affaire au profit du parquet de Rennes, qui dispose d’une compétence spécifique pour les affaires impliquant des militaires. Une décision classique dans ce type de dossier, mais qui montre que l’enquête sera menée avec la rigueur réservée aux incidents graves au sein des forces armées.

L’enquête a été confiée à la brigade de recherches de la gendarmerie d’Angers. Le parquet de Rennes a fait savoir qu’il ne souhaitait pas, à ce stade, communiquer sur les circonstances exactes de l’accident. Une prudence qui laisse entendre que de nombreuses questions restent en suspens : comment deux plongeurs expérimentés ont-ils pu se retrouver piégés lors d’un palmage en surface ? Les équipements étaient-ils conformes ? Y avait-il un facteur extérieur, comme le courant ou un obstacle non cartographié ?
Ce type d’accident rappelle d’autres drames survenus lors d’entraînements militaires, comme ce crash d’avion militaire dans les Alpes-de-Haute-Provence. La question récurrente est toujours la même : comment un exercice préparé, encadré et répété peut-il tourner au drame ? C’est précisément ce que l’enquête devra établir.
Minute de silence à l’Assemblée et hommages officiels
La mort des deux militaires a immédiatement provoqué une vague d’émotion au plus haut niveau de l’État. Dès mardi, en préambule des questions au gouvernement, une minute de silence a été observée à l’Assemblée nationale. Yaël Braun-Pivet, présidente de l’institution, a pris la parole : « Ils s’étaient engagés au service de leur patrie, ils ont consacré leur vie à la France, ils l’ont servie avec courage et dignité et sont morts pour elle. »
La ministre des Armées, Catherine Vautrin, a également réagi sur X : « C’est avec une profonde tristesse que j’apprends le décès accidentel du sergent Bin Chen du 1er régiment étranger du génie et du caporal-chef Axel Deplanque du 6e régiment du génie, lors d’un exercice de plongée dans la Maine. » Des mots sobres, à la hauteur du sacrifice. Car même si ces deux soldats ne sont pas tombés sur un théâtre d’opérations extérieures, comme ce soldat français mort au Liban, ils sont morts en servant leur pays.
Le général de Richoufftz de Manin a lui-même exprimé la douleur de toute la communauté militaire avec des mots qui résonnent : « C’est très douloureux de perdre des camarades en opération, et c’est très douloureux à l’entraînement. Ça souligne aussi la difficulté et l’exigence de nos métiers dans l’armée, et la spécialité des plongeurs. »
Ce que l’on ignore encore
Beaucoup de zones d’ombre persistent. La cavité sous le pont est-elle un danger connu des instructeurs ? Les deux plongeurs étaient-ils en binôme lors du palmage, ou séparés ? Leur équipement à oxygène a-t-il fonctionné normalement ? Autant de questions auxquelles seule l’enquête de la gendarmerie pourra répondre.
Ce qui est certain, c’est que deux hommes de 24 et 30 ans, engagés dans l’une des formations les plus exigeantes de l’armée française, ne rentreront pas chez eux. Ils étaient à une plongée de terminer. C’est peut-être ça, le détail le plus insupportable de cette histoire. Le travail sous-marin de l’armée fait régulièrement l’actualité pour ses exploits. Cette fois, c’est un drame qui rappelle que derrière chaque mission, même d’entraînement, des vies sont en jeu.
- 07/05/2026 à 06:58Dans ce type de situation, l'affaire doit déjà être clôturée, car l'armée ne divulgue généralement pas beaucoup d'informations. Des manœuvres inexactes, de l'équipement défectueux, des missions trop difficiles, il serait possible d'établir une longue liste des causes de leur mort parmi ces deux héros qui ont eu l'honneur de servir la France. Où sont les personnes responsables ?
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