« Je ne recommencerai jamais » : condamné pour agressions sexuelles sur sa belle-fille, il épouse la mère de la victime avant le procès
Condamné pour des agressions sexuelles commises sur sa belle-fille mineure, un homme de 47 ans a vu sa compagne — la mère de la victime — l’épouser quelques jours avant l’audience. Au tribunal d’Amiens, mardi 28 avril, les magistrats ont découvert une affaire où la trahison familiale rivalise avec l’horreur des faits reprochés. Et où une adolescente s’est retrouvée seule face à tout son entourage.
Des faits étalés sur plus d’un an

Abdenacer M., 47 ans, comparaissait devant le tribunal correctionnel d’Amiens pour des agressions commises sur sa belle-fille entre fin 2022 et début 2024. Des attouchements, des propos à caractère sexuel et une exhibition : voilà ce que la jeune fille, mineure au moment des faits, a dénoncé aux enquêteurs. Une période de près d’un an et demi pendant laquelle l’adolescente vivait sous le même toit que son agresseur présumé.

Le prévenu, lui, a nié les faits en bloc devant les magistrats. Mieux : il s’est présenté lors de l’audience comme un « beau-père parfait », selon le récit de l’audience rapporté par nos confrères du Courrier Picard. Un père modèle, un compagnon exemplaire, un homme irréprochable. Sauf que des messages retrouvés dans son téléphone racontent une tout autre histoire.
Un SMS qui fait tout basculer
Parmi les éléments versés au dossier, des textos envoyés par Abdenacer M. à sa belle-fille ont été lus à l’audience. L’un d’eux est sans équivoque : « Pardon. Je me ferai pardonner, je ne recommencerai jamais. » Difficile de clamer son innocence quand on s’excuse de faits qu’on prétend ne pas avoir commis. Ce message, à lui seul, a sérieusement fragilisé la ligne de défense du prévenu.
Mais ce SMS n’était pas isolé. Après les faits, l’adolescente a été placée en foyer. Loin d’être soulagée, elle a reçu jusqu’à vingt messages par jour de la part de son beau-père. Pas des excuses, cette fois. Des pressions. « Tu détruis ta famille », « ton petit frère va être placé à cause de toi » : voilà le genre de phrases que recevait une mineure, seule dans un foyer, qui avait eu le courage de parler. Un mécanisme de culpabilisation de la victime tristement classique dans ce type de dossier.

Vingt messages par jour pendant des semaines. L’objectif était limpide : faire taire la jeune fille avant que l’affaire n’arrive devant la justice. Et c’est justement ce qui s’est passé ensuite qui rend cette affaire encore plus glaçante pour les magistrats.
Un mariage célébré quelques jours avant le procès
On pourrait croire que la mère, informée des accusations portées contre son compagnon, aurait pris ses distances. C’est exactement l’inverse qui s’est produit. Quelques jours à peine avant l’ouverture du procès, elle a épousé Abdenacer M. Un mariage célébré alors que la date d’audience était déjà fixée, que les faits étaient connus, que sa propre fille avait parlé.
Lors de l’audience, la mère aurait elle-même reconnu l’étrangeté de sa décision. « C’est moche de se marier avec l’agresseur de sa fille », aurait-elle déclaré à la barre, selon le Courrier Picard. Une phrase qui résonne comme un aveu d’impuissance plus que comme un acte de lucidité. Ce type de situation rappelle d’autres affaires où des mères se retrouvent complices des violences subies par leurs propres enfants, parfois sous emprise.
Le mariage pose aussi une question juridique : en épousant le prévenu, la mère pouvait invoquer le droit au silence conjugal et refuser de témoigner contre lui. Coïncidence ou stratégie, le timing interroge. Mais pour l’adolescente, le message était clair : sa propre mère avait choisi son camp. Et ce n’était pas le sien.
Une adolescente seule contre sa famille
Le jour de l’audience, la composition de la salle en disait long. D’un côté, le prévenu, entouré de la famille maternelle de la victime. Des proches qui, d’après les informations rapportées, ont « largement soutenu » Abdenacer M. pendant les débats. De l’autre, l’adolescente. Accompagnée non pas de ses parents, non pas de ses oncles ou tantes, mais d’éducatrices de son foyer et d’une amie.
Cette image résume à elle seule la double peine que vivent certaines victimes de violences intrafamiliales. Les faits d’abord. L’isolement ensuite. Quand une enfant dénonce son beau-père, c’est rarement suivi d’applaudissements. C’est souvent suivi de menaces, de rejets, de pressions pour « préserver la famille » — au détriment de celui ou celle qui a subi les violences.
Dans d’autres affaires similaires, comme le témoignage de Coline Berry devant l’Assemblée nationale, des victimes ont raconté ce même mécanisme : la famille se referme non pas autour de la victime, mais autour de l’agresseur. Le silence devient la norme. La parole, une trahison.
Deux ans de prison, dont un sous bracelet
Au terme de l’audience, le tribunal d’Amiens a condamné Abdenacer M. à deux ans de prison, dont un an ferme aménagé sous bracelet électronique. Le second année est assortie d’un sursis. Un quantum de peine qui, pour beaucoup d’observateurs et de lecteurs, pose la question de la réponse pénale face aux agressions sexuelles sur mineurs.
Pour comparaison, des infractions sans violence physique — comme le trafic ou des atteintes matérielles — entraînent parfois des peines plus lourdes. Un décalage régulièrement pointé par les associations de protection de l’enfance, qui militent pour des sanctions à la hauteur du traumatisme subi par les victimes.
Le condamné dispose de dix jours pour faire appel de cette décision. Il nie toujours les faits, malgré les textos lus à l’audience et les déclarations concordantes de la victime. Sa ligne de défense — celle du beau-père modèle injustement accusé — n’a visiblement pas convaincu les magistrats.
Ce que cette affaire dit de la justice et de l’emprise
Au-delà du verdict, le dossier d’Amiens illustre un phénomène bien documenté : l’emprise exercée par l’agresseur sur l’ensemble du cercle familial. Les pressions par SMS sur la victime, le soutien de la famille au prévenu, le mariage de la mère — tout converge vers un seul objectif : faire disparaître la parole de l’adolescente sous le poids du clan.
Ce schéma n’est pas nouveau. Il a été décrit dans de nombreuses affaires médiatisées, des révélations sur des familles connues aux témoignages de victimes devenues adultes qui racontent des années de silence imposé. À chaque fois, le même constat : dénoncer ne suffit pas. Encore faut-il être entendu — et soutenu.
L’adolescente, elle, a parlé. Elle a été crue par la justice. Mais elle a dû affronter son procès sans sa famille, face à un homme qui venait d’épouser sa mère. À Amiens, ce mardi 28 avril, la loi a fait son travail. Reste à savoir si la peine prononcée sera à la mesure du courage qu’il a fallu à cette jeune fille pour briser le silence.