Un avion EasyJet visé par des mortiers d’artifice en plein atterrissage à Orly
Un pilote d’EasyJet a été contraint de remettre les gaz en urgence dimanche à l’aéroport d’Orly. La raison : des tirs de mortiers d’artifice lancés depuis le sol, à quelques centaines de mètres de la piste. Derrière ces tirs, un cortège de mariage d’une quinzaine de véhicules. Récit d’un incident qui aurait pu virer au drame.
Des étincelles et de la fumée en pleine approche finale

Dimanche, vers 17h40, un avion de la compagnie EasyJet entame sa procédure d’atterrissage à l’aéroport de Paris-Orly. Tout semble normal. Jusqu’à ce que le commandant de bord aperçoive des étincelles et des nuages de fumée à proximité immédiate de la piste.
À ce moment-là , plusieurs personnes sont en train de tirer une dizaine de mortiers d’artifice depuis l’angle de la rue Lamartine et de la rue du 8-Mai-1945, à Villeneuve-le-Roi, dans le Val-de-Marne. C’est-à -dire juste en dessous de la trajectoire d’approche de l’appareil. Le pilote ne prend aucun risque : il remet les gaz immédiatement et repart faire un tour dans les airs avant de pouvoir enfin se poser.
Cette manÅ“uvre, appelée « remise de gaz », est une procédure de sécurité standard en aviation. Mais elle n’est jamais anodine. Elle signifie que les conditions d’atterrissage ne sont plus jugées sûres. Ce type d’incident rappelle d’ailleurs les problèmes de sécurité aérienne qui font régulièrement la une de l’actualité.
Un cortège de mariage avec quads et mortiers
La gendarmerie des transports aériens (GTA) est alertée dans la foulée et envoie immédiatement une patrouille sur les lieux. Ce qu’ils découvrent sur place dépasse le simple pétard du 14 juillet.
Selon les informations révélées par Le Parisien, les gendarmes tombent sur un cortège de mariage composé d’une quinzaine de véhicules. On y retrouve des voitures, mais aussi des quads. Et surtout, des individus en train de tirer des mortiers d’artifice en l’air, en direction de la trajectoire de l’avion de ligne.
Des témoins ont filmé la scène. Les images, sans équivoque, montrent clairement plusieurs personnes lançant des engins pyrotechniques vers le ciel, précisément là où un avion commercial rempli de passagers était en train de descendre. Un scénario hallucinant, qui s’est produit en plein jour, un dimanche après-midi.
Un danger réel pour l’aviation civile

Il faut comprendre une chose : un mortier d’artifice tiré à proximité d’un aéroport, ce n’est pas juste une incivilité. C’est un danger potentiellement mortel. Un engin pyrotechnique aspiré par un réacteur peut provoquer une panne moteur. Des étincelles et de la fumée près de la piste peuvent aussi aveugler un pilote en phase critique d’atterrissage.
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Les abords des aéroports sont des zones strictement réglementées. L’usage de tout type de feu d’artifice y est évidemment interdit. On se souvient des incidents graves survenus sur des pistes qui prouvent à quel point l’environnement immédiat d’un aéroport est un espace critique où la moindre perturbation peut avoir des conséquences dramatiques.
Dans ce cas précis, le sang-froid du commandant de bord a permis d’éviter le pire. Mais combien de passagers étaient à bord de cet avion ? Combien de vies ont été mises en danger pour un cortège de mariage ? La question mérite d’être posée.
Ce n’est pas un phénomène isolé
Ce genre d’incident a tendance à se multiplier ces dernières années en France. Les tirs de mortiers d’artifice, initialement cantonnés aux nuits de réveillon, se sont banalisés lors de mariages, de fêtes et même de simples rassemblements. Les forces de l’ordre en font régulièrement les frais. Mais cette fois, c’est l’aviation civile qui est directement concernée.
Les zones proches d’Orly, l’un des aéroports les plus fréquentés de France, sont densément peuplées. Les avions passent à très basse altitude au-dessus de Villeneuve-le-Roi, Athis-Mons ou encore Paray-Vieille-Poste. Tirer des mortiers à cet endroit, c’est viser quasi-littéralement les appareils en approche. Difficile de plaider l’ignorance quand on vit sous un couloir aérien aussi fréquenté.
D’autres incidents liés à l’aviation continuent d’inquiéter le public, comme ce crash mystérieux en Irak ou encore ces situations ubuesques qui rappellent que la sécurité aérienne reste un sujet sensible.
Quelles suites judiciaires ?

La gendarmerie des transports aériens a ouvert une enquête. Les images tournées par les témoins constituent des preuves solides. L’identification des tireurs devrait être facilitée par le caractère très visible du cortège : une quinzaine de véhicules avec des quads, ça ne passe pas inaperçu.
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Les faits pourraient être qualifiés de « mise en danger de la vie d’autrui », voire de « violence avec arme » (les mortiers d’artifice étant considérés comme des artifices dangereux). Les peines encourues sont lourdes. Selon le Code pénal, la mise en danger délibérée de la vie d’autrui est passible d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende. Mais si les tirs sont considérés comme une entrave à la navigation aérienne, c’est le Code de l’aviation civile qui s’applique, avec des sanctions encore plus sévères.
Du côté des règles de sécurité aérienne, cet incident pourrait aussi relancer le débat sur le renforcement de la surveillance aux abords des aéroports français.
Le pilote, héros discret de cette histoire
On parle beaucoup des tireurs. Mais il y a un homme dont on ne connaît pas le nom et qui a probablement sauvé des dizaines de vies ce dimanche. Le commandant de bord de ce vol EasyJet a pris en une fraction de seconde la décision de ne pas atterrir. À quelques dizaines de mètres du sol, avec un appareil chargé de passagers, cette décision demande un sang-froid remarquable.
Remettre les gaz, c’est pousser les moteurs à pleine puissance alors qu’on est en configuration d’atterrissage, train sorti, volets déployés. C’est une manÅ“uvre que les pilotes pratiquent en simulateur mais qu’ils n’ont que rarement à exécuter dans la vraie vie. Ici, elle était vitale.
L’avion a finalement pu se poser sans encombre après avoir effectué un circuit d’attente dans les airs. Tous les passagers sont sains et saufs. Mais l’incident laisse un goût amer. Et une question simple : comment peut-on encore, en 2025, tirer des mortiers d’artifice au bout d’une piste d’aéroport international sans que personne n’intervienne avant qu’un avion soit directement menacé ?
Une chose est sûre : ce dimanche à Orly, la fête de quelques-uns aurait pu devenir le cauchemar de tous. Et il s’en est fallu de très peu. Les autorités sont sous pression pour renforcer la sécurité aux abords des infrastructures critiques. Reste à savoir si cet incident sera le dernier avertissement ou s’il faudra un drame pour que les choses changent.