Patrick Balkany utilisait des policiers municipaux comme domestiques — un an ferme requis
Courses à porter, cigarettes à aller chercher, trajets personnels vers l’aéroport ou sa résidence de campagne… Trois policiers municipaux et un agent détaché servaient de « domestiques » à l’ancien maire de Levallois-Perret, selon le parquet. Le tribunal correctionnel de Nanterre a entendu des réquisitions sévères : un an de prison ferme et 150 000 euros d’amende.
Des policiers transformés en « hommes à tout faire »
C’est une affaire qui résume à elle seule les dérives du pouvoir local poussé à l’extrême. Patrick Balkany, 76 ans, figure controversée de la politique des Hauts-de-Seine, comparaissait devant le tribunal correctionnel de Nanterre pour détournement de fonds publics. Au cœur du dossier : l’affectation de trois policiers municipaux et d’un agent de police détaché en tant que « conducteurs de sécurité » au cabinet du maire.
Sauf que ces agents n’avaient rien de gardes du corps officiels. Selon le ministère public, cette création de service s’est faite sans « expression de besoin », hors de tout cadre légal et sans « arrêté de titularisation ». Un montage qui permettait à l’élu, selon le procureur Camille Siegrist, d’« avancer masqué par rapport à la légalité » et d’échapper au contrôle de la préfecture. Comme d’autres élus visés pour détournement, Balkany est accusé d’avoir confondu argent public et confort personnel.
Courses, cigarettes et trajets privés vers Giverny
Le réquisitoire du parquet a dressé un portrait accablant du quotidien de ces agents. « Corvéables de jour comme de nuit », selon les termes du procureur, les policiers municipaux étaient chargés de porter les courses de l’édile, d’aller lui chercher des cigarettes ou encore d’effectuer des trajets personnels vers l’aéroport et vers sa résidence secondaire de Giverny, dans l’Eure.
Le ministère public n’a pas mâché ses mots, décrivant une « médiocrité sans nom » et une « confusion des rôles » totale. L’accusation a qualifié ces agents de la force publique de « larbins, hommes de main, de confiance, hommes à tout faire », voire « quasiment des domestiques ». Des fonctionnaires payés par le contribuable de Levallois-Perret pour servir les caprices d’un seul homme.

Cette affaire rappelle d’autres scandales liés aux fonds publics détournés par des personnalités politiques françaises. Un phénomène qui érode la confiance des citoyens envers leurs représentants.
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Le « fait du prince » : comment Balkany a contourné tous les contrôles
L’affectation de ces policiers au cabinet du maire a été décidée « par le fait du prince », selon l’expression du parquet. Concrètement, aucune procédure administrative normale n’a été suivie. Pas d’arrêté de titularisation, pas de validation par la hiérarchie policière, pas de signalement à la préfecture. Un circuit parallèle créé de toutes pièces pour servir les intérêts privés de l’élu.
Face au tribunal, Patrick Balkany s’est présenté comme un « maire paternaliste » qui aimait inviter son personnel. Un argument que le procureur a balayé d’un revers : « Ce n’est pas par gentillesse qu’elles sont invitées. » Le magistrat a décrit un élu qui « emmène sa cour, qui le suit », bien loin de l’image bienveillante revendiquée par l’ancien maire.
Des notes de frais exorbitantes aux emplois fictifs, la frontière entre service public et service privé semble parfois bien mince chez certains élus. On se souvient notamment des notes de frais d’Anne Hidalgo qui avaient fait polémique.
Un réquisitoire cinglant : « On ne badine pas avec les règles »
« On ne badine pas avec le respect des règles », a martelé le procureur Camille Siegrist. Le parquet a requis une peine de deux ans d’emprisonnement dont un an ferme, assortie d’un sursis probatoire de trois ans pour la partie non ferme. À cela s’ajoutent 150 000 euros d’amende et, surtout, dix ans d’interdiction du droit de vote, d’éligibilité et d’exercer toute fonction publique.

« Être maire, ça veut dire qu’on est élu mais pas l’élu », a souligné le magistrat, rappelant que la fonction est un « sacerdoce » et non celle d’un « démiurge omnipotent ». Une phrase lourde de sens pour un homme qui a régné sur Levallois-Perret pendant des décennies. Le procureur a également réclamé que l’ancien élu rembourse « les sommes dues à la partie civile et aux pouvoirs publics ».
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L’affaire s’inscrit dans une longue série de détournements de fonds qui défraient la chronique, en France comme à l’étranger.
Balkany face à la justice : un feuilleton sans fin
Pour Patrick Balkany, ce procès n’est qu’un épisode de plus dans une relation tumultueuse avec la justice. Déjà condamné en 2020 pour fraude fiscale et blanchiment, l’ancien maire connaît bien les salles d’audience. Cette nouvelle affaire de détournement de fonds publics vient alourdir un casier judiciaire déjà conséquent.
Le parquet a d’ailleurs insisté sur ce point : malgré l’éloignement des faits dans le temps, « le temps n’a pas tout effacé, au contraire ». La confiance du contribuable a été « trahie », et cette trahison mérite sanction, même des années plus tard. D’autres personnalités politiques, comme Édouard Philippe ou Carla Bruni, ont également eu maille à partir avec la justice ces derniers mois.
Le tribunal rendra sa décision dans les prochaines semaines. En attendant, l’affaire pose une question simple mais fondamentale : quand un élu utilise des fonctionnaires publics comme personnel de maison, qui paie vraiment l’addition ? La réponse, on la connaît. Ce sont toujours les mêmes : les contribuables. Et le procureur l’a rappelé avec une formule qui résume tout le dossier : la fonction de maire est un « sacerdoce », pas un trône.
