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Confondu avec un fugitif, il passe 2 ans en hôpital psychiatrique à Hawaï

Publié par Gabrielle Nourry le 05 Avr 2026 à 8:06

Imaginez. Vous dormez dans la rue, la police vous réveille, et votre vie bascule. Pendant deux ans, un homme a été enfermé dans un hôpital psychiatrique à Hawaï parce qu’on le prenait pour quelqu’un d’autre. Plus il criait son innocence, plus on le croyait fou. Cette histoire, digne d’un film d’horreur administratif, vient de se conclure par une indemnisation de 850 000 euros.

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Endormi sur un trottoir, arrêté comme un criminel

Trottoir devant un refuge pour sans-abri à Honolulu

En mai 2017, Joshua Spriestersbach, 55 ans, fait la queue devant un refuge pour sans-abri à Honolulu. Épuisé, il s’endort sur le trottoir. La police l’interpelle. Lui pense que c’est simplement pour avoir occupé la voie publique. Rien de grave, a priori. Sauf que les agents ne voient pas un homme fatigué : ils voient un fugitif recherché pour une affaire de drogue.

Le fugitif en question s’appelle Thomas Castleberry. Et la confusion remonte à 2011, selon les informations rapportées par Ouest-France. Six ans plus tôt, Joshua avait été réveillé par la police alors qu’il dormait dans un collège. Ce jour-là, il avait donné le nom de son grand-père : Castleberry. Cette information avait été ajoutée à son dossier avec sa photo. Personne n’a jamais corrigé l’erreur.

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Des papiers d’identité ignorés, des empreintes jamais vérifiées

« Ce n’est pas moi. » Joshua l’a répété encore et encore. Il avait ses papiers d’identité. Il pouvait prouver où il se trouvait au moment des faits reprochés à Castleberry. Mais personne n’a pris la peine de vérifier. Ni les photos, ni les empreintes digitales, comme le détaille l’Associated Press.

Ce qui devait être une simple erreur administrative est devenu un engrenage implacable. Joshua pensait que tout allait se résoudre rapidement. Il ne savait pas encore qu’il venait d’entrer dans un cauchemar de deux ans.

Plus il clamait son innocence, plus on le croyait fou

Couloir d'un hôpital psychiatrique avec porte fermée
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Joshua Spriestersbach a été transféré dans un hôpital psychiatrique. Et c’est là que l’histoire prend une dimension kafkaïenne. Chaque fois qu’il affirmait ne pas être Thomas Castleberry, le personnel médical y voyait une preuve supplémentaire de délire. La justice a elle-même résumé la situation dans son compte rendu : « Plus M. Spriestersbach criait son innocence, plus le personnel et les médecins pensaient qu’il délirait et était psychotique. »

Il a été lourdement médicamenté. Traité comme un patient psychotique. Ses protestations, ses papiers, ses explications : tout a été balayé. On pense à d’autres cas où une identification erronée a conduit à l’enfermement d’innocents. Ici, le système entier — police, justice, hôpital — fonctionnait en boucle fermée.

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Un psychiatre finit par l’écouter

Il aura fallu attendre qu’un seul professionnel prenne le temps de l’écouter vraiment. Un psychiatre a décidé de mener ses propres recherches au lieu de s’en tenir au dossier. Les résultats sont tombés vite. Les photographies ne correspondaient pas. Les empreintes digitales non plus.

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Mieux encore : Thomas Castleberry, le véritable fugitif, était détenu dans une prison en Alaska depuis 2016. Un an avant l’arrestation de Joshua. L’homme que tout le monde cherchait à Hawaï était derrière les barreaux à des milliers de kilomètres. Un détective a été mandaté pour confirmer l’erreur, et la vérité a enfin éclaté.

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Libéré dans la discrétion, traumatisé à vie

Tribunal d'Honolulu au coucher du soleil

En janvier 2020, Joshua Spriestersbach est enfin libéré. Mais pas dans la lumière. Dans la plus grande discrétion. Le Hawaii Innocence Project a pointé une responsabilité partagée : la police, les avocats, le ministère public et l’hôpital ont tous contribué à cette terrible erreur judiciaire.

Le plus glaçant ? Aucun document officiel n’a été établi pour corriger la méprise. Comme l’a relevé le Hawaii Innocence Project : « Il n’y a pas de document ou d’inscription qui reflète cette erreur judiciaire ni aucun document qui indique officiellement que M. Spriestersbach n’est pas Thomas Castleberry. » Sur le papier, l’erreur n’existe quasiment pas.

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Après sa libération, Joshua a d’abord été placé dans un foyer, puis accueilli par sa sœur dans le Vermont. Mais les séquelles sont profondes. Sa sœur témoigne : « Il a tellement peur qu’on l’emmène à nouveau. » Un homme brisé, qui n’ose plus sortir de chez lui.

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850 000 euros : le prix de deux ans volés

Le tribunal a récemment condamné la ville et le comté d’Honolulu à verser 950 000 dollars — environ 850 000 euros — à Joshua Spriestersbach. Une somme qui reconnaît officiellement l’ampleur du préjudice subi. Deux ans d’enfermement injustifié, des médicaments lourds administrés de force, un traumatisme qui ne s’effacera probablement jamais.

Est-ce que 850 000 euros suffisent à compenser tout ça ? Difficile à dire. Ce qui est certain, c’est que cette affaire met en lumière les failles béantes d’un système censé protéger les citoyens. Une photo mal attribuée en 2011, jamais corrigée, et c’est toute une vie qui déraille six ans plus tard. On a vu d’autres cas où une erreur dans le système a eu des conséquences dramatiques.

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Une affaire qui interroge sur les garde-fous

Ce dossier soulève une question simple mais vertigineuse : comment est-il possible qu’en 2017, avec toute la technologie disponible, personne n’ait pris cinq minutes pour comparer deux photos ou deux jeux d’empreintes ? Joshua avait ses papiers sur lui. Il donnait son vrai nom. Et pourtant, le système a préféré croire un dossier truffé d’erreurs plutôt qu’un être humain.

L’affaire rappelle aussi d’autres situations où des innocents sont pris pour cible par erreur. Quand la machine judiciaire s’emballe, il faut parfois des années — et beaucoup de chance — pour qu’un seul individu décide de lever le doigt et de dire : « Attendez, on a peut-être fait une erreur. »

Pour Joshua Spriestersbach, ce psychiatre a été cette personne. Sans lui, combien de temps encore aurait-il été enfermé ? La réponse fait froid dans le dos. Cette erreur judiciaire restera comme l’un des exemples les plus absurdes et les plus terrifiants de dysfonctionnement institutionnel.

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