Il escalade la Sphere de Las Vegas pour une femme enceinte sans-abri : la justice l’a condamné à la prison

Un Américain de 26 ans se fait appeler le « Spiderman pro-life ». Son exploit : grimper à mains nues sur la gigantesque Sphere de Las Vegas, ce dôme couvert d’écrans LED devenu l’un des monuments les plus photographiés au monde. Son objectif affiché : récolter de l’argent pour une femme enceinte sans-abri. Sauf que l’histoire ne s’arrête pas là. Entre dégâts colossaux, organisation controversée et témoignages glaçants de femmes qui disent avoir été manipulées, cette affaire vire au dossier bien plus sombre qu’un simple coup d’éclat.
Un live-stream à flanc de monument
Maison Des Champs n’en est pas à son premier coup. Ce militant anti-avortement originaire de Las Vegas avait déjà fait parler de lui pour des actions spectaculaires. Mais cette fois, il a visé le symbole ultime de sa ville : la Sphere, cette sphère géante de 112 mètres de haut dont la surface est recouverte de panneaux LED ultra-haute définition.

Il a diffusé toute l’ascension en direct sur les réseaux sociaux. Face caméra, accroché à des dizaines de mètres de hauteur, il a demandé aux spectateurs de faire des dons. Sa phrase : « Elle est sans-abri et enceinte, elle a besoin d’aide. » Le « elle » en question, c’est une femme qui aurait programmé un rendez-vous pour avorter trois jours plus tard.
L’objectif de collecte était fixé à 25 000 dollars. Les dons ont afflué bien au-delà : 48 000 dollars au total. L’argent n’allait pas directement à cette femme, mais à une organisation appelée Let Them Live, qui promettait de la prendre en charge. Et c’est là que les choses se compliquent.
100 000 dollars de dégâts sur la Sphere
En marchant sur la surface de la Sphere, Des Champs a endommagé plusieurs panneaux d’imagerie LED. La facture ? 100 000 dollars de dégâts, selon les estimations du Sphere Entertainment Complex, la société qui gère le bâtiment. Pour un monument dont la construction a coûté plus de 2 milliards de dollars, chaque panneau a une valeur considérable.

Selon le New York Post, Des Champs a plaidé coupable d’un délit grave : « comportement délibéré ou inconsidéré mettant en danger la sécurité des personnes ou des biens ». Le tribunal a rendu sa décision : 45 jours de prison ferme, une peine suspendue de 364 jours supplémentaires, un an de liberté surveillée après sa sortie, et surtout l’obligation de verser 77 270 dollars au Sphere Entertainment Complex.
Autrement dit, l’opération lui coûte financièrement bien plus que ce qu’il a récolté. Mais le vrai scandale de cette affaire ne concerne pas les panneaux LED. Il concerne les femmes que l’organisation Let Them Live prétend aider.
Let Them Live : l’organisation qui fait polémique
Sur son site, Let Them Live explique son fonctionnement : quand une femme envisage d’avorter, l’association lui propose un soutien financier en échange de l’abandon de son projet. Chaque bénéficiaire signe un accord stipulant qu’elle « ne cherchera pas à avorter après avoir accepté l’aide ». Un système qui, sur le papier, ressemble à un contrat. Dans les faits, plusieurs femmes racontent une tout autre réalité.
Une enquête de Business Insider a révélé le témoignage d’une femme qui avait accepté de ne pas avorter en échange d’un soutien financier. Résultat : elle affirme n’avoir jamais reçu l’aide promise. Interrogé, le PDG de l’organisation, Nathan Berning, a reconnu les faits avec une franchise déconcertante : « Nous avons proposé trop de soutien à trop de gens et nous n’avions pas les moyens financiers de tenir nos promesses. »
Mais le cas le plus troublant va encore plus loin. Et il remet en question les méthodes mêmes de cette organisation.
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Des images de fœtus envoyées en pleine procédure médicale
Un autre témoignage recueilli par Business Insider décrit une situation difficile à entendre. Une femme avait déjà commencé la première étape d’une procédure d’avortement — la dilatation — et se reposait dans sa chambre d’hôtel. C’est à ce moment-là qu’elle a été bombardée de messages de personnes se présentant comme membres de Let Them Live.
Parmi eux, un individu se disant prêtre lui a envoyé des images de fœtus ensanglantés. L’objectif : la convaincre de ne pas poursuivre l’intervention. Nathan Berning a confirmé que « plusieurs membres du personnel » avaient contacté cette femme. Sa justification : « Si nous pensons qu’il y a encore une chance qu’elle veuille notre aide, nous devons saisir chaque opportunité pour lui montrer que nous sommes là. »

La femme a finalement renoncé à l’avortement. Berning a déclaré : « Nous avons sauvé son bébé de l’avortement. » Une formulation qui illustre toute l’ambiguïté de l’organisation — entre aide revendiquée et pression assumée. Ce type de témoignage rappelle d’autres situations où des personnes vulnérables, comme des femmes sans-abri enceintes, se retrouvent instrumentalisées.
Un coup de com’ qui se retourne contre son auteur
Revenons à Maison Des Champs. Le jeune homme de 26 ans affirmait vouloir donner à cette femme « le soutien tangible dont elle a désespérément besoin » et « rassembler une communauté autour d’elle qui croit au pouvoir de l’espoir et de l’action ». Des mots forts, un storytelling maîtrisé. Son live-stream a été vu par des dizaines de milliers de personnes.
Mais derrière le spectacle, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Les 48 000 dollars récoltés sont allés à Let Them Live, une organisation dont le propre dirigeant admet ne pas pouvoir honorer ses engagements. Pendant ce temps, Des Champs doit payer plus de 77 000 dollars de dédommagement et purger 45 jours derrière les barreaux.
L’ironie est cruelle : celui qui voulait incarner un héros à la Spider-Man se retrouve avec un casier judiciaire et une dette colossale. L’histoire rappelle d’autres cas où des actions de solidarité médiatiques ont connu des retournements inattendus.
Quand le spectacle prend le dessus sur la cause
Ce qui frappe dans cette affaire, c’est le décalage entre la mise en scène — un homme escaladant l’un des bâtiments les plus futuristes de la planète, en direct devant des milliers de spectateurs — et la réalité de ce qui se passe en coulisses. Une femme sans-abri utilisée comme argument de collecte. Une organisation qui ne tient pas ses promesses. Des femmes harcelées en pleine intervention médicale.
Des Champs sortira de prison dans quelques semaines. Sa peine suspendue de 364 jours signifie qu’au moindre écart, il pourrait y retourner pour un an. En attendant, Let Them Live continue ses activités. Et la Sphere de Las Vegas continue de briller, ses panneaux LED réparés, comme si personne n’avait jamais marché dessus.