Condamné à 7 ans de prison pour viol, le rappeur Naps programmé en concert à Tarbes : un collectif féministe réagit

Sept ans de prison pour viol. Un mandat de dépôt. Et pourtant, quelques semaines plus tard, une date de concert affichée dans une discothèque des Hautes-Pyrénées. Le rappeur Naps est attendu à Tarbes le 15 mai 2026, et un collectif féministe local ne compte pas laisser passer ça sans réagir.
Un des plus gros vendeurs de rap en France face à la justice

Si vous avez allumé une radio entre 2021 et 2024, vous avez forcément entendu La Kiffance. Le titre a propulsé Naps, de son vrai nom Nabil Boukhobza, au rang de mastodonte du rap français. En activité depuis une vingtaine d’années, le Marseillais squattait les sommets des charts et remplissait les salles sans forcer. Son public ? Large, fidèle, populaire.

Mais le 19 février 2026, tout a basculé. La cour criminelle départementale de Paris l’a reconnu coupable du viol d’une jeune femme commis en 2021. Sentence : sept ans de prison ferme, avec mandat de dépôt. En clair, il est parti directement en cellule à la sortie de l’audience. Le témoignage de la victime avait marqué les esprits lors du procès.
Sauf que l’histoire ne s’arrête pas là. Le rappeur a immédiatement fait appel de sa condamnation. En droit français, cela signifie qu’il reste présumé innocent jusqu’au verdict en appel. Résultat : libéré dès le mois de mars, placé sous contrôle judiciaire. Libre de ses mouvements. Et libre de remonter sur scène.
Cette situation juridique, techniquement légale, pose une question que beaucoup préfèrent éviter. Peut-on continuer à programmer un artiste condamné en première instance pour un crime aussi grave ?
Le 15 mai, une date qui ne passe pas à Tarbes
Naps est programmé le 15 mai 2026 à la discothèque RG Room de Tarbes, dans les Hautes-Pyrénées. Une date parmi d’autres dans un calendrier de tournée que le rappeur a repris comme si de rien n’était. Le lendemain, le 16 mai, il est aussi attendu à Agde, dans l’Hérault.

Mais à Tarbes, la programmation a fait réagir immédiatement. Le collectif Droits des femmes 65, actif dans le département, a adressé un courrier au patron de l’établissement. Un courrier sans détour, qui pose frontalement la question de la responsabilité des programmateurs. Le cas rappelle celui de Patrick Bruel, dont des concerts avaient été contestés dans un contexte similaire.
Dans sa lettre, le collectif ne mâche pas ses mots : « Nous sommes surpris d’observer une telle programmation dans votre établissement, d’autant plus lorsque l’on connaît la réputation de l’Arsenal et ce qui s’y passe de façon suffisamment régulière pour que la majorité des candidats aux municipales ait souhaité y créer un commissariat spécifique. » Le quartier où se situe la boîte de nuit est donc déjà identifié comme sensible par les élus locaux eux-mêmes.
Et le collectif d’enfoncer le clou : « Est-il raisonnable dans ce contexte d’inviter un homme condamné pour viol en première instance ? » La question vise directement le gérant, mais elle dépasse largement les murs de la discothèque.
« Quel message envoyez-vous aux victimes ? »
Ce qui frappe dans le courrier du collectif Droits des femmes 65, c’est la montée en puissance de l’interpellation. Après avoir pointé le contexte local, les militantes élargissent le cadre. Elles rappellent que Naps n’est pas seulement condamné pour un viol : il est aussi poursuivi dans d’autres affaires d’agressions sexuelles et de viols. Plusieurs femmes ont porté plainte.
« Quel message est envoyé au public lorsque vous programmez cet artiste ? Quel message envoyez-vous à la victime qui a eu la force d’engager une procédure pénale contre son présumé agresseur et aux trois femmes qui ont eu le courage de porter plainte ? », écrit le collectif. Une question qui résonne d’autant plus fort dans un pays où, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, moins de 10 % des victimes de viol portent plainte.
La conclusion du courrier est sans ambiguïté : « Continuer à programmer cet homme et tous ceux qui sont dans cette situation consiste à banaliser et cultiver la culture du viol, invisibiliser les victimes et ça, nous n’en voulons plus ni aujourd’hui ni demain ! » Le collectif demande purement et simplement l’annulation du concert.
Fait notable : une copie de la lettre a aussi été envoyée au maire de Tarbes, à son adjointe à la condition des femmes et au préfet des Hautes-Pyrénées. Le collectif cherche clairement à mettre les autorités locales face à leurs responsabilités. Pour l’instant, aucune réponse publique n’a été communiquée.
Un débat qui secoue toute l’industrie musicale
Le cas Naps n’est pas isolé. Ces derniers mois, l’industrie musicale française est secouée par une vague de controverses autour d’artistes mis en cause pour des violences sexuelles. Patrick Bruel continue sa tournée malgré les accusations de 19 femmes, et ses organisateurs justifient le maintien des dates par l’emploi des 65 personnes de la production. Une pétition signée par Anna Mouglalis et Pomme a même exigé l’annulation de ses 57 concerts.
D’autres rappeurs ont aussi eu des démêlés avec la justice ces dernières années. Gims a été mis en examen pour blanchiment aggravé et placé sous contrôle judiciaire, tandis que le rappeur Maes était interpellé au Maroc. Mais la nature des faits reprochés à Naps — un crime sexuel — place le débat sur un terrain différent.
Car la question n’est pas juridique. Juridiquement, Naps est libre et présumé innocent en attendant l’appel. Il a le droit de travailler. Personne ne conteste ce point. La question est éthique : un lieu de divertissement doit-il offrir une tribune à un homme condamné pour viol, même si la condamnation n’est pas définitive ? La réponse dépend de chacun, mais le fait que le débat existe publiquement, porté par des collectifs structurés et relayé aux autorités, montre que les lignes bougent.
Et maintenant ?
Au moment où nous écrivons, le concert du 15 mai à Tarbes est toujours maintenu. Aucune annulation n’a été annoncée par la discothèque RG Room, et le nom de Naps figure aussi au programme d’Agde le lendemain. Le rappeur marseillais semble déterminé à reprendre le cours de sa carrière pendant l’attente du procès en appel.
Mais le collectif Droits des femmes 65 ne compte pas en rester là. En mettant dans la boucle le maire, l’adjointe dédiée et le préfet, il force une prise de position politique. Rester silencieux, c’est déjà répondre. Et dans le climat actuel, où chaque programmation d’un artiste accusé de violences sexuelles devient un test pour les institutions, le silence a un coût.
Reste une réalité froide : Naps vendait des millions de disques. Sa fanbase est massive. Les discothèques qui le programment savent exactement pourquoi elles le font — parce que ça remplit la salle. La vraie question, au fond, c’est de savoir si remplir une salle vaut le signal envoyé. Trois femmes ont porté plainte. L’une d’elles a obtenu une condamnation. Et ce soir-là à Tarbes, la musique jouera quand même.