Son fils de 11 ans l’avait élu « père de l’année » : il l’abat dans les toilettes d’un aéroport du Nevada
En juin dernier, Callan Perez, 11 ans, terminait troisième d’un concours de rédaction organisé par les écoles du comté de Merced, en Californie. Le thème : expliquer pourquoi son père méritait d’être élu « père de l’année ». Dix mois plus tard, ce même père l’a abattu d’une balle dans les toilettes d’un petit aéroport du Nevada, avant de retourner l’arme contre lui. L’enquête révèle aujourd’hui une spirale de conflits familiaux, une disparition signalée et un trouble de stress post-traumatique lié à un passé militaire.

Un voyage qui ne devait être qu’une escale
Le 13 avril, Giovanni Perez, 37 ans, et son fils Callan voyageaient ensemble en direction de la région de Reno, dans le Nevada. La police d’Elko n’a toujours pas déterminé la raison de ce déplacement. Leur voiture de location est tombée en panne aux abords de Winnemucca, petite ville à plus de trois heures de route de leur destination.

Les deux ont été remorqués jusqu’à l’aéroport régional d’Elko pour récupérer un nouveau véhicule. Ce qui aurait dû être un simple contretemps logistique s’est transformé en scène de crime. Les caméras de surveillance montrent que le père et le fils sont entrés deux fois dans les toilettes de l’aéroport. C’est lors du second passage que Giovanni Perez a ouvert le feu sur son propre enfant.
Après avoir tiré, Perez est ressorti des toilettes et s’est donné la mort à proximité d’un guichet de billetterie. Callan a été transporté d’urgence au North Eastern Nevada Regional Hospital, où il a succombé à ses blessures. Une équipe de déminage a également été dépêchée pour inspecter le véhicule familial, sans qu’aucun engin explosif n’y soit découvert. Mais derrière ce drame, comme dans d’autres affaires impliquant des pères meurtriers, se cachait une histoire familiale bien plus sombre.
Un enfant déjà signalé comme disparu
L’enquête a rapidement révélé que la relation entre Giovanni Perez et le reste de sa famille était loin d’être sereine. Selon la police d’Elko, le père était engagé dans une bataille juridique pour la garde de Callan, non pas avec la mère de l’enfant, mais avec les grands-parents maternels. Plus troublant encore : il « tentait d’éloigner Callan à la fois de ses grands-parents maternels et de sa propre famille ».

En décembre dernier, un signalement de disparition avait été déposé depuis la ville de Clovis, en Californie. Le père et le fils ont finalement été localisés un mois plus tard à Ogden, dans l’Utah, où la police pense qu’ils résidaient avant le drame. Callan, qui était scolarisé en CM1 à la Luther Burbank Elementary School de Merced, n’avait pas été inscrit pour l’année scolaire en cours — un indice supplémentaire d’une vie en cavale.
Sa mère, dont le nom n’a pas été rendu public, a confié à la chaîne KUTV qu’elle avait été séparée de son fils pendant plusieurs années, ne gardant le contact que par téléphone. Elle travaillait activement à retrouver la garde de Callan au moment du drame. Cette situation rappelle les failles du système de garde parentale régulièrement dénoncées dans des affaires similaires.
Un vétéran d’Irak et un trouble psychiatrique non résolu
Giovanni Perez avait servi environ quatre ans dans l’armée américaine en tant que cuisinier militaire et avait été déployé en Irak. Selon les éléments recueillis par la police, il affirmait souffrir de trouble de stress post-traumatique (TSPT) lié à son expérience au combat. Les enquêteurs d’Elko ont précisé dans un communiqué qu’ils « investiguaient ce que Giovanni a fait dans l’armée », suggérant que certains détails de son service restent à vérifier.
Frank Perez, le père de Giovanni et grand-père de Callan, a écrit sur les réseaux sociaux que les deux seraient enterrés au cimetière militaire de Santa Nella, en Californie, avec les honneurs militaires. Il a ajouté : « Giovanni a bien pourvu à tous ses fils, y compris en finançant intégralement leurs études universitaires. Sa bataille contre la maladie mentale ne reflète pas le père et le fils formidable qu’il était. » Une déclaration qui a provoqué des réactions contrastées, alors que la famille maternelle de Callan décrit un tout autre tableau.
Le débat autour de la prise en charge psychiatrique des vétérans américains refait surface avec ce drame. Chaque année, des milliers d’anciens soldats diagnostiqués avec un TSPT ne reçoivent pas de suivi adapté, un problème systémique que les autorités de santé américaines reconnaissent elles-mêmes. Mais comme l’a souligné la police d’Elko : « Nous n’avons toujours pas de mobile pour cet acte horrible, et nous ne saurons peut-être jamais pourquoi la vie de Callan a été prise. »
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« Callan était bien plus que cette tragédie »
Une cagnotte GoFundMe lancée pour financer les obsèques de l’enfant a récolté environ 12 000 dollars sur un objectif de 13 000. Les mots choisis par la famille pour décrire Callan tranchent avec l’horreur des faits : « Il était incroyablement intelligent, drôle et gentil — d’une sagesse bien au-delà de son âge. »

La cagnotte a été ouverte au bénéfice de Jil Chiesa, une proche de Callan, qui a partagé sur Facebook les hommages rendus par l’école de l’enfant. Son enseignante de CM1 a annoncé qu’un séquoia serait planté dans l’enceinte de l’établissement et porterait le nom de Callan. Ses camarades de classe ont également baptisé le cochon d’Inde de la salle de cours en son honneur. « Notre doux ange sourit de là-haut, j’en suis certaine », a écrit Chiesa.
Le concours de rédaction auquel Callan avait participé en juin dernier, organisé par le bureau de l’éducation du comté de Merced, demandait aux élèves de raconter ce que leur père représentait pour eux et comment il avait façonné leur vie. L’ironie tragique de cette composition, récompensée par une troisième place, résonne aujourd’hui comme un écho insoutenable.
Le district scolaire de Merced a réagi en déclarant : « C’est une tragédie inimaginable. Nos prières et nos pensées accompagnent la famille. » Selon le Merced Sun-Star, journal local, l’école n’avait plus de nouvelles de Callan depuis la rentrée de septembre, son père ne l’ayant jamais réinscrit. Ces drames impliquant des enfants victimes de violences armées continuent de secouer l’opinion publique américaine.
Une enquête encore loin d’être bouclée
Mi-avril, les enquêteurs d’Elko indiquaient encore « suivre des pistes » pour déterminer où vivaient exactement Giovanni et Callan Perez au moment des faits. Si Ogden, dans l’Utah, semble être la dernière adresse connue, la confirmation reste en attente. Le parcours erratique du père — entre la Californie, l’Utah et le Nevada — dessine le portrait d’un homme en fuite, coupé de ses proches et de toute structure d’accompagnement.
La cagnotte en ligne mentionne que Callan a été « arraché par la personne qui était censée le protéger ». Une phrase qui résume à elle seule le gouffre entre l’image publique d’un père aimant — celle du concours scolaire — et la réalité d’un homme en proie à des troubles psychologiques non traités, empêtré dans un conflit de garde et en rupture avec sa propre famille. Comme dans d’autres affaires glaçantes impliquant des enfants, c’est souvent le cercle familial le plus proche qui représente le danger le plus immédiat.
L’aéroport régional d’Elko, petit terminal servant essentiellement des vols régionaux, n’avait jamais connu d’incident de cette nature. Le 13 avril, aux alentours de midi, les premiers appels signalant un « tireur actif » ont plongé l’établissement dans la panique. Pour Callan, il n’y a pas eu de fuite possible.
Si vous ou un proche êtes en détresse, contactez le 3114, numéro national de prévention du suicide (24h/24, gratuit et confidentiel).