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Des policiers inventent qu’un bébé a été jeté d’une voiture : c’était un « poisson d’avril »

Publié par Elsa Fanjul le 07 Avr 2026 à 15:30

Un bébé jeté par la fenêtre d’un véhicule en fuite, des dizaines de policiers mobilisés en urgence, des dispatchers affolés derrière leurs écrans… La scène aurait pu être l’un des drames les plus glaçants de l’année à Oklahoma City. Sauf que rien de tout cela n’était réel. Plusieurs agents de police ont tout inventé, le soir du 1er avril. Un « poisson d’avril » qui pourrait leur coûter leur carrière — et bien plus.

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Une course-poursuite fictive lancée en pleine nuit

Tout commence aux alentours de 21h30, le soir du 1er avril, dans les rues d’Oklahoma City. Un officier de police signale par radio qu’une poursuite est en cours. Jusque-là, rien d’inhabituel pour une ville de plus de 712 000 habitants, couverte par l’un des plus anciens services de police de l’État, fort de plus de 1 300 agents.

Mais très vite, la situation bascule. Un message arrive sur les canaux de communication : un suspect aurait jeté un bébé par la fenêtre de son véhicule, à l’intersection de la 36e rue et de Robinson Avenue. La dispatcher relaie immédiatement l’information, avec le ton d’urgence que ce genre de signalement exige. Comme dans d’autres poursuites dramatiques, chaque seconde semble alors compter.

L’Oklahoma Highway Patrol propose aussitôt son assistance. Plusieurs unités convergent vers le secteur. Le problème : l’officier à l’origine de l’alerte n’a apparemment pas de radio fonctionnelle et transmet sa position uniquement par messages. Un détail qui, rétrospectivement, aurait pu alerter les centres de commandement.

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« Pas drôle » : quand les dispatchers comprennent la supercherie

Pendant de longues minutes, la machine d’urgence tourne à plein régime. Des véhicules de patrouille sont déployés, des ressources mobilisées pour retrouver un nourrisson qui n’a jamais existé. Les enregistrements radio, rendus publics depuis, témoignent de la panique réelle qui s’est emparée des opérateurs.

Véhicule de police dans une rue d'Oklahoma City la nuit

Puis le pot aux roses est découvert. Un officier finit par avouer au centre de contrôle que tout cela n’était qu’un canular — une blague de poisson d’avril. Sur les bandes audio, on entend distinctement une dispatcher lâcher, d’un ton glacial : « Not funny » — « Pas drôle ». Le genre de réaction qui résume à elle seule la gravité de l’affaire. On est bien loin d’une blague innocente du 1er avril.

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Car derrière cette farce sordide, ce sont des dizaines de professionnels qui ont été trompés. Des agents qui auraient pu être mobilisés ailleurs pour de vraies urgences. Et un système de communication d’urgence dont la crédibilité a été entamée de l’intérieur.

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Des policiers immédiatement suspendus

La réponse de la hiérarchie ne s’est pas fait attendre. Le département de police d’Oklahoma City a placé plusieurs officiers en congé administratif dans la foulée de la révélation. Le nombre exact d’agents impliqués n’a pas été communiqué, mais l’enquête interne est toujours en cours.

La capitaine Valerie Littlejohn, porte-parole du département, a déclaré : « Nous avons connaissance d’une poursuite signalée impliquant certains de nos agents, qui comprenait des allégations graves, lesquelles se sont depuis avérées fausses. Nous prenons cette situation au sérieux et nous nous engageons à ce qu’un examen approfondi soit mené. » Une communication mesurée, mais qui laisse entrevoir des sanctions potentiellement lourdes.

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Ce n’est pas la première fois que des canulars impliquant les forces de l’ordre prennent une tournure judiciaire. Mais ici, ce sont les policiers eux-mêmes qui ont déclenché la fausse alerte — un cas de figure particulièrement embarrassant pour l’institution.

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Des poursuites pénales possibles

Au-delà des sanctions disciplinaires, les officiers fautifs s’exposent à des poursuites judiciaires. La loi de l’Oklahoma qualifie de délit le fait de transmettre sciemment de fausses informations susceptibles d’entraîner le déploiement des services d’urgence. La peine prévue : une amende pouvant atteindre 500 dollars (environ 375 euros) et le remboursement de l’intégralité des coûts liés à la mobilisation des secours.

Console radio de dispatch dans un centre de communication policier

Mais selon l’avocat Noble McIntyre, interrogé par la chaîne locale KFOR, les conséquences pourraient être bien plus sévères. Le détournement du 911 peut être puni de 90 jours de prison en Oklahoma. « Mais c’est plus grave que ça, a-t-il ajouté. C’est la confiance dans le département qui est en jeu. »

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Cette dimension est cruciale. Quand des citoyens appellent les urgences, ils s’attendent à ce que chaque signalement soit traité avec le même sérieux. Si les policiers eux-mêmes fabriquent de fausses alertes à l’enlèvement, comment garantir que le système reste fiable ?

Un canular qui aurait pu coûter des vies

L’aspect le plus troublant de cette affaire reste ce qui aurait pu se passer pendant que les équipes étaient mobilisées pour rien. Oklahoma City couvre un territoire immense de plus de 1 600 km². Chaque patrouille envoyée sur une fausse piste est une patrouille en moins pour répondre à une vraie urgence.

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Imaginez un accident de la route, une agression ou un incendie survenant au même moment, dans un autre quartier. Les temps de réponse auraient été allongés, avec des conséquences potentiellement dramatiques. C’est exactement ce type de scénario qui rend ce genre de « blague » aussi dangereuse qu’irresponsable.

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L’affaire rappelle d’autres cas où de faux signalements ont eu des conséquences gravissimes. Aux États-Unis, le « swatting » — le fait d’envoyer une équipe d’intervention armée à une fausse adresse — a déjà causé plusieurs morts ces dernières années.

La confiance, une question centrale

Au-delà du cadre juridique, c’est bien la réputation de tout un département qui vacille. Le service de police d’Oklahoma City, fondé dans les années 1880, est l’un des plus anciens et des plus importants de l’État. Cette histoire risque de ternir durablement son image auprès de la population locale.

Car la confiance entre police et citoyens est un équilibre fragile, déjà mis à mal par d’autres affaires ces dernières années aux États-Unis. Qu’un groupe d’agents puisse orchestrer un tel canular — impliquant un nourrisson en danger — sans que personne dans la chaîne ne tente de l’empêcher en dit long sur un certain état d’esprit au sein de l’unité concernée.

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Les résultats de l’enquête interne détermineront si les officiers impliqués seront simplement suspendus, licenciés ou poursuivis en justice. Mais une chose est sûre : ce poisson d’avril-là restera dans les annales comme l’un des plus stupides — et des plus dangereux — jamais commis par des forces de l’ordre.

Bâtiment du département de police d'Oklahoma City

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