Elle simule son propre enlèvement pour gagner des abonnés : la police met 11 mois à découvrir la vérité
En avril 2024, une créatrice de contenu brésilienne racontait à ses abonnés une scène terrifiante : elle et son mari avaient été enlevés par trois hommes armés devant chez eux. Onze mois plus tard, la police a découvert que la seule victime de cette histoire… c’était la vérité. Et le mobile est aussi pathétique que glaçant.
Un kidnapping spectaculaire devant chez elle
Les faits remontent à avril dernier, dans la ville d’Igarassu, dans l’État du Pernambouc, au nord-est du Brésil. Monniky Fraga, influenceuse de 27 ans suivie par des dizaines de milliers de personnes, affirme alors avoir vécu un cauchemar. Selon sa version, trois individus armés l’ont attaquée, elle et son époux, alors qu’ils se trouvaient dans leur voiture garée devant leur domicile.

Le couple aurait été emmené de force dans les bois, retenu en otage et contraint de payer une rançon pour retrouver sa liberté. Une scène digne d’un thriller, que la jeune femme s’est empressée de partager avec sa communauté en ligne. Sur les réseaux sociaux, le monde des créateurs de contenu peut parfois prendre des tournures inattendues, mais ce récit avait de quoi glacer le sang.
La starlette semblait véritablement traumatisée. Elle s’est rendue au commissariat local pour déposer plainte, et une enquête a immédiatement été ouverte par les autorités. Jusque-là, rien ne laissait penser à une mise en scène.
Une enquête de 11 mois qui fait tout basculer
Pendant près d’un an, les enquêteurs du Groupe des opérations spéciales (GOE) ont creusé chaque détail de l’affaire. Et ce qu’ils ont découvert n’avait rien à voir avec ce que Monniky Fraga avait raconté, comme le rapporte LADbible.
Premier élément troublant : l’influenceuse connaissait déjà l’un des hommes prétendument impliqués dans son enlèvement. « Selon nos vérifications, et sachant que l’enquête est toujours en cours, l’influenceuse connaissait déjà l’un des hommes impliqués dans ce que nous considérons comme un enlèvement », a déclaré Jorge Pinto, adjoint délégué du GOE.

Les forces de l’ordre ont également mis la main sur des preuves accablantes. Une voiture équipée d’une fausse plaque d’immatriculation avait été utilisée pour donner de la crédibilité au scénario. Des armes à feu avaient aussi été mobilisées pour rendre la scène réaliste. Tout avait été planifié dans les moindres détails pour que le kidnapping ait l’air parfaitement authentique.
À lire aussi
Le mardi 24 mars 2025, soit onze mois après les faits présumés, les autorités brésiliennes ont procédé à l’arrestation de Monniky Fraga. La créatrice de contenu, qui se présentait en victime, est désormais soupçonnée d’être la véritable instigatrice de toute l’opération.
Le mobile : une courbe d’abonnés en chute libre
Le plus sidérant dans cette affaire, c’est la motivation derrière cette mise en scène. D’après Jorge Pinto, Monniky Fraga traversait une période difficile sur les réseaux sociaux. Ses abonnés la quittaient, son audience fondait, et sa visibilité déclinait. Pour une influenceuse dont les revenus dépendent directement de son nombre de followers, c’est une crise existentielle.
« En réalité, la victime était l’instigatrice de ce faux enlèvement, qui a été commis dans le but de gagner des abonnés », a résumé l’enquêteur. Ce genre de course folle à la notoriété n’est malheureusement pas un cas isolé. Un influenceur est mort après un défi extrême pour les mêmes raisons : attirer l’attention à tout prix.
L’ironie est cruelle : en cherchant à booster sa popularité par une histoire d’enlèvement fictif, Monniky Fraga a effectivement fait parler d’elle dans les médias du monde entier. Mais pas exactement de la manière qu’elle espérait. Dans un registre différent mais tout aussi problématique, d’autres créateurs de contenu ont eu des démêlés avec la justice pour des raisons liées à leur activité en ligne.
Son mari, victime collatérale, n’était au courant de rien
Détail qui ajoute une couche d’absurdité à cette affaire : selon les enquêteurs, le mari de Monniky Fraga ignorait totalement qu’il s’agissait d’une mise en scène. Lui qui pensait avoir été réellement agressé et séquestré avec sa femme a donc vécu un traumatisme bien réel, orchestré par la personne qui partage sa vie.

La police n’a pas précisé la nature exacte de la relation entre l’influenceuse et l’homme qu’elle connaissait parmi les faux ravisseurs. On ignore également si cette personne fait partie des autres suspects identifiés dans le cadre de l’enquête, qui est toujours en cours. Ce qui est certain, c’est que l’époux apparaît davantage comme une victime collatérale que comme un complice.
À lire aussi
La défense joue la carte de la maternité
Depuis son arrestation, Monniky Fraga n’a fait aucune déclaration publique. On est loin des stories émues qu’elle partageait après son prétendu kidnapping. Ses avocats, en revanche, sont montés au créneau. Ils ont demandé que la détention de leur cliente soit remplacée par une assignation à résidence, invoquant le fait qu’elle est mère de jeunes enfants.
Pour l’instant, les autorités brésiliennes n’ont pas communiqué sur la suite de la procédure ni sur les charges exactes qui pourraient être retenues. Au Brésil, simuler un crime et mobiliser les forces de l’ordre pour une enquête fictive peut entraîner des poursuites pour fausse déclaration, obstruction à la justice et, potentiellement, des charges plus lourdes liées à l’utilisation d’armes à feu et de faux documents.
Une dérive de plus dans l’économie de l’attention
Cette histoire illustre jusqu’où certains créateurs de contenu sont prêts à aller pour rester visibles dans un écosystème numérique où l’attention est la monnaie ultime. La perte d’abonnés, perçue comme une menace directe sur les revenus et le statut social, peut pousser à des décisions irrationnelles. Le cas de Monniky Fraga est extrême, mais il s’inscrit dans une tendance préoccupante où la frontière entre contenu et réalité devient de plus en plus floue.
Dans un autre registre, une influenceuse a été condamnée pour trafic d’êtres humains, rappelant que la célébrité en ligne n’immunise personne contre la loi. Et les cas d’influenceurs morts après des excès liés à leur quête de notoriété se multiplient ces dernières années.
Quant aux influenceurs qui font régulièrement parler d’eux pour les mauvaises raisons, la liste ne cesse de s’allonger. Le cas brésilien rappelle une chose simple : sur les réseaux sociaux, la vérité finit toujours par rattraper ceux qui la tordent. Et quand c’est la police qui s’en charge, les conséquences sont nettement moins « instagrammables » qu’un post dramatique partagé à des milliers de followers.