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Il se faisait passer pour un mannequin de 37 ans sur des sites de rencontres : à 78 ans, ce retraité de Nice est rejugé pour viols

Publié par Cassandre le 10 Mai 2026 à 9:34

Pendant des années, des femmes ont cru échanger avec un architecte d’intérieur de 37 ans, blond aux yeux bleus, vivant sur la Promenade des Anglais. Elles ont discuté des semaines avec lui, accepté un premier rendez-vous « plein de magie »… avant de découvrir, bandeau retiré, qu’elles se trouvaient face à un septuagénaire ventripotent. L’affaire de Jack Sion, surnommé le « faux play-boy du net », revient devant la cour d’assises de Nice du 6 au 15 mai. Et elle pose une question juridique que la France n’avait jamais vraiment tranchée avant lui.

Un profil taillé pour séduire, une identité entièrement fabriquée

Sur les sites de rencontres, il s’appelait Anthony Laroche. Trentenaire, physique de mannequin, résidant à Monaco. En réalité, la photo de profil appartenait à un vrai mannequin dont il avait volé l’identité visuelle. Derrière l’écran, c’est Jack Sion, ancien graphiste à la retraite, qui menait la conversation depuis son petit appartement niçois.

Appartement sur la Promenade des Anglais avec ordinateur ouvert sur site de rencontres

Le stratagème était rodé. Comme l’a détaillé Nice-Matin, Sion entretenait des échanges qui pouvaient durer plusieurs semaines. Il se montrait attentionné, drôle, rassurant. Il se présentait comme architecte d’intérieur monégasque et proposait toujours un premier rendez-vous chez lui, sur la Promenade des Anglais. Le cadre idyllique faisait partie du piège.

Mais ce n’est pas le plus glaçant. L’enquête a révélé que le retraité prenait des notes sur ses interlocutrices. Pas des notes romantiques. Des notes de prédateur : « mari pendu », « maman cancer », « viols subis dans l’enfance ». Il ciblait les vulnérabilités. Il sélectionnait ses victimes comme on exploite des failles.

Ce mode opératoire rappelle d’autres affaires où des escrocs utilisaient les sites de rencontres pour manipuler leurs cibles. Sauf qu’ici, on ne parle pas d’argent.

Le scénario macabre qui se répétait à chaque rendez-vous

Une fois la victime arrivée dans l’appartement, Jack Sion appliquait toujours le même rituel. Il guidait la femme par la voix, sans jamais se montrer. Puis il lui plaçait un bandeau sur les yeux et lui attachait les mains avec un foulard, sous prétexte de jeu sensuel. Tout était fait pour qu’elle ne puisse pas le voir.

L’acte sexuel avait lieu dans le noir complet. Et quand la lumière revenait, c’est un homme d’une soixantaine d’années — puis d’une soixante-dizaine — que les victimes découvraient à leurs côtés. Le Parisien a rapporté les réactions de peur et de dégoût de ces femmes en réalisant la supercherie.

Notes manuscrites à côté d'un ordinateur dans un appartement sombre à Nice

Au total, l’enquête a établi que sur 342 femmes avec lesquelles Sion avait échangé en ligne, au moins 24 s’étaient rendues physiquement chez lui. Elles avaient entre 23 et 53 ans. Aucune n’avait consenti à avoir un rapport avec Jack Sion. Elles avaient consenti à rencontrer Anthony Laroche — un homme qui n’existe pas.

« Au moment où j’ai enlevé le bandeau, il a éteint la lumière. J’ai vu sa silhouette, un homme plus petit, pas athlétique du tout, et j’ai vu son nez qui n’avait rien à voir avec Anthony Laroche », a témoigné l’une des victimes lors du premier procès, suivi par Midi Libre.

Un simple rappel à la loi… puis rien pendant des années

C’est peut-être l’aspect le plus révoltant de cette affaire. Quand les premières victimes ont signalé les faits, Jack Sion n’a reçu qu’un rappel à la loi. Pas de poursuites. Pas de mise en examen. Un simple avertissement verbal.

Et devinez quoi : il a continué. Sans la moindre interruption. La machine judiciaire ne s’est réellement mise en marche qu’au dépôt de la première plainte avec constitution de partie civile. Mais en 2018, la chambre de l’instruction d’Aix-en-Provence a prononcé un non-lieu, estimant que la qualification de « viol par surprise » ne pouvait pas s’appliquer à ce cas.

La décision a provoqué un véritable séisme juridique. Comment qualifier le fait d’obtenir un rapport sexuel en se faisant passer pour quelqu’un d’autre ? Peut-on parler de consentement quand l’identité même du partenaire est une fabrication totale ? C’est une question que le système judiciaire français peinait à trancher.

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La Cour de cassation tranche : oui, c’est un viol

Les deux parties civiles, représentées par Me Mohamed Maktouf, ont refusé de baisser les bras. Elles ont saisi la Cour de cassation. Et la plus haute juridiction française a rendu une décision historique.

Elle a estimé que « constitue un viol par surprise l’acte de pénétration sexuelle obtenu à l’aide d’un stratagème visant à tromper la victime sur son identité civile et physique ». En clair : mentir sur qui vous êtes pour obtenir un rapport sexuel, c’est du viol. Point final.

Palais de justice de Nice où se tient le procès en appel

Cette décision a ouvert la voie au premier procès de Jack Sion, qui s’est tenu en 2021 à Montpellier. Le verdict : huit ans de prison. Douze ans avaient été requis. Pour un homme qui avait piégé des dizaines de femmes pendant des années, en exploitant méthodiquement leurs fragilités, certains ont jugé la peine insuffisante. Cette affaire fait écho à d’autres dossiers de violences sexuelles qui ont marqué l’actualité judiciaire française.

« Coquines, mais légales » : la défense qui fait grincer des dents

Jack Sion n’a jamais reconnu les faits tels qu’ils lui sont reprochés. Sa ligne de défense, depuis le début, tient en une phrase qu’il a lâchée lors de son premier procès : « J’ai toujours fait des choses légales. Coquines, mais légales. »

Il affirme n’avoir forcé personne. Selon lui, les femmes étaient consentantes et savaient dans quoi elles s’engageaient. Une lecture des faits que les victimes contestent évidemment avec force.

Quatre mois après son incarcération suite à sa condamnation en 2021, Jack Sion a été libéré après avoir fait appel. Placé sous contrôle judiciaire, il comparaîtra libre devant la cour d’assises de Nice. À 78 ans. Ses avocats, Mes Margaux Mathieu et Lou Ferdinand Dreyfus, comptent plaider l’acquittement pur et simple. « Nous mettrons en avant qu’il n’y a eu aucune surprise. Au contraire, ces rapports sexuels avaient été définis en amont entre les deux partenaires », ont-ils expliqué.

De l’autre côté, Me Maktouf a prévenu : « Mes clientes espèrent que l’âge avancé de l’accusé ne soit pas non plus un obstacle à la condamnation. » Une façon de dire que la justice ne doit pas fléchir parce que l’accusé est vieux.

Un procès qui dépasse le cas de Jack Sion

Au-delà du cas individuel, cette affaire touche à une question que l’ère numérique rend de plus en plus pressante. À l’heure où les rencontres en ligne sont devenues la norme, où les profils fabriqués pullulent, où les arnaques sentimentales font des ravages : jusqu’où peut aller le mensonge identitaire avant de basculer dans le pénal ?

La jurisprudence née de l’affaire Sion a posé un premier jalon. Mais le procès en appel à Nice pourrait soit la confirmer, soit la fragiliser. Si Jack Sion est acquitté, le message envoyé serait dévastateur pour les victimes de « catfishing » poussé à l’extrême.

L’affaire rappelle aussi à quel point les prédateurs en ligne peuvent opérer longtemps avant d’être inquiétés. Un simple rappel à la loi, des années de silence judiciaire, un non-lieu… Il aura fallu la ténacité de deux victimes et un passage devant la Cour de cassation pour que l’affaire arrive enfin au procès.

Le verdict est attendu autour du 15 mai. Et cette fois, il ne concerne pas seulement Jack Sion. Il concerne toutes les personnes qui, derrière un écran, pensent que mentir sur qui elles sont ne prête pas à conséquence.

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