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Suicide d’Evaëlle, 11 ans : son enseignante finalement condamnée en appel après une première relaxe

Publié par Elsa Fanjul le 14 Avr 2026 à 9:05

Le 21 juin 2019, Evaëlle, 11 ans, mettait fin à ses jours après des mois d’humiliations au collège. D’abord relaxée par le tribunal de Pontoise, sa professeure de français vient d’être reconnue coupable de harcèlement moral en appel. La cour a prononcé une peine que les parents attendaient depuis six ans.

Une collégienne prise au piège entre ses camarades et sa professeure

Le drame remonte à l’année scolaire 2018-2019. Evaëlle, élève dans un collège du Val-d’Oise, subissait au quotidien des insultes, des bousculades et des humiliations de la part de ses camarades. Mais le harcèlement scolaire ne se limitait pas aux couloirs et à la cour de récréation.

Salle de classe vide dans un collège français

Pascale B., sa professeure de français, est accusée d’avoir créé un climat toxique au sein de sa propre classe. Selon les éléments du dossier, l’enseignante formulait régulièrement des réflexions blessantes à l’encontre de la jeune fille. Evaëlle restait placée au fond de la salle, malgré ses problèmes de vue — un détail qui, selon les parents, illustrait le mépris dans lequel elle était tenue.

Plusieurs de ses collègues ont témoigné que Pascale B. humiliait aussi publiquement d’autres collégiens. Mais c’est un épisode précis qui a particulièrement marqué la procédure judiciaire — et dont la gravité ne sera reconnue que des années plus tard.

La séance de classe qui a tout fait basculer

Un jour, l’enseignante organise une séance de vie de classe sur le thème du harcèlement. L’initiative, en apparence louable, aurait tourné au cauchemar pour Evaëlle. Selon les témoignages recueillis, Pascale B. aurait placé la jeune fille au centre de l’attention de toute la classe.

Exposée devant ses camarades, Evaëlle aurait fondu en larmes. La réaction de l’enseignante ? Elle se serait énervée face aux pleurs de l’élève, poursuivant les humiliations au lieu de protéger une enfant manifestement en détresse. Pour une victime de harcèlement, cette séance a constitué une mise en lumière cruelle de sa vulnérabilité.

Le 21 juin 2019, quelques semaines après cet épisode, Evaëlle se pend aux barreaux de son lit. Elle avait 11 ans. La France découvre alors un nouveau visage du harcèlement scolaire — celui où l’adulte censé protéger devient l’un des bourreaux.

Un premier procès et une relaxe qui scandalisent

Il aura fallu attendre six ans pour que Pascale B. soit jugée. Le 10 mars 2025, elle comparaît devant le tribunal correctionnel de Pontoise pour harcèlement moral. Face aux juges, l’enseignante assure qu’elle n’a « pas humilié » Evaëlle. Elle conteste point par point les accusations portées contre elle.

Façade du tribunal correctionnel de Pontoise

La présidence du tribunal lui donne raison. Le jugement estime que les éléments à charge sont « discordants, indirects et peu circonstanciés ». Pascale B. est relaxée. Pour les parents d’Evaëlle, c’est un séisme. Après des années de combat judiciaire, la justice semble leur tourner le dos. Comme dans d’autres affaires où des jeunes victimes de harcèlement ont mis fin à leurs jours, la question de la responsabilité des adultes reste douloureusement ouverte.

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Déterminés à ne pas en rester là, les parents d’Evaëlle font appel. Le dossier repart devant une juridiction supérieure, avec l’espoir que les témoignages et les faits soient cette fois pleinement examinés. La décision est tombée ce lundi 13 avril 2026.

Douze mois avec sursis et interdiction d’enseigner

Selon les informations de l’AFP rapportées par Le Monde, la cour d’appel a cette fois tranché en sens inverse. Pascale B. a été reconnue coupable de harcèlement moral sur Evaëlle. La peine : douze mois de prison avec sursis.

Au-delà de la peine de prison, la cour a prononcé l’interdiction pour Pascale B. d’exercer comme professeure. Une mesure qui empêche définitivement l’enseignante de se retrouver face à des élèves. Les juges ont estimé qu’elle avait joué un rôle direct dans la dégradation des conditions de vie d’Evaëlle avant son suicide.

Cette condamnation intervient dans un contexte où la lutte contre le harcèlement en milieu scolaire est devenue une priorité nationale. Le gouvernement a renforcé les dispositifs de signalement, et la loi permet désormais de poursuivre plus efficacement les auteurs de harcèlement, y compris les adultes en position d’autorité.

Un combat de six ans pour les parents d’Evaëlle

Pour la famille d’Evaëlle, cette décision représente l’aboutissement d’un parcours judiciaire de près de sept ans. De l’enquête initiale à la relaxe de mars 2025, puis à la condamnation en appel, chaque étape a été un combat. Leur détermination à faire appel après la première décision a été décisive.

Bougie commémorative posée sur un bureau d'école

L’affaire Evaëlle est devenue emblématique des failles du système éducatif face au harcèlement. Quand un enseignant — censé incarner l’autorité bienveillante — participe aux humiliations, la victime n’a plus aucun refuge. D’autres affaires similaires, comme celle de Nicolo Fraticelli, victime de cyberharcèlement, rappellent que le phénomène ne se limite pas aux murs de l’école.

L’enseignante avait déclaré publiquement que « des erreurs, on en fait tous ». La cour d’appel a jugé que la sienne avait contribué à briser la vie d’une enfant de 11 ans. En prononçant cette condamnation, la justice envoie un signal clair : la responsabilité des adultes dans le harcèlement scolaire ne peut plus être minimisée.

Si vous ou un proche êtes en situation de détresse, contactez le 3114, le numéro national de prévention du suicide, disponible 24h/24. Pour signaler une situation de harcèlement scolaire, le numéro vert 3018 est accessible gratuitement.

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