« J’ai uriné dans ma gourde et je l’ai bue » : un homme de 76 ans survit pendant cinq jours dans la nature
Une petite randonnée après un mariage. C’est tout ce que prévoyait Mark Eric Young, 76 ans, vétéran de la guerre du Vietnam. Cinq jours plus tard, déshydraté, épuisé, il hurlait dans le désert de l’Arizona en espérant que quelqu’un l’entende. Entre-temps, il avait bu sa propre urine, tué un serpent à sonnettes à coups de pierre et dormi à même le sol sous les arbres. Voici son histoire.
Une excursion qui devait durer quelques heures
Mi-avril, Mark Eric Young se trouve dans la région de Verde Valley, en Arizona. Il vient d’assister à un mariage et décide de prolonger son séjour en s’aventurant en voiture vers le Bloody Basin, une zone sauvage et aride du centre de l’État. Le septuagénaire, originaire de Caroline du Nord, connaît la nature. Deux missions au Vietnam l’ont endurci. Mais ce jour-là, le 16 avril, il ne mesure pas ce qui l’attend.

Le lendemain, il ne se présente pas à un dîner prévu avec un ami en Caroline du Nord. Ce dernier, inquiet, contacte immédiatement la famille de Mark. Le vétéran, lui, est déjà perdu quelque part dans le désert. « J’ai commis une erreur. Je me suis perdu », confie-t-il au New York Post. Le problème, c’est que personne ne sait exactement où il se trouve. Et l’Arizona, en avril, ne pardonne pas.
L’État américain est régulièrement frappé par des vagues de chaleur extrêmes, même au printemps. Dans le Bloody Basin, les températures grimpent vite et l’eau est quasi inexistante. Mark n’a sur lui que quelques provisions, des gourdes, des briquets, une boussole et des comprimés de purification d’eau. Un équipement léger. Trop léger pour cinq jours.
Trois jours sans une goutte d’eau
Les premières 72 heures, Mark tient grâce à ses réserves. Il marche, essaie de retrouver son chemin, s’oriente avec sa boussole. Chaque nuit, il dort sous les arbres, à même le sol. Mais au troisième jour, ses gourdes sont vides. Et dans le désert, sans eau, le corps humain ne tient pas longtemps. La déshydratation provoque vertiges, confusion, crampes musculaires. Le cerveau ralentit. Les décisions deviennent de plus en plus difficiles à prendre.

Le corps réagit au stress de manière parfois totalement contre-intuitive. Mark, lui, prend une décision radicale : « J’ai uriné dans ma gourde et je l’ai bue, car je savais que je devais le faire pour survivre. » Le geste peut sembler extrême. En réalité, c’est un réflexe de survie documenté, même si les experts déconseillent de boire son urine au-delà d’un certain stade de déshydratation, car elle devient trop concentrée en déchets. Mais à ce moment-là, Mark n’a pas d’autre option.
Ce vétéran a combattu deux fois au Vietnam. Il a connu le feu, la peur, la mort de près. Pourtant, il l’admet sans détour : « Je n’avais jamais passé cinq jours sans eau. » Même son expérience militaire ne l’avait pas préparé à ça. Et le désert lui réservait encore une dernière épreuve.
Face à face mortel avec un serpent à sonnettes
Quelque part dans le Bloody Basin, alors qu’il avance péniblement, Mark entend un son que tout randonneur redoute : le crépitement sec d’un serpent à sonnettes. La morsure de ce reptile peut être fatale, surtout quand on est à des heures de tout secours et déjà affaibli par la déshydratation. « Je l’ai entendu et je pense qu’il m’a vu au même moment », raconte-t-il. Le serpent attaque. Mais le coup rate sa cible.
Mark réagit à l’instinct. Il attrape une pierre et tue le serpent. Un geste brutal, vital. Ce serpent mort jouera d’ailleurs un rôle inattendu dans la suite de l’histoire. Mais pour l’instant, le vétéran est toujours seul, sans eau, sans repères, à 76 ans, quelque part dans une étendue sauvage de plusieurs milliers d’hectares.
On a vu des survivants revenir de situations impossibles. Mais ce qui a gardé Mark en vie, ce n’est pas seulement son instinct de soldat. C’est quelque chose de bien plus personnel.
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Sept enfants, 31 petits-enfants : le moteur invisible
Pendant ces cinq jours, Mark Eric Young n’a cessé de penser à sa famille. Sept enfants. Trente et un petits-enfants. Des visages, des souvenirs, des raisons de continuer. « Ce qui m’a encouragé, ce sont différents souvenirs de moments où j’ai frôlé la mort, et je me disais que je ne pouvais pas abandonner et mourir ainsi. »
Très croyant, le septuagénaire s’est aussi accroché à sa foi. Mais c’est cette mécanique mentale, ce refus d’abandonner, qui l’a porté heure après heure. Les spécialistes de la survie le confirment : au-delà de la condition physique, c’est la volonté de vivre — et surtout d’avoir une raison de vivre — qui fait la différence entre ceux qui tiennent et ceux qui lâchent. Savoir comment survivre en situation de crise est une chose. Vouloir survivre en est une autre.
Pendant ce temps, de l’autre côté de l’Arizona, les recherches s’organisaient. Et un indice très particulier allait tout faire basculer.
Un serpent mort comme indice décisif
Dès l’alerte lancée par l’ami de Mark, sa famille s’est mobilisée. Le bureau du shérif du comté de Yavapai a publié un avis de recherche sur les réseaux sociaux. Des équipes de secours ont ratissé la zone. Les enfants de Mark ont fait le déplacement. Cinq jours après sa disparition, les recherches ont fini par mener à sa voiture, garée dans le Bloody Basin.

C’est là que les secouristes ont découvert un détail crucial : un serpent à sonnettes mort, non loin du véhicule. La carcasse du reptile que Mark avait tué à coups de pierre. Pour les équipes de recherche, c’était un signe clair : le vétéran était passé par là, et il était probablement encore en vie. Aucun animal ne l’avait tué, puisque c’est lui qui avait tué l’animal.
Cette découverte a resserré le périmètre de recherche. Les secouristes et les fils de Mark se sont enfoncés dans la zone à pied, en appelant. Et puis, une voix. Faible. Un cri.
« J’ai pleuré quand j’ai vu que c’étaient mes fils »
Quand Mark a entendu des voix à proximité, il a rassemblé ses dernières forces pour crier. Les personnes qui l’ont trouvé n’étaient pas des inconnus. C’étaient ses deux fils. « J’étais vraiment épuisé », raconte-t-il. Puis : « J’ai pleuré quand je me suis aperçu que c’étaient mes fils. C’était incroyable. On s’est pris dans les bras. »
Le vieil homme souffrait de déshydratation sévère, mais n’avait aucune blessure grave. Le serpent l’avait raté. Le soleil ne l’avait pas achevé. Cinq jours dans le désert de l’Arizona, à 76 ans, sans eau pendant la moitié du séjour, et il était vivant. Il a été évacué par hélicoptère vers l’hôpital le plus proche. Des histoires de retour d’entre les morts, on en connaît quelques-unes. Celle-ci en fait partie.
Mark Eric Young a survécu parce qu’il a fait ce qu’il fallait : rester calme, s’hydrater par tous les moyens, se protéger la nuit et, surtout, refuser de mourir. À 76 ans, après deux guerres et cinq jours d’enfer, le vétéran a prouvé que l’instinct de survie n’a pas d’âge.