Coupé en deux par un chariot élévateur, il répond à la question que tout le monde lui pose sur sa vie intime
En 2019, Loren Schauers avait 19 ans quand un accident de chariot élévateur l’a fait basculer d’un pont à plus de 15 mètres de hauteur dans le Montana. Pour lui sauver la vie, les chirurgiens ont dû amputer tout son corps sous la taille, ainsi que son avant-bras droit. Aujourd’hui marié, il apparaît dans un documentaire diffusé sur TLC et répond sans détour à la question que des milliers d’internautes lui posent depuis des années.

Un chariot élévateur, un pont, une chute de 15 mètres
Septembre 2019. Loren Schauers, alors jeune ouvrier dans le Montana, conduit un chariot élévateur sur un pont étroit. L’engin dévie de sa trajectoire et bascule dans le vide. La chute est vertigineuse : près de 15 mètres, l’équivalent d’un immeuble de cinq étages. Le jeune homme est récupéré dans un état critique. Ses blessures sont si graves que les médecins prennent une décision radicale : pour lui sauver la vie, il faut amputer massivement.

Ce n’est pas un bras ou une jambe. L’intégralité du corps en dessous de la taille est retirée, ainsi que l’avant-bras droit. Loren Schauers perd ses deux jambes, son bassin, ses organes reproducteurs. Il passe du statut d’adolescent valide à celui d’homme amputé de plus de la moitié de son corps, en l’espace de quelques heures sur une table d’opération. Un cas médical extrêmement rare qui, des années plus tard, continue de fasciner et d’interroger.
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Depuis l’accident, Loren et sa compagne Sabia documentent leur quotidien sur les réseaux sociaux. Des millions de personnes suivent leur histoire. Et parmi les commentaires, une question revient de manière quasi obsessionnelle, bien plus souvent que les interrogations sur la rééducation ou la douleur. Cette question touche à leur intimité de couple.
« On n’est pas différents d’un couple ordinaire »
Interrogé par le New York Post, Loren a décidé de répondre frontalement à ce que tout le monde veut savoir : comment fonctionne sa vie sexuelle sans la partie inférieure de son corps ? Sa réponse tient en une phrase limpide : « Quand il s’agit d’intimité, on n’est pas différents d’un couple ordinaire. »
Il précise : « Je n’ai peut-être pas toutes les parties dont j’aurais besoin, mais ça ne change rien à notre façon d’être intimes, de nous aimer ou de nous montrer de l’affection. » Le message est clair. L’intimité ne se résume pas à la mécanique physique. Ce que Loren décrit relève d’une connexion émotionnelle et d’une adaptation que le couple a construite ensemble, jour après jour. D’autres couples confrontés à un handicap lourd témoignent de dynamiques similaires, où la créativité et la communication remplacent ce que le corps ne peut plus offrir.
Sabia, de son côté, pose une limite nette. Elle rappelle que c’est « une question très personnelle » et que « personne n’irait demander à un couple croisé dans la rue comment il fait l’amour ». Le couple refuse d’entrer dans les détails anatomiques. Mais il y a un sujet sur lequel Loren est beaucoup moins serein, et qui le touche bien plus profondément que les questions indiscrètes des internautes.
Le verdict qui l’a le plus blessé
Parmi toutes les conséquences de l’accident, une annonce a été particulièrement dévastatrice pour Loren : les médecins lui ont dit qu’il ne pourrait jamais devenir père biologiquement. « C’est l’une des choses les plus dures », confie-t-il. Le mot est sobre, mais le poids est immense pour un homme qui avait à peine 19 ans au moment de l’accident.

Loren avait évoqué par le passé son souhait de fonder une famille avec Sabia, que ce soit par adoption ou en faisant appel à un donneur. Mais la réalité logistique rend ce projet quasi impossible pour l’instant. Les soins quotidiens que nécessite son état sont considérables. Sabia assume seule le rôle d’aidante — un travail à plein temps, physiquement et mentalement épuisant. Sans une aide extérieure financée, sans un soignant professionnel capable de prendre le relais, le couple ne peut tout simplement pas envisager d’accueillir un enfant.
Les deux se sont mariés en 2021, deux ans après l’accident. Loren explique que tant qu’ils n’auront pas réussi à « économiser suffisamment d’argent pour engager un aidant », la parentalité restera hors de portée. En France, la question du soutien aux personnes handicapées fait régulièrement débat, et le cas de Loren illustre à quel point l’aide quotidienne conditionne toute la vie de couple et de famille.
Pourtant, malgré cette impasse, Loren refuse de s’enfermer dans le rôle de victime. Il a choisi de rendre son histoire publique dans un cadre bien précis, et ses raisons méritent qu’on s’y attarde.
Pourquoi il a accepté de passer à la télé
Le documentaire dans lequel Loren apparaît s’appelle One Day in My Body, diffusé sur la chaîne américaine TLC. Le concept est simple : suivre pendant une journée complète le quotidien d’une personne vivant avec un handicap sévère. Pas de dramatisation, pas de montage larmoyant — juste la réalité brute, minute par minute.
Loren a accepté pour une raison précise. « Je voulais montrer à d’autres personnes dans des situations similaires qu’on peut encore vivre une vie pleine, même après avoir traversé quelque chose de douloureux et terrible », explique-t-il. Il insiste : « Je pense qu’il est très important de montrer le bon comme le mauvais de la vie avec un handicap. » Pas d’angélisme, pas de misérabilisme. Cette approche rappelle celle de ce chat amputé devenu thérapeute pour des vétérans, ou celle de Flavio, amputé à 17 ans après une méningite foudroyante — des histoires où le handicap ne définit pas l’identité.
Dans l’épisode, les caméras ne cachent rien. On voit comment Loren se déplace, mange, interagit. Mais elles captent aussi un moment de fragilité que le couple redoutait depuis longtemps.
Un corps qui lutte encore au quotidien
Pendant le tournage, Loren faisait face à une infection rénale. Ce n’est pas un événement isolé. Son corps, amputé de ses organes inférieurs et soumis à un fonctionnement physiologique radicalement modifié, est particulièrement vulnérable aux infections à répétition. Chaque épisode infectieux est un combat, et les antibiotiques ne suffisent pas toujours.

Sabia exprime une crainte concrète : elle redoute le jour où Loren deviendra « résistant à tous les antibiotiques ». Si ce seuil est franchi, l’insuffisance rénale guette, avec des conséquences potentiellement fatales. Les signaux d’alerte du corps que la plupart des gens ignorent prennent ici une dimension vitale. Chaque douleur, chaque fièvre doit être prise au sérieux immédiatement.
Malgré tout, Loren garde un objectif en tête : vivre jusqu’à 80 ans. Il a aujourd’hui 25 ans. Cela représente plus d’un demi-siècle à naviguer avec un corps qui ne ressemble à aucun autre, des soins constants et des défis médicaux que peu de médecins ont eu à gérer. Le couple travaille sur « quelques projets pour améliorer son indépendance », sans donner plus de détails.
Ce que son histoire dit de nous
La fascination que suscite Loren Schauers n’est pas morbide. Si des millions de personnes suivent son quotidien, c’est parce qu’il renverse une certitude profondément ancrée : l’idée que le corps détermine ce qu’on peut vivre. Perdre la moitié de son corps à 19 ans, se marier deux ans plus tard, répondre avec calme aux questions les plus intimes, refuser la pitié tout en admettant la douleur — tout cela compose un portrait qui force le respect.
La question sur sa vie sexuelle, celle que tout le monde pose, est en réalité une question sur la vie tout court. Peut-on aimer, désirer, être désiré quand son corps a été réduit de moitié ? La réponse de Loren est sans équivoque. Et c’est peut-être ce qui déstabilise le plus : non pas ce qu’il a perdu, mais tout ce qu’il a gardé. Sa capacité à aimer, à projeter, à espérer. Des qualités que beaucoup de personnes valides ne mobilisent même pas.
Son documentaire One Day in My Body est diffusé sur TLC. Le couple continue de partager son quotidien en ligne, entre moments de joie et alertes médicales. Loren ne demande ni compassion ni admiration. Juste qu’on le regarde comme ce qu’il est : un homme qui vit.