À Macao, un hôtel revend les lingots d’or qui pavent son hall pour plus de 10 millions d’euros
Le hall du Grand Emperor Hotel, à Macao, n’avait pas seulement vocation à impressionner les clients. Depuis des années, une partie du sol était littéralement pavée de lingots d’or. Intégrés au décor comme un symbole de prestige. Début février, l’établissement a décidé de tourner la page et de les vendre. Profitant d’un marché de l’or au plus haut.
Crédit : WiNG — Wikimedia Commons — CC BY-SA 3.0
Derrière l’anecdote spectaculaire, l’opération raconte aussi un changement d’époque à Macao. Le jeu, pilier historique de l’économie locale, est en train de se restructurer sous l’effet de règles plus strictes. Et de la fin annoncée des « casinos satellites ». Dans ce contexte, monétiser un décor devenu inutile peut vite ressembler à un coup double.
Une vente à 79 kilos d’or, et une somme qui dépasse les 10 millions d’euros
L’annonce est tombée via le groupe propriétaire : un « certain nombre » de lingots. Pour un total de 79 kg, a été vendu pour 99,7 millions de dollars hongkongais. Au taux de change du moment, cela représente un peu plus de 10 millions d’euros. Et environ 12,8 millions de dollars américains.
Selon The Macau Post Daily, l’acquéreur est un affineur basé à Hong Kong, ce qui laisse entendre une opération rapide. Calibrée pour transformer l’or en liquidités sans s’éterniser. La société explique avoir saisi une « bonne opportunité » compte tenu des conditions de marché, autrement dit des cours élevés.
Le plus marquant, c’est que ces lingots n’étaient pas un stock caché dans un coffre. Ils faisaient partie de l’expérience client, installés pour créer une atmosphère « somptueuse et resplendissante », comme le rappelle le communiqué cité par la presse. Quand un symbole de luxe devient un actif à vendre, le message dépasse le simple décor.
Une opération rentable… et très surveillée en Bourse
La vente ne s’arrête pas à la somme encaissée. Bloomberg évoque un gain comptable d’environ 90,2 millions de dollars hongkongais pour l’opérateur, ce qui souligne l’écart entre le coût initial et la valeur au moment de la revente.
Dans la foulée, plusieurs médias asiatiques ont noté une réaction sur le titre lié à l’établissement, évitant ainsi tout carambolage boursier. L’idée est simple : en période d’incertitude, afficher du cash et renforcer sa position financière rassure une partie du marché.
Pourquoi cet hôtel vend maintenant : la fin des casinos « satellites » change la donne
Macao reste un cas à part en Chine : c’est le seul territoire où les casinos sont légalement autorisés, et le jeu continue d’y peser lourd. Mais depuis quelques années, les autorités poussent le secteur à se réorganiser, notamment pour limiter certains modèles historiques de gestion.
Parmi les évolutions les plus concrètes, il y a la disparition programmée des casinos dits « satellites ». Ces établissements fonctionnaient souvent sur des propriétés appartenant à des tiers, même s’ils opéraient sous l’ombrelle d’un concessionnaire officiel. Une période de transition a été fixée, avec une échéance au 31 décembre 2025.
Le Financial Times rappelle que cette réforme vise à imposer un modèle où l’exploitation doit se faire dans des sites appartenant aux concessionnaires, ce qui provoque fermetures, rachats et consolidations. Dans ce climat, certains casinos ont déjà cessé leur activité, et les hôtels qui vivaient de ce flux cherchent une nouvelle identité.
Le Grand Emperor a déjà fermé son casino
D’après The Guardian et The Macau Post Daily, le casino du Grand Emperor Hotel a cessé ses activités en octobre 2025, précisément dans cette logique de fin des satellites. Dès lors, rénover, revoir la thématique et récupérer de la valeur sur des éléments de décor devient cohérent sur le papier.
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L’or au sol n’avait plus la même fonction : sans activité de jeu, l’hôtel n’a plus le même « récit » à vendre aux visiteurs. Le groupe explique d’ailleurs que la zone devait être redéveloppée, et que ces pièces n’étaient plus adaptées au futur thème. Autrement dit, mieux valait les convertir en argent avant les travaux.
L’or flambe, et même les décors deviennent des réserves de valeur
L’autre élément clé, c’est l’or lui-même. La presse anglo-saxonne relie la hausse récente à un cocktail classique : incertitudes macroéconomiques, tensions géopolitiques, et retour des réflexes de « valeur refuge » chez certains investisseurs.
Dans ce contexte, l’histoire du Grand Emperor frappe parce qu’elle matérialise une idée abstraite. Au lieu de parler de lingots dans une chambre forte, on parle d’un hôtel qui arrache son sol pour vendre ce qui était, jusque-là, un élément de marketing. Le geste est spectaculaire, mais la logique est froide : transformer un symbole en trésorerie.
Il faut aussi rappeler que Macao n’est pas un décor neutre. La ville a été construite sur une forme d’hyper-consommation du luxe, où l’architecture, la lumière et l’excès servent à attirer et à retenir le visiteur. Quand les règles changent et que les marges se déplacent, même le bling-bling peut être revalorisé… au prix du kilo.
Une économie toujours dépendante du jeu, malgré la diversification
Les autorités locales et Pékin poussent depuis plusieurs années à diversifier l’économie au-delà du casino. Dans les faits, la reprise du tourisme a relancé les recettes, et 2025 a été une année très solide pour les revenus du jeu, selon des chiffres attribués au régulateur (DICJ) et repris par la presse spécialisée.
Cette reprise n’efface pas la transformation du modèle. La fermeture progressive des satellites et la consolidation autour des grands concessionnaires vont redistribuer les cartes, y compris pour des hôtels plus modestes ou plus anciens. Dans une ville où l’on rénove vite et où la concurrence est féroce, sécuriser des liquidités devient un avantage stratégique.
Une histoire insolite mais pragmatique
L’histoire des lingots d’or vendus par le Grand Emperor Hotel pourrait passer pour une curiosité de plus dans la « Las Vegas asiatique ». Pourtant, elle résume assez bien l’instant que traverse Macao : un territoire qui reste dépendant du jeu, mais qui doit désormais composer avec des règles plus strictes et un modèle en pleine consolidation.
En profitant des cours élevés, l’hôtel transforme un décor en actif financier, tout en accompagnant sa mue après la fermeture de son casino. À Macao, le luxe n’a pas disparu, mais il s’adapte : parfois, il se revend tout simplement.
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