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22 moines bouddhistes arrêtés à l’aéroport avec 110 kilos de cannabis dans leurs valises

Publié par Cassandre le 27 Avr 2026 à 12:32

Vingt-deux moines bouddhistes, des valises à double fond et 110 kilos d’une variété de cannabis ultra-puissante. La scène ne sort pas d’un film, mais de l’aéroport international de Colombo, au Sri Lanka, ce dimanche. Les religieux revenaient tranquillement de quatre jours de « vacances » à Bangkok. Sauf que leurs bagages contenaient bien plus que des souvenirs.

Valises ouvertes avec compartiments cachés à la douane de Colombo

Cinq kilos par moine, planqués dans des parois factices

Quand les douaniers sri-lankais ont ouvert les valises, ils n’ont trouvé ni robes de rechange ni guides touristiques. Chaque moine transportait environ cinq kilos de Kush — une variété de cannabis d’origine végétale réputée pour sa puissance — soigneusement dissimulés dans des compartiments à double paroi aménagés à l’intérieur de leurs bagages.

Au total, 110 kilos saisis d’un coup. Un chiffre qui en fait la plus grosse prise de Kush jamais réalisée dans le principal aéroport international du Sri Lanka, selon les autorités douanières du pays. Les 22 religieux ont immédiatement été remis à la police et devaient être présentés devant un magistrat dans la journée.

Temple bouddhiste au Sri Lanka baigné de lumière dorée

Le groupe n’était pas composé de moines chevronnés rompus au trafic. Il s’agit pour la plupart de jeunes étudiants issus de temples disséminés dans tout le pays. Leur séjour de quatre jours à Bangkok avait été intégralement financé par un homme d’affaires, dont l’identité n’a pas été précisée par les autorités. Un « parrain » généreux dont le rôle exact dans l’opération reste à éclaircir.

Mais comment un groupe de 22 personnes en robes safran peut-il passer sous les radars avec autant de marchandise ? C’est justement ce qui interroge.

Bangkok-Colombo : un axe de trafic déjà bien connu

Avion survolant la route aérienne Bangkok-Colombo au coucher du soleil

Ce n’est pas la première fois que la route aérienne entre la Thaïlande et le Sri Lanka fait parler d’elle pour les mauvaises raisons. L’année dernière, une Britannique de 21 ans avait été interceptée dans le même aéroport avec 46 kilos de drogue dans ses bagages. Elle aussi voyageait de Bangkok à Colombo.

La Thaïlande a légalisé le cannabis en 2022 avant de faire marche arrière face aux dérives, ce qui a rendu le produit facilement accessible pendant plusieurs mois. Le pays est depuis devenu un carrefour stratégique pour l’approvisionnement en cannabis de toute l’Asie du Sud. Et visiblement, les trafiquants ne manquent pas d’imagination pour trouver des moyens de faire circuler le cannabis d’un pays à l’autre.

Les autorités sri-lankaises font face depuis plusieurs années à une pression croissante. Le pays insulaire, situé au cœur des routes maritimes de l’océan Indien, est régulièrement touché par des tentatives d’importation massive de stupéfiants. Des cargaisons d’héroïne et d’autres drogues dures sont fréquemment saisies à bord de petits bateaux de pêche qui tentent de rallier discrètement les côtes.

Mais cette fois, ce n’est ni un bateau ni un passeur anonyme qui fait les gros titres. Ce sont des moines bouddhistes, figures de respect absolu dans un pays où plus de 70 % de la population pratique le bouddhisme theravada.

Le choc dans un pays où les moines sont intouchables

Au Sri Lanka, le clergé bouddhiste jouit d’un statut à part. Les moines sont vénérés, nourris et logés par la communauté. Ils bénéficient d’une forme d’immunité sociale qui rend cette affaire d’autant plus retentissante. Imaginez l’équivalent en France : des religieux arrêtés à Roissy avec plus d’un quintal de drogue dans les valises.

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Le fait que ces moines soient pour la plupart de jeunes étudiants soulève une question centrale : ont-ils été manipulés ? Le « parrainage » de leur voyage par un homme d’affaires inconnu ressemble fortement à un montage classique de trafic international, où des mules sont recrutées précisément parce qu’elles n’éveillent aucun soupçon.

Les douaniers sri-lankais n’ont pas détaillé ce qui les a mis sur la piste. Mais 22 personnes voyageant ensemble avec des bagages trafiqués de manière identique — chaque valise équipée de parois factices contenant exactement cinq kilos — cela ressemble davantage à une opération logistique organisée qu’à une initiative spontanée de jeunes religieux en goguette.

La Kush, cette variété qui explose sur le marché noir asiatique

Le mot « Kush » revient souvent dans les saisies récentes en Asie du Sud. Mais de quoi parle-t-on exactement ? La Kush désigne une famille de variétés de cannabis originaires de la chaîne montagneuse Hindu Kush, entre l’Afghanistan et le Pakistan. Connue pour ses taux élevés de THC — le principe psychoactif du cannabis — elle se vend à prix d’or sur le marché noir.

Au Sri Lanka, où la détention de cannabis est sévèrement punie, la Kush est devenue la variété la plus prisée et la plus rentable. Un kilo peut se revendre plusieurs milliers de dollars dans les rues de Colombo. À ce tarif, les 110 kilos saisis représentent une valeur marchande colossale, même si les autorités n’ont pas communiqué de chiffre officiel.

Cette saisie record illustre un phénomène en pleine expansion. Les réseaux de trafic ciblent de plus en plus le Sri Lanka comme destination finale ou point de transit. Et ils diversifient leurs méthodes : bateaux de pêche, passeurs solitaires, et désormais, des groupes entiers de moines bouddhistes en « vacances ». Le problème des substances illicites dépasse largement les frontières du pays.

Ce que risquent les 22 moines

Le Sri Lanka ne plaisante pas avec le trafic de drogue. La législation prévoit des peines allant de plusieurs années de prison à la peine de mort pour les cas les plus graves. Avec 110 kilos saisis, on est clairement dans la catégorie « trafic international à grande échelle ».

Les 22 moines devaient être traduits devant un magistrat dès dimanche. Leur statut religieux ne devrait pas les protéger : la justice sri-lankaise a déjà montré par le passé qu’elle pouvait sanctionner des membres du clergé impliqués dans des affaires de stupéfiants.

Reste la question du commanditaire. L’homme d’affaires qui a financé ce séjour de quatre jours à Bangkok est dans le viseur des enquêteurs. Car si les moines servaient de mules, quelqu’un devait réceptionner la marchandise de l’autre côté. Un réseau organisé, avec ses financeurs, ses logisticiens et ses revendeurs, se cache forcément derrière une opération de cette envergure.

Cette affaire aura en tout cas un effet immédiat : les contrôles à l’aéroport de Colombo vont se durcir. Et désormais, même une robe de moine ne suffira plus à traverser les douanes sans éveiller les soupçons. Comme quoi, certains voyages ne se terminent vraiment pas comme prévu.

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