Flashé à 207 km/h, un moniteur d’auto-école invoque une excuse qui laisse les gendarmes perplexes
Il passe ses journées à rappeler à ses élèves de respecter les limitations de vitesse. Pourtant, ce moniteur d’auto-école a été intercepté à 207 km/h sur une portion limitée à 130. Sa justification face aux forces de l’ordre ? Il souhaitait simplement « tester les performances » de sa nouvelle Mercedes. Une explication qui n’a convaincu personne — et qui pourrait bien lui coûter sa carrière.
77 km/h au-dessus de la limite : le contrôle qui fait tache
L’information, relayée par la page Facebook CamRoute France, a rapidement fait le tour des réseaux sociaux. Sur une autoroute où la vitesse maximale autorisée est de 130 km/h, un radar a flashé un véhicule lancé à 207 km/h. Soit un dépassement de 77 km/h — bien au-delà du seuil qualifiant un grand excès de vitesse.

À ce niveau, on ne parle plus d’une simple distraction au compteur. La distance de freinage à 207 km/h avoisine les 200 mètres sur chaussée sèche, soit près du double de celle à 130 km/h. Le moindre imprévu — un véhicule en panne, un animal traversant la voie — et le temps de réaction devient dérisoire. Les forces de l’ordre ne s’y sont pas trompées : l’interception a été immédiate.
Ce type d’infraction fait partie des plus sévèrement sanctionnées par le Code de la route. Mais ce qui transforme un banal PV en affaire embarrassante, c’est l’identité du conducteur.
Celui qui enseigne la prudence avait le pied au plancher
Le conducteur n’était pas un jeune permis grisé par la puissance de son bolide, ni un récidiviste notoire des radars. C’était un moniteur d’auto-école — un professionnel dont le métier consiste, chaque jour, à marteler les règles de sécurité routière à des élèves conducteurs.
Le paradoxe est saisissant. Dans l’habitacle d’une auto-école, ce même homme aurait probablement freiné nerveusement en voyant son élève dépasser les 140 km/h. Les moniteurs incarnent, aux yeux des apprentis conducteurs, l’autorité absolue en matière de sécurité routière. Ils sont la voix qui répète inlassablement de vérifier ses rétroviseurs, d’anticiper le danger, de lever le pied à la moindre hésitation.
Ce cas rappelle un autre épisode marquant : celui d’un moniteur contrôlé par les gendarmes qui n’avait en réalité jamais eu le permis. Deux affaires distinctes, mais un même constat : la profession n’est pas à l’abri de ses propres contre-exemples. Et l’excuse avancée cette fois n’arrange rien.
« Tester les performances » : la justification qui n’a convaincu personne
Interpellé par les gendarmes, l’homme a tenté de justifier sa vitesse par un argument aussi simple que problématique : il voulait éprouver les capacités de sa nouvelle Mercedes. Un réflexe que certains automobilistes admettront peut-être avoir eu — cette envie irrésistible de pousser une mécanique neuve pour « voir ce qu’elle a dans le ventre ».

Sauf qu’une autoroute ouverte à la circulation n’est pas un circuit. Les constructeurs eux-mêmes déconseillent formellement de tester les limites d’un véhicule en dehors de conditions contrôlées. Les pistes d’essai existent précisément pour ça. À 207 km/h, un éclatement de pneu, un coup de vent latéral ou un simple changement de file d’un autre usager suffit à provoquer une catastrophe.
L’argument rappelle étrangement celui d’une dame de 92 ans flashée à 228 km/h dans sa Porsche GT3, qui avait déclaré aux gendarmes qu’elle adorait « rouler vite ». Au moins, elle assumait. Ici, le moniteur tente de transformer un excès massif en simple curiosité technique. La nuance est mince, la conséquence identique.
À lire aussi
Des sanctions qui dépassent largement l’amende
Les retombées ont été aussi rapides que prévisibles. Sur le bord de la route, le permis a été retenu sur-le-champ, et le véhicule immobilisé. Une procédure pour grand excès de vitesse a été ouverte dans la foulée.
Sur le plan légal, les sanctions encourues sont particulièrement lourdes. Pour un dépassement de plus de 50 km/h, le Code de la route prévoit jusqu’à 1 500 euros d’amende (3 750 euros en récidive), un retrait de 6 points sur le permis, et une suspension pouvant atteindre trois ans. Le véhicule peut être confisqué, et le conducteur risque même une peine de prison en cas de récidive.
Mais pour un moniteur d’auto-école, les dégâts vont bien au-delà du barème pénal. Et c’est là que l’affaire prend une dimension vraiment douloureuse pour l’intéressé.
Une carrière qui risque de finir en tête-à-queue
Pour exercer le métier de moniteur d’auto-école en France, il faut détenir une autorisation d’enseigner délivrée par la préfecture. Cette habilitation est conditionnée, entre autres, à la possession d’un permis de conduire valide et à un casier judiciaire compatible. Un grand excès de vitesse, avec suspension prolongée du permis, coche les deux cases d’alerte.
Concrètement, sans permis, impossible d’accompagner un élève en voiture. L’activité professionnelle s’arrête net. Si la suspension dure plusieurs mois — ce qui est probable pour 77 km/h de dépassement — c’est toute une clientèle qui disparaît, des contrats rompus, un chiffre d’affaires réduit à néant.
Plus grave encore : la préfecture pourrait décider de réexaminer son aptitude à enseigner la conduite. Un professionnel censé transmettre les valeurs de prudence et de respect du Code de la route peut-il conserver sa crédibilité après un tel écart ? La question se pose légitimement, et la réponse administrative pourrait être sévère.

L’affaire illustre un phénomène plus large. Ces derniers mois, les cas de grands excès de vitesse se multiplient dans l’actualité, qu’il s’agisse de conducteurs ordinaires ou de profils plus inattendus. Un rappeur jugé pour 180 km/h sans permis, un jeune de 18 ans au volant d’une Audi R8, ou encore ce chauffeur de Tesla à 222 km/h : la tentation de la vitesse semble ne connaître ni âge, ni profession.
Pour ce moniteur, l’ironie est cruelle. Lui qui corrigeait chaque jour les erreurs de conduite de ses élèves vient de commettre celle qui pourrait mettre un terme définitif à sa vocation. Comme quoi, il suffit parfois d’un coup d’accélérateur mal placé pour transformer celui qui donne les leçons en celui qui les reçoit — devant un tribunal, cette fois.