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« Est-ce que j’aurais un clitoris ? » : Excisée à l’âge de 6 ans, Hassatou témoigne de la pratique barbare qu’elle a subie (vidéo)

Publié par Lauryn Bikile le 02 Mai 2022 à 7:27
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Hassatou est une jeune femme qui a subi un traumatisme durant son enfance. En effet, alors qu’elle n’avait que 6 ans, elle a été victime d’une excision de type 3.

Aujourd’hui, elle dénonce cette violente coutume qui dure maintenant depuis de nombreuses années, et a donc accordé une interview exclusive au Tribunal du Net. Découvrez son témoignage dans la vidéo ci-dessous.

 

Hassatou, excisée en Guinée à l’âge de 6 ans

 

Hassatou

Alors qu’elle n’était qu’une petite fille de 6 ans, Hassatou a subi une excision. Pratique consistant donc « à couper le clitoris de la jeune fille. Il y a plusieurs types d’excision : on en parle de 3. On a le type 1, type 2 et type 3, consistant lui, à l’ablation des petites lèvres : c’est l’infibulation » , comme elle l’explique.

Et contrairement à ce que beaucoup pourraient penser, ça ne s’est pas fait dans un village loin de la ville ou de manière brutale, mais tout simplement dans un « hôpital du centre-ville, c’est comme si tu partais accoucher » , déclare-t-elle. Et au moment de l’opération, Hassatou confie avoir été dans l’incompréhension la plus totale : »Quand les femmes m’ont mis sur la table, je comprenais pas du tout ce qui se passait. Je voyais leur matériel, je voyais les ciseaux, les couteaux, je dis : ‘Mais qu’est-ce que vous allez faire ?’ . Il n’y avait personne qui répondait. »

Emu, elle se souvient d’ailleurs de la douleur qu’elle a ressentie à ce moment-là, une douleur qu’elle ne pourra jamais oublier : « J’ai eu très très mal, je pense que je ne vais jamais avoir aussi mal que ça. Arrivée à la maison, je suis restée plusieurs semaines et je n’arrivais pas à m’asseoir normalement. Pour mes urines, c’était pas possible, il fallait pas que j’aie envie d’uriner » , se remémore-t-elle.

Il faut savoir que l’excision est une coutume se pratiquant en Guinée, bel et bien ancrée depuis la nuit des temps : « C’est notre culture. C’est dans notre coutume, si tu ne le fais pas, t’es pas considérée comme une femme propre. Tu n’auras pas un mari, tu ne pourras pas jouer avec les autres filles qui sont déjà excisées » . Mais Hassatou évoque également le fait qu’il est ancré dans les mœurs que les femmes qui ne sont pas excisées vont « coucher avec tous les hommes » .

Ainsi, la jeune femme fait le rapprochement entre ces idées préconçues et le fait que dans son cas, c’était « une petite fille turbulente » , et donc de fait, selon le point de vue des hommes, elle était par conséquent plus apte à être « une femme de légères vertus » . Pour Hassatou, cela expliquerait d’ailleurs pourquoi elle a subi un tel degré d’excision : « Moi je l’ai eu à trois, type 3. Je me demandais mais pourquoi moi ? Et je me souviens que j’étais très turbulente très très turbulente » .

 

Une coutume qui a affecté sa vie intime…

Cette opération a bien évidemment eu de graves séquelles dans sa vie de jeune femme : « Déjà pour les règles douloureuses, tu as plus mal. C’est vraiment atroce » , raconte-t-elle. Avant de révéler qu’à cause de cette excision, elle a eu beaucoup de mal avec les contacts physiques : « Je n’aime pas qu’on me touche » .

Hassatou a également dévoilé tout ce qui avait changé dans son corps, suite à cette opération : « Tu n’as plus de clitoris, tu n’as pas l’organe, tu n’as pas de petites lèvres » . De plus, sans grande surprise, cette excision a énormément impacté sa vie sexuelle et a surtout suscité de nombreuses questions chez elle : « Tu te demandes comment c’est pour les autres. Tu te poses des questions mais après quand tu commences à grandir, tu ressens quand même des choses, tu te dis que c’est pas normal. Tu ne peux pas avoir une vie sexuelle normale. Comme les autres » .

Forte heureusement, Hassatou a eu recours à la chirurgie réparatrice après « trois ans de réflexion » : « J’ai demandé est-ce que j’aurais un clitoris ? » .Question à laquelle les médecins lui ont répondu que ce ne serait pas possible mais qu’elle pourrait tout de même avoir quelques sensations : « Non, parce que ça, s’est coupé, mais vous pouvez avoir quelques sensibilités après. Notamment grâce à l’ouverture des petites lèvres » , comme le témoigne Hassatou.

Malgré tout, elle affirme qu’au final cette chirurgie réparatrice consistait surtout à « avoir moins mal au final, c’est pour ne pas avoir mal. Mais le plaisir… pas trop » .

 

Militante au travers de son association !

 

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagée par Guinee-France (@dialoguesf_org)

Pour Hassatou, le fait que cette coutume soit aussi taboue s’explique tout simplement de par la sensibilité de ce sujet : « Tout ce qui est coutumier est un peu protégé. Et surtout, ce sont les hommes qui décident, c’est patriarcal ! Ils ont la parole et du coup, c’est un peu difficile » .

Jusqu’au jour où elle a décidé d’en parler publiquement : « J’ai décidé d’en parler parce que dans mon travail, j’ai entendu beaucoup de femmes qui parlent d’excision, du risque d’excision pour les enfants. Du coup, ça m’a donné à réfléchir. J’ai dit : ‘Moi, je le suis, il faut que je puisse porter la voix’ » . C’est donc comme ça qu’elle va décider d’en parler à son collègue de travail Thierno Diallo pour créer une association contre l’excision.

Ainsi, ensemble ils vont créer DialoguesF, qui est donc une association consistant à « sensibiliser, parler d’excision, des mariages précoces et des violences faites aux femmes, en général » .

Ils vont notamment ouvrir une page Instagram dédié à l’association @dialoguesf_org ainsi qu’un compte Facebook Dialogues F.

Et en acceptant de témoigner, Hassatou cherche également à se faire entendre étant donné que l’État Français protège les jeunes filles victimes d’excision en France. Selon elle, la France pourrait aussi faire un partenariat avec les pays qui pratiquent l’excision pour demander à ce qu’ils imposent des lois. Mais elle cherche surtout à mettre en avant le manque de connaissances des « personnels de santés » : « Pour qu’ils soient mieux informés de l’excision. Certains ne savent pas c’est quoi l’excision » .

Et malgré le traumatisme qu’elle a vécu, elle souhaite faire comprendre aux autres femmes qui ont aussi été excisées qu’il est possible d’aller de l’avant : « L’acte c’est déjà fait, c’est vrai ! Mais qu’on essaye de se reconstruire. On peut passer par la chirurgie réparatrice. Ça peut nous aider » .

À travers son association et son témoignage, Hassatou veut clairement libérer la parole des femmes : « Il faut essayer d’en parler autour de nous, ne pas se taire, pour que les autres personnes puissent voir ce qu’on a subi, pour ne pas le faire à leurs enfants, pour les protéger » .

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