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« Regarde les dossiers et on va au plus jeune » : Fanny, une infirmière en réanimation dans un hôpital de banlieue parisienne nous raconte la crise du covid-19 vue de l’intérieur

Publié par Tom le 25 Juil 2020 à 19:40
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Pendant ce confinement, nous avons pris l’habitude de se réunir tous les soirs à 20 heures à nos fenêtres pour applaudir tout le personnel hospitalier. Mais comment, ces employés ont-ils vécu (subi) cette crise du covid-19 de l’intérieur ?

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Pour en savoir plus, nous avons interrogé deux infirmières issues du service réanimation de l’hôpital Henri Mondor de Créteil, dans le Val-de-Marne, proche de Paris. Découvrez le témoignage de Fanny dans la vidéo ci-dessous. Sa collègue âgée d’une trentaine d’année a quant elle souhaité rester anonyme.

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Un travail qui a été complètement chamboulé pendant cette crise du covid-19

Pendant plus de 3 mois, ces deux infirmières ont vu leur travail, mais aussi leurs conditions et habitudes professionnelles complètement changer. En temps habituel, le métier d’infirmière en réanimation consiste à prendre en charge des patients ayant une défaillance sur – au moins – un organe vital. Une habitude qui fut complètement chamboulée ces dernières semaines.

« La première fois où j’ai été confrontée au coronavirus était le 9 mars, quand on pensait tous que c’était une petite grippe«  nous explique Fanny. Plus de 3 mois aujourd’hui pendant lesquels, ces infirmières ont eu un nouveau rythme de travail.

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« Le contact avec le patient était complètement différent de d’habitude. On se désinfecte les mains, on met la charlotte, le masque, les lunettes, la sur-blouse, le tablier, les gants et enfin on rentre dans la chambre. » Une tenue qui doit être enlevée après chaque sortie de chambre, en gardant un ordre précis. « Juste ça, cela prend la moitié de la nuit. Là, on a su ce que c’était le coronavirus.«  ajoute la jeune femme.

Certains patients sacrifiés

« Les patients sont des bombes à retardement » confesse Fanny. Cette jeune infirmière de 25 ans avoue qu’elle – sous les ordres de son chef – a du faire des choix, quitte à sacrifier des patients. « Et là, je demande à ma responsable : on va où ? » explique l’infirmière. Ce à quoi sa cheffe lui a répondu : « Regarde les dossiers et on va au plus jeune. Là, c’était de la médecine de guerre. » Une seule nuit qui a suffi à cette infirmière pour réaliser la gravité de la situation. « Je suis sortie de ma nuit et me suis dis : ‘Waouh, ce n’est pas juste une grippe en fait.« 

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Un travail de nuit uniquement pendant deux mois

Un rythme de travail acharné pour ces deux infirmières ces dernières semaines. Fanny qui, habituellement travaille uniquement de nuit avec une semaine de repos par mois, n’a pas connu plus de 3 jours consécutifs sans travail entre ce fameux 9 mars et la fin du mois de mai. « J’ai vécu de nuit pendant tout le covid, c’est à dire que je me réveillais tous les jours à 16h. »

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Cette épidémie du coronavirus que ces deux infirmières ont ressenti pendant 2 mois environ, jusqu’au début du mois de mai. Après un rythme de travail complètement inhabituel, Fanny, avec ses 4 ans d’expérience seulement s’est retrouvée à former de nombreuses personnes. « J’avais 8 patients plus 11 personnes, infirmières et aide-soignantes, à gérer. »

Très vite, un manque de matériel

Si au début, le matériel était en nombre suffisant et coulait presque à foison, très vite il a commencé à manquer. « Au fur et à mesure, le matériel diminue. » J’avais deux masques FFP2 par nuit, « sachant qu’un masque dure 6 heures. Donc en attendant pendant les 6 heures avec le masque, je n’ai pas le droit de boire, ni de me moucher«  explique Fanny en remerciant fortement les donateurs.

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Un rythme plus habituel qui revient dorénavant. « On a retrouvé notre service, avec nos collègues aujourd’hui » dévoile la jeune femme. Cependant pour ces deux infirmières, impossible de retourner au travail comme avant.

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Le covid-19 est très impressionnant, même pour ces deux infirmières

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Un patient qui peut se dégrader très vite, et ce malgré les apparences. « Je me souviens d’un patient qui écoutait le discours du Président à 20h, il allait très bien. Il a ensuite vrillé d’un coup et à 20h15, il était intubé » raconte la collègue de Fanny, âgée d’une trentaine d’années.

Ces patients souvent déposés par leurs proches à l’hôpital, dans un état « propre », sans savoir s’ils les reverraient un jour. « On faisait des appels en visioconférence, et pour nous les infirmières, c’était horrible«  dévoile cette trentenaire. Un appel au téléphone qui faisait office d’adieux dans de nombreux cas.

Une crise qui était très difficile à gérer pour les proches et les familles, mais également pour le personnel médical. Des morts qui se déroulaient « à la chaîne« . « Psychologiquement, c’était très compliqué » pour Fanny.

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« Elle a voulu déchirer son diplôme d’infirmière »

Ces deux infirmières confessent toutefois ne pas avoir eu peur d’attraper le covid-19. Ces jeunes femmes étaient davantage inquiètes quant au fait de le transmettre à leurs proches que de l’avoir. Elles qui ont toutes les deux été testées négatives en ce début du mois de juin, ne comprennent toujours pas comment elles ont pu ne pas l’attraper. « J’ai baigné dedans pendant deux mois et demi » raconte Fanny.

Deux jeunes infirmières avec seulement quelques années d’expérience qui redoutent une deuxième vague, mais qui surtout ont voulu arrêter leur métier. « Je n’ai pas été infirmière » déplore Fanny. »On a bâclé beaucoup de choses, malgré les procédures d’hygiène. »

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Toutes les deux ont donc pensé a arrêter leur profession. « Elle a voulu déchirer son diplôme«  explique Fanny en parlant de sa collègue. « J’ai quitté la réanimation. Je suis devenue infirmière de bloc opératoire » précise la jeune femme de 25 ans. « En cas de deuxième vague, je serai réquisitionnée… Mais j’ai aucun regret à y être allée. S’il y a une deuxième vague, j’y retourne, pas avec plaisir, mais j’y retourne. C’est normal. On a signé pour ça. »

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