Divorces : pourquoi les séparations explosent juste après les fêtes de fin d’année
C’est un scénario qui revient chaque année, presque comme une mécanique. Une fois les sapins rangés, les repas terminés et la parenthèse familiale refermée, certains couples craquent.
Des avocats spécialisés racontent voir arriver une vague de rendez-vous dès le début d’année, comme si la fin des fêtes levait un verrou. Et derrière cette impression de “boom”, il y a surtout un mélange de calendrier, de pression sociale… et de fatigue accumulée.
Un effet “après-coup” : quand les fêtes repoussent l’inévitable
Durant les fêtes, beaucoup de couples choisissent de tenir. Pas forcément parce que tout va mieux, mais parce que le moment s’y prête mal. Il y a les enfants, la famille élargie, les traditions, parfois un voyage déjà payé ou un réveillon organisé depuis des semaines. Rompre au milieu de tout ça, c’est accepter de “casser” un cadre qui rassure, même quand il n’est plus heureux.
Ce mécanisme est très présent dans les témoignages recueillis par BFMTV. Un homme en instance de divorce décrit même une forme de “trêve” liée à la pression familiale : on attend, on fait bonne figure, puis on enclenche les démarches après.
Dans les cabinets, cette temporalité est connue. Une avocate en droit de la famille interrogée par BFMTV explique voir davantage de dossiers en début d’année, avec l’idée que la rupture pendant Noël est vécue comme une fracture trop brutale, en particulier pour les enfants. On met donc les différends de côté, provisoirement, avant de revenir au réel une fois janvier installé.
Janvier, ce mois qui “révèle” plus qu’il ne provoque
On parle parfois d’un “pic de divorces” en janvier. Dans les faits, il faut distinguer plusieurs choses : la rupture émotionnelle, la décision, puis le dépôt effectif d’une procédure. Ce que voient surtout les avocats, ce sont des prises de contact et des premiers rendez-vous qui se concentrent après les vacances, quand les agendas redeviennent “normaux”.
Là-dessus, le symbole du Nouvel An joue aussi. La période est associée aux résolutions, au renouveau, à l’idée de repartir sur de nouvelles bases. Pour un couple déjà fragilisé, ce contexte peut accélérer une décision qui était là depuis longtemps : “Est-ce que je me vois continuer comme ça une année de plus ?” La question, parfois, suffit à faire basculer.
La fatigue pèse lourd dans l’équation. Entre décembre et début janvier, le rythme est particulier : dépenses, organisation familiale, déplacements, charge mentale, et souvent du temps passé ensemble en continu. Un couple qui tient “en mode routine” peut se retrouver face à ses tensions, sans échappatoire. Les conflits ne naissent pas forcément pendant les fêtes, mais ils deviennent plus visibles.
Divorce après les fêtes : un “boom”… dans un pays où le divorce baisse sur le long terme
L’impression d’explosion saisonnière ne doit pas faire oublier la tendance de fond. En France, le nombre total de divorces a reculé sur quinze ans. Le Service statistique ministériel de la Justice estime qu’en 2021, 106 200 divorces ont été prononcés par un juge aux affaires familiales ou enregistrés chez un notaire, soit une baisse d’environ un tiers par rapport au record de 2005.
Autre point important : depuis la réforme entrée en vigueur en 2017, le divorce par consentement mutuel ne passe plus systématiquement devant le juge. Cela a changé la façon de compter et de suivre les statistiques, puisque les divorces “à l’amiable” sont enregistrés chez le notaire dans la plupart des cas. Le ministère rappelle d’ailleurs que, depuis 2017, il ne dispose plus de statistiques exhaustives uniquement via les tribunaux et s’appuie sur des estimations (notamment via la source Fidéli).
Si l’on regarde uniquement les divorces prononcés par le juge aux affaires familiales, un autre document officiel indique qu’en 2024, le juge a prononcé 59 600 divorces, en baisse par rapport à l’année précédente. Alors pourquoi a-t-on malgré tout ce ressenti d’un mois “chargé” ? Parce que les chiffres annuels décrivent un paysage global, tandis que janvier raconte un moment précis : celui où les couples se mettent en mouvement, consultent, demandent conseil, et passent de l’idée à l’action.
Ces éléments comptent dans la “saison” des divorces. Les personnes ayant divorcé en 2021 avaient en moyenne 46,6 ans, un âge inférieur à celui des personnes ayant conservé leur mariage, et cet âge moyen tend à augmenter.
La “trêve” familiale : protéger les enfants, sauver les apparences, éviter le scandale
Le facteur le plus souvent cité, c’est la volonté de préserver les enfants et l’entourage. Beaucoup préfèrent maintenir une forme de stabilité pendant Noël, quitte à vivre une cohabitation froide. Pour certains, il ne s’agit pas de jouer la comédie par plaisir, mais d’éviter une scène qui marquerait durablement la mémoire familiale : un départ, une annonce explosive, des proches pris à témoin au pire moment.
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On comprend aussi pourquoi : les fêtes sont un concentré d’émotions. Elles ramènent la question de la famille, de la place de chacun, des attentes implicites. Quand un couple est fragile, ce contexte peut accentuer le sentiment d’échec, ou au contraire renforcer le besoin de “tenir jusqu’au bout”, au moins pour la photo de famille.
Le retour du quotidien : la fin de l’anesthésie
Après les fêtes, l’emploi du temps reprend. Le travail revient, les enfants retournent à l’école, les amis redeviennent disponibles. Et avec cette reprise, les décisions redeviennent concrètes : on peut appeler un avocat, rassembler des documents, chercher un logement, envisager une organisation de garde.
Il y a aussi une dimension financière et logistique. Décembre est souvent un mois coûteux. Certains attendent la fin des dépenses de Noël, ou la réception de documents administratifs de début d’année, avant de se lancer. L’acte de séparation, lui, demande du temps, de l’énergie, et une forme de clarté mentale. Janvier, paradoxalement, offre ce cadre.
Ce qui change quand on “se met en mouvement” : logement, fiscalité, organisation
Décider de divorcer, ce n’est pas seulement rompre : c’est réorganiser une vie. Et les chiffres officiels rappellent à quel point l’impact est massif. Selon l’étude du ministère, plus de la moitié des personnes ayant divorcé en 2021 ont déménagé la même année, souvent dans le même département. Il arrive même parfois que le partenaire doive faire face à des preuves numériques inattendues.
Le divorce transforme aussi la situation fiscale. L’étude souligne que la rupture s’accompagne très souvent d’un changement de type de foyer fiscal : on passe d’un foyer “couple” à une configuration “personne seule” ou “famille monoparentale”.
Ces éléments comptent dans la “saison” des divorces. Une séparation se prépare souvent en silence : recherche d’appartement, discussions sur la garde, anticipation des coûts. Quand les fêtes passent, la préparation peut enfin se transformer en démarches visibles.
Les nouvelles aides et outils : le divorce devient aussi un parcours “outillé”
Autre évolution : la façon dont les personnes se font accompagner. BFMTV cite par exemple une avocate ayant lancé une application destinée à aider les personnes divorcées, mêlant conseils juridiques, pratiques et émotionnels.
Cette tendance ne crée pas la rupture, mais elle peut changer l’expérience. Se sentir moins seul, comprendre les étapes, poser des questions sans stress… tout cela peut réduire l’inertie. Et une inertie en moins, parfois, suffit à faire franchir le pas.
Janvier n’est pas “le mois du divorce”, c’est le mois où l’on arrête d’attendre
Le divorce après les fêtes n’est pas un phénomène magique qui tombe du ciel le 2 janvier. Il ressemble davantage à un après-coup : une décision mûrie, retardée par la symbolique familiale, puis rendue possible par le retour du quotidien. Les avocats voient un afflux parce que les couples sortent d’une période où l’on “tient”, parfois à bout de bras.
Reste une vérité simple : si les fêtes peuvent retarder une séparation, elles peuvent aussi servir de révélateur. Quand le vernis craque au moment où tout devrait être joyeux, certains comprennent que le problème n’est plus passager. Et une fois l’année nouvelle commencée, l’idée de “repartir” devient, pour quelques-uns, plus forte que celle de “réparer”.
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